Si l’Alpe d’Huez à côté de Grenoble rime d’habitude avec une arrivée triomphale la tête dans le guidon ou d’une session glisse au sommet, Anaël alias Aigle Dithyrambique a décidé de prendre le contrepied. Pour découvrir tous les trésors hors des pistes noires et des sentiers bitumés, il est allé planter sa tente sur un paradis blanc immaculé. De là, ses raquettes l’ont porté sur les traces de diverses créatures qui ne rechignent jamais pour un peu de montée, aussi feuillus qu’ongulés soient-elles. Alors, préparez votre meilleur attirail de bivouac, vos jumelles et votre carnet de notes parce que pour ses 90 ans, l’Alpe d’Huez nous a livré ses secrets les mieux gardés.
Ce topo en un coup d'oeil
De Grenoble en 2h : prendre le bus T75 jusqu’à Bourg-d’Oisans puis le T76 nous emmène jusqu’à Huez.
- Bus T75 Grenoble – Le Bourg-d’Oisans : 8 €
- Pour des aventures où l’on fait le plein d’anecdotes et de panoramas à couper le souffle : les accompagnateurs en moyenne montagne sont la solution toute trouvée. Direction le Bureau des Guides de l’Alpe d’Huez. Dès 35 € la demi-journée.
- Location de raquettes : Entre 10 et 20 €/ jour selon la gamme
- Location de matériel de rando à Grenoble : Takamaka
Pour la nuit en bivouac avec -5 °C sur la neige :
- Tente Dagger OSMO® de chez Nemo
- Sac de couchage Nemo® avec une limite confort à -9 °C
- Matelas gonflable avec une très bonne R.Value :
J’ai opté pour le matelas gonflable Nemo Eclipse All Season Regular® avec une R.Value de 6,2 - Tapis de sol
- Pour louer les raquettes : SARENNE SPORTS Alpe d’huez
- Réchaud et lyophilisés de chez Voyager®
- Frontales avec batterie de rechange
Sessions raquettes :
- Des chaussures hautes imperméables (pour s’éviter des vraies douleurs à la malléole)
- Frontales
- Bâtons
- Coupe vent
- T-shirt thermique
- Pantalon imperméable
- Crème solaire
- Pour boire à toutes les sources j’ai utilisé la gourde filtrante BeFree de chez Katadyn®

JOUR 1 : Bivouac hivernal et coucher de soleil face aux cimes des Écrins
Bien assis au chaud au fond du bus, la montée de l’Alpe d’Huez paraît soudainement bien plus douce et plus tranquille. L’objectif de ma venue : réaliser mon premier bivouac dans la neige et en solitaire. Pourquoi ? Pour ne pas avoir à partager la vue, pardis !
Le sac à dos aussi rempli que le cuissard de Wout Van Aert après Paris-Roubaix, je mets le cap sur l’altiport. « De là-bas, tu auras la vue la plus dégagée pour un réveil inoubliable », me glisse Laura de l’Office de Tourisme. Les raquettes chaussées, je pars à la recherche du coin le plus lisse de toute la région. Mais bon, on ne va pas se mentir, le plat n’est pas vraiment une spécialité locale de l’Alpe.
En l’absence de plat, cette quête est la bonne excuse pour ralentir et prendre une double ration de la Muzelle qui me toise du haut de ses 3465m. Quand soudain, je reviens sur mes pas, l’évidence était là, cachée sous mes gros sabots cramponnés.
- La meilleure vue à deux pas ? Cap vers la mine de l’Herpie qui fut pendant 70 ans considérée comme la plus haute mine d’Europe.
- Quoi dîner ? Pour se réchauffer le bout des phalanges malgré l’interdiction de faire du feu, c’est le prétexte idéal pour sortir notre bon vieux réchaud (qui n’a jamais aussi bien porté son nom). Au menu gourmet du soir : des lyophilisés macaronis cheese et une mousse au chocolat croustillante. À l’affiche, la série la plus haletante de tous les temps : les derniers rayons orangés embrassant les pics blancs.
- Où dormir ? Dans le sac de couchage – 10°C et dans la tente de préférence. Pour l’emplacement, à vous de voir, mais j’ai eu le droit à mon petit dîner aux chandelles face aux cimes du coin.






JOUR 2 : Session raquettes à la poursuite des traces d’animaux sauvages
Une fois levé et la tente repliée, je rejoins Jean-Marc, mon guide, direction la remontée mécanique de l’Alp’auris. En traversant la Sarenne et en descendant dans la vallée, elle offre plus de sensations qu’une montagne russe coiffée d’un triple looping.
La joyeuse équipe dit rapidement adieu aux skieurs zélés pour s’enfoncer dans les bois, cap vers le plateau de la Rochette. Jean-Marc (rien à voir avec l’illustrateur hein) commence son travail de fin limier et on peut dire qu’au milieu de cette dense forêt, il connaît bien son bouleau. Côté Adret (le versant Sud et aussi le plus ensoleillé), c’est le tremble qui domine ses pairs. Côté Ubac (le Versant Nord si vous suivez) ce sont les épicéas et les bouleaux verruqueux qui sont le plus à leur aise. Et dans le jargon de l’ONF c’est ce qu’on appelle un arbre pionnier car il est capable de se développer là où rien ne pousse.
Plus loin, c’est vers des petites olives noires sur le sol que notre regard se porte. Pourtant, aucune trace d’un apéro dînatoire à proximité, mais plutôt le témoin d’un espace de vie d’un chamois. Ici, on se sent comme des privilégiés, comme dirait le poétique Jean-Marc, « on voit toute l’agitation de la ville, en se tenant à l’écart, c’est ça la beauté des raquettes ».
- Où manger ? Les délices du boulanger de l’Alpe avec une vue imprenable sur le Chalet du milliardaire. On a eu le droit à des sandwichs végés, des nonnettes en dessert et une bonne dose de genep’ maison made by Jean-Marc pour accompagner tout ça.
- L’astuce en raquette ? Ne pas mettre le pied trop près des pierres. Même en hiver, elles restituent la chaleur du soleil ce qui fait fondre la neige alentour.
La suite de la rando nous amène vers le clou du spectacle. De la baraque du Campalou derrière le col de Cluy, une vue dégagée sur le maître des lieux nous attend, j’ai nommé : La Meije. Aussi à l’aise sur ses raquettes qu’en contages d’anecdotes, Jean-Marc alias Jamy, nous en gratifie d’une belle : « la Meije est le dernier grand sommet des Alpes à s’être laissé dompter, en 1877». Rendez-vous l’année prochaine, pour un 150 ème anniversaire gravé dans la roche.
Tels des petits Poucets bien chaussés, on suit nos traces jusqu’à franchir les gorges de Sarenne via le pont du Gua qui ponctue notre aventure de 17km qui nous en a mis plein la tête… et plein les jambes.
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