Avez-vous déjà pratiqué le Long Distance Pushing dans une forêt, le downhill en montagne ou le Cruising en bord de plage ? Non ? Normal. Ces disciplines que l’on pratique en skate longboard sont assez niches dans le monde de l’outdoor. Elles forment pourtant autant de manières d’explorer la nature en mode slow (ou very fast). Oubliez les rampes et le trottoir d’en bas, on vous fait découvrir le cousin aventurier du skate, celui qui fait prendre un bon bol d’oxygène (et quelques km/h dans le nose).
Pas de vagues ? Pas de problème
Née dans les années 70 grâce à des surfeurs californiens en manque de vagues les jours de flat, la discipline s’est rapidement émancipée. Pour tailler la route, la petite planche de street reste au garage. On lui préfère alors le longboard, plus long, plus stable et doté de roues plus tendres pour mieux absorber les imperfections du sol. La bonne nouvelle ? Pas besoin d’être Tony Hawk pour s’y mettre ni de gérer une descente à 100 km/h pour en profiter.

Qui va doux, va loin
Avant de viser les sommets, si tant est qu’on en ait envie, le skate outdoor est une invitation à la flânerie, les cheveux (sous le casque, bien sûr !) au vent. C’est là que le longboard entre en scène : la pratique se décline en plusieurs approches, dont deux particulièrement abordables pour les amateurs de grand air pas trop pressés. D’un côté le cruising, où l’on se laisse glisser sur un asphalte lisse pour saluer les canards et admirer le paysage. De l’autre, le Long Distance Pushing (LDP pour les intimes), une vraie rando au long cours version skate où, à force de poussées régulières, on avale les kilomètres sur du plat.


Quand la pente s’en mêle
Si le rythme de promenade est agréable, certains préfèrent quand la pente s’en mêle. C’est le cas d’Ambroise Trauet, champion du monde de skate downhill (aka skate de descente). Après avoir attrapé le virus à 13 ans, dans les pentes de Croix-Rousse du côté de Lyon, il met le cap vers les sommets. Il y trouve son compte côté adrénaline, mais aussi une façon de prendre le large. « On se retrouve vite à partir sur les grands cols de montagne magnifiques, comme l’Izoard ou le Galibier. Ça permet de passer un week-end ou une semaine en pleine nature, à pratiquer sa passion. »
Son parcours l’a mené jusqu’au sommet mondial de la discipline, avec deux titres de
champion du monde de freeride (2021 et 2024) et un record de descente à 135 km/h.
Pour comprendre ce qui pousse ces passionnés à grimper là-haut, il suffit de jeter un œil à
son dernier film Flow vision, présenté à l’édition 2026 du Banff festival. Pour l’occasion, Ambroise a mis le cap sur l’Espagne, entre Alicante et l’Andalousie. « Là-bas, les routes sont raides, étroites et en excellent état, précise-t-il. Contrairement aux grands cols des Alpes qui restent de gros axes de circulation, ce sont des routes très reculées, très exigeantes et faciles à fermer pour filmer. »

À la recherche du « flow state »
Face à ceux qui qualifient la pratique d’inconscience, Ambroise oppose une recherche de pleine conscience. Un « état de grâce »… c’est tout le propos de Flow Vision. « On nous prend souvent pour des fous en quête d’adrénaline, alors qu’on est plutôt chill, juste à la recherche de la pleine conscience, insiste-t-il. J’ai une approche assez spirituelle. Je cherche à entrer en symbiose avec mon corps, mon skate, la route, le vent. Il y a une vraie dualité : quand tu vois une route très engagée, tu te bats contre elle tout en faisant corps avec elle ». C’est ce fameux « flow state », cette « presque transe » où la notion du temps s’efface et où seul compte l’instant présent.


Le road trip en famille
Derrière les grosses descentes et les vidéos spectaculaires, il y a surtout une communauté qui aime rouler ensemble et prendre le large. Avec au programme : sessions de glisse, bivouac et déconnexion, la pratique s’apparente à une aventure nature bien sympa. « C’est une petite communauté, une grande famille, raconte Ambroise. L’esprit outdoor, c’est de faire des road trips entre amis. On prend des tentes, nos boards, et on part une ou deux semaines rouler sur des routes magnifiques ». Et forcément, ces road trips sont aussi l’occasion de dénicher de beaux spots et de ramener de belles images.

Se lancer sans s’écorcher les genoux
Si l’envie vous prend de troquer vos chaussures de rando contre une planche longue, voici le kit de survie pour débuter en douceur :
- Dénicher son club local : « Le premier réflexe, c’est de contacter les associations locales (Paris, Lyon, Grenoble, Biarritz, Lille…), conseille Ambroise. Tout le monde est content d’aider, de donner des conseils sur le matériel ou d’emmener en initiation. »
- S’équiper malin et régler son matos : Pour s’initier au cruising ou au LDP, pas besoin de matos de pointe, ni de casser son PEL : une planche accessible et de bonnes roues tendres (d’occasion si besoin) suffisent amplement pour avaler les kilomètres. En descente en revanche, le réglage devient une question de sécurité absolue : « C’est très important d’avoir un matériel adapté à son poids. Quand tu as 100% confiance en ton matériel, ça enlève tous les doutes ».
- Dompter la chute : protections obligatoires ! (casque, gants, genouillères). « C’est très apaisant de savoir qu’on est protégé. Savoir tomber, c’est ce qu’on apprend au début. Je sais que je peux chuter sans me blesser, ça permet de perdurer dans sa pratique. »
- La règle d’or de la sécurité : pas de tête brûlée. En descente engagée, la voie ouverte aux voitures est à bannir ab-so-lu-ment ! Lorsque Ambroise s’attaque à un col, il y a toute une équipe armée de talkie-walkies pour sécuriser sa descente et même une voiture ouvreuse qui assure que la voie est libre. Meilleure option : les pistes cyclables.
- Option bivouac : Le LDP se prête bien à l’itinérance. Un sac à dos léger, votre meilleur sandwich, une tente compacte sur les épaules, et la session peut se prolonger en plein air, dans un hôtel 1000 étoiles.

3 spots ou tailler la route
Qui fait le malin, tombe dans le ravin. Pour commencer, on favorise donc les pistes
cyclables et voies vertes, que l’on partage avec les autres utilisateurs.
En voici 3 pour se lancer :
- Annecy – Saint Jorioz, en Auvergne-Rhône-Alpes : Le tronçon qui relie Annecy à la jolie plage de Saint Jorioz en bord de lac offre une traversée ultra-fluide sur la piste cyclable ultra sécure, plate, large et encadrée par les montagnes. Distance aller : 19 km / 90 D+ (qui correspond surtout à une mini montée au début, à l’entrée dans Sévrier, que l’on s’enfile à pied)
- Saint-Girons Plage – cap de l’Homy par la velodyssée, en Nouvelle-Aquitaine : un itinéraire au revêtement jugé « excellent », tout près de l’océan. Distance aller : 20,7km / 24D+
- Sur les bords de Meurthe près de Saint-Max, dans le Grand-Est : un petit itinéraire en pleine nature où l’on ne croise que quelques cyclistes et coureurs. Distance aller : 13,5km / 18D+








