Chez Chilowé, vous le savez, on adore dépasser nos frontières ! Mais parfois, on aime aussi les enjamber… Alors ce week-end, Ara, Hérisson, Macareux et XXXX ont pris la direction de la Vallée d’Aoste en Italie pour se rappeler une évidence : les plus belles sorties trail ne sont pas forcément du côté du tunnel du Mont-Blanc qu’on imagine. Trois jours, une belle cordée, une poignée de cols au-dessus de 3000m, des lacs à la chaîne (des Alpes) et des refuges d’altitude. Mais surtout, une deuxième frontière à dépasser, plus personnelle celle-là. Autant vous prévenir tout de suite, ça grimpe, ça caillasse, et ça se mérite… Mais faites nous confiance, ça vaut le détour !
Ce topo en un coup d'oeil
Gare d’Aoste, à environ 1h de train de Torino, elle-même reliée en train direct à Paris, Lyon ou Chambéry. En bus, comptez environ 3h30 depuis Annecy via le tunnel du Mont-Blanc.
- Sac de trail 12L minimum
- Chaussures de trail avec de bons crampons
- Bâtons de trail légers
- Drap de soie / sac à viande, exigé dans la plupart des refuges italiens
- Veste technique imperméable
- Couverture de survie
- Quelques pansements anti-ampoules
- Frontale
- 1 pantalon / legging (pour le soir ou mauvais temps)
- 2 t-shirts techniques
- 2 paires de chaussettes
- 1 sous-couche technique (type Merinos)
- 1 montre GPS avec les traces GPX chargés
- Buff et casquette
- 1,5L minimum d’eau
- Lunettes soleil haute protection
- Carte Bleue + Carte d’identité / Passeport et un peu de cash au cas ou
- Mini brosse à dent et petit dentifrice
- Petite crème solaire (20ml)
Deux façons d’adoucir la note
On ne va pas se mentir : ce parcours a de quoi calmer le plus téméraire de tous les chamois. Technique, sauvage et parfois un peu aérien, il nécessite, dans le format réalisé ici, une bonne connaissance de la montagne et une vraie expérience de l’itinérance. La bonne nouvelle, c’est qu’en montagne comme ailleurs, il y en a pour tous les goûts et tous les niveaux.
Deux options pour l’adapter le topo sans pour autant trahir son esprit :
- La version « on ménage sa monture » : depuis le centre d’Aoste, la télécabine Aoste-Pila grimpe directement à 1801m en une vingtaine de minutes. Combinée au télésiège de Chamolé, elle permet de rejoindre le Refuge Arbolle en à peine 3 km, contre plus de 15 km et 2000m de D+ à la sueur du mollet en partant du fond de vallée. Un excellent moyen de garder les cols et les lacs tout en s’épargnant l’ouverture la plus costaud du Jour 1. Vous pouvez également prendre une navette pour rentrer à Aoste depuis Cogne ou Epinel, pour vous éviter la fin du parcours, dont plus de 1500m D+.
- La version « on prend son temps » : rien n’empêche de scinder chacune des trois étapes en deux (voire trois) journées, en dormant dans les refuges intermédiaires. Le tracé garde son caractère, seul le rythme change. Comptez alors 5 à 6 jours pour l’ensemble.

JOUR 1 : d’Aoste au Refuge Miserin
Ça commence directement dans le vif du sujet. Depuis le centre d’Aoste (585m), on attaque une montée raide mais régulière, sous les cabines du téléphérique de Pila qui nous nargue gentiment. Le genre de montée qui ne laisse pas le temps de se poser de questions existentielles, ce qui, à bien y réfléchir, est presque un service à vous rendre ! Le sentier serpente jusqu’au vallon du Comboé, où on se fraie un chemin entre des tapis de fleurs et des vues qui n’ont clairement pas lu le mémo sur la modestie. Une fois arrivés au magnifique lac de Chamolé, on bascule après le col sur le petit lac d’Arbolle et son refuge du même nom.
- Où faire le plein (d’énergie) : Au Rifugio Arbolle (2507m). L’occasion (à ne surtout pas manquer !) de faire le plein d’eau et de calories, avec une bonne assiette de pâtes à la pistache, par exemple.
Repus et un peu moins vifs sur les jambes, on repart à l’assaut du morceau de bravoure du jour : le col d’Arbolle (3154m). Somptueux, mais qui ne se laisse pas dompter facilement : la pente est raide et le sentier, assez peu fréquenté, a des allures de bout du monde. On passe devant l’ancien glacier du Lac Gelé (qui a aujourd’hui totalement disparu) avant de gagner le col, et avec lui l’une des meilleures récompenses du séjour : le Cervin qui surgit d’un coup, fièrement dressé au loin (oui oui, c’est la montagne du Toblerone).
De l’autre côté du col, le décor change du tout au tout : on bascule sur de vastes champs de pierriers, et le sentier devient technique, avec quelques passages équipés de mains courantes. Et puis, il y a les lacs ! Un, puis deux, puis trois chacun plus beau que le précédent (notamment le lac du Lussert), au point qu’on finit par se demander si la Vallée d’Aoste n’a pas un accord préférentiel avec le bonheur.





La journée se termine par une dernière montée régulière le long du torrent Grauson, très fleurie, avec les seules vaches pour voisines, suivie d’une belle descente, encore assez technique. Puis vient ENFIN le temps d’une dernière petite montée (mais qui laisse quelques traces à notre cordée) vers la fenêtre de Champorcher, et une petite descente qui amène tout droit au Rifugio Miserin (2582m). Et là, le tableau est presque trop beau pour être vrai : un lac, une petite chapelle adossée au refuge, quelques vaches qui broutent comme si de rien n’était, et un coucher de soleil qui donne furieusement envie de rester une semaine de plus.
- Où poser le sac ? Au Rifugio Miserin (2582m), les pieds dans le lac et le regard sur les Alpes. Douche chaude payante, dortoir confortable, coucher de soleil compris. Réservation vivement conseillée en pleine saison !
Après une bonne douche chaude (4€ / pers), c’est du côté gastronomie qu’on prend une grosse claque avec une table qui n’a rien à envier à une vraie trattoria : pâtes aux aubergines en entrée, polenta et viande en sauce (ou option végé possible) en plat, et un tiramisu au dessert. Ma che bella vita ! Allez au dodo, car demain, y’a encore un gros, gros morceau.
JOUR 2 : de Miserin au refuge Vittorio Sella
Réveil avec le lever du jour, un peu courbaturés de la veille mais motivés comme jamais ! Une fois le petit-déj avalé (pas avant 7h, donc autant prendre son (esto)mal en patience), on repart légèrement en arrière pour rebasculer par la fenêtre de Champorcher (2826m), déjà franchie la veille dans l’autre sens. Ici, la montagne aime visiblement qu’on lui rende deux fois visite !
De l’autre côté, une très belle descente, bien joueuse, nous mène jusqu’au Refuge Sogno di Berdzé, tapi au fond du vallon de l’Urtier. On enchaîne sur une partie plus roulante et très fleurie, qui nous fait perdre gentiment de l’altitude jusqu’à la cabane Casotto PNGP di Teppe Longue (2156m), petit poste de garde du Parc National du Grand Paradis. De là, on traverse une passerelle et on entre dans le paradis des marmottes en direction de la Cascata di Bardoney, qui donne clairement envie d’aller y plonger une tête. S’ensuit un long plateau, avant d’entamer la difficile montée vers le Colle dell’Arolla (2847m). Le sentier s’y fait discret par endroits donc mieux vaut garder l’œil ouvert.










Au col, la vue est formidable sur le Grand Paradis mais surtout sur l’infernale descente qui nous attend jusqu’à Lillaz. Passages avec mains courantes, énormes blocs à enjamber, pente qui plonge droit devant : de quoi saper le moral des plus motivés. Mais c’est ça, la Vallée d’Aoste : elle fait peu de cadeaux, même aux plus courageux.
- Où faire le plein (d’énergie) : directement dans le très mignon village de Lillaz, au Ristorante Lou Tchappè. On vous recommande les pâtes à la truite, IN-CRO-YA-BLE !
Objectif suivant : rejoindre Cogne, puis enfin entamer un beau KV vers le Refuge Vittorio Sella. La montée est très régulière et peu technique, elle se fait presque toute seule, ce qui, après une telle journée, fait un bien fou à la tête autant qu’aux mollets !
- Où poser le sac ? Au Rifugio Vittorio Sella (2584m), en plein cœur du Parc National du Grand Paradis, entouré de bouquetins qui passent leur soirée bien mieux que nous. Dortoirs privatifs, ambiance mythique, et un repas trois étoiles pour finir la journée en beauté : pasta à la fontina (fromage d’Aoste bien affirmé, prévenez vos voisins de dortoir), polenta végé, tiramisu. Attention, réservation obligatoire car c’est l’un des refuges les plus courus du massif.
JOUR 3 : de Vittorio Sella à Aoste
Réveil à 5h30 pour un excellent petit-déj au refuge ! Décidément, celui-là, il en a sous la semelle (de crocs évidemment). Démarre alors la dernière journée, par certainement l’une des plus belles sections de tout le tracé, entre le refuge et Epinel (hameau de la commune de Cogne, 1452m). À la fraîche, dans le brouillard, un single très aérien à flanc de montagne, quelques passages avec mains courantes : de quoi lui donner des airs de sentier vers le Mordor. Mais les nuages finissent par se lever, et les chamois se comptent par cinquantaines, voire plus. La juste récompense pour les braves. S’ensuit un début de descente très technique, puis le reste du chemin jusqu’à Epinel se fait en sous-bois, magnifique et sans difficulté particulière.
Ensuite, place à une grosse montée d’environ 1200m de D+, mais très régulière et sans trop de difficultés, étonnamment digeste, même sans la fraîcheur du premier jour. Elle nous ramène tout droit au Refuge Arbolle, qui annonce la fin du séjour… et surtout les 2000m de D- qui nous séparent encore d’Aoste. Pas de difficulté particulière sur cette dernière portion, si ce n’est que les cuisses, déjà bien entamées, crient un peu plus fort à chaque lacet.
On finit là où on a commencé : au très authentique bar-trattoria Limonet, à Aoste, pour un verre bien mérité et un debrief en règle de cet incroyable périple vécu tous ensemble.
La Vallée d’Aoste nous a offert encore plus que ce qu’on était venu chercher : du dépaysement, de la solitude, de la bonne bouffe, des sentiers et des vues à couper le souffle. On finira par une phrase toute simple : on revient quand ?


















