Retieeeeeeeens la nuiiiiiiit. Tout comme Johnny (avec quelques fausses notes en prime), nous sommes inquiets. Entre la densification des villes et la modernisation des infrastructures, subissons-nous une pollution nocturne sans précédent ? Sommes-nous en train de perdre la nuit ? Contre toute attente : en France, non ! On a certes beaucoup de défauts et de quoi s’améliorer en matière d’écologie, mais il faut croire que la nuit est un sujet qui nous tient à cœur. Voici comment et pourquoi nous sommes collectivement en train de retrouver un des ciels les plus purs du monde (oui mesdames et messieurs, du monde).
Cha-lala-lala que viva la noche
À midi ou à minuit, il y a tout ce que vous voulez aux Champs-Elysées, tout simplement parce que Paris ne dort jamais. Ce qui lui vaut d’ailleurs un très mauvais score en termes de pollution lumineuse. Mais la ville lumière n’est pas du tout représentative de l’ensemble du pays. Pour mieux s’en rendre compte, rendez-vous sur cette carte interactive de la pollution lumineuse dans le monde. Attention, elle est légèrement addictive et on a vite fait de se retrouver à 1h du mat’ à lâcher des « nan mais t’y crois toi que le coeur du PNR de Millevaches en France a la même pureté de ciel que le Parc national Pallas-Yllästunturi en Laponie ? Dingue. »
Mais revenons à nos moutons (français). Sur cette carte interactive, on constate que la France compte de nombreux territoires à 3 sur l’échelle de Bortle. Et un coup d’œil rapide aux pays européens voisins, nous montre – sans chauvinisme débordant et en toute objectivité – qu’on est de sacrés champions en termes de ciels étoilés (et aussi champion du monde 2 étoiles ⚽, mais passons).
En 2026, la France compte d’ailleurs 7 Réserves internationales de ciel étoilé (RICE) sur les 25 au total dans le monde. Ce label, décerné par l’Association Internationale Dark Sky, est particulièrement exigeant et n’est attribué qu’aux territoires protégés des pollutions lumineuses, avec une qualité de ciel exceptionnelle en son cœur et possédant un environnement nocturne préservé.



Eteins la lumière, montre-moi ton côté sombre
La France s’en sort bien et pourtant, c’était pas gagné ! Comme l’explique le rapport du Centre thématique européen sur la santé humaine et l’environnement (ETCHE) « la croissance continue de la population mondiale, associée à une tendance à l’urbanisation, au développement des infrastructures humaines » a entraîné une augmentation des émissions lumineuses. Résultat : « un éclaircissement constant du ciel nocturne et une absence constante d’obscurité dans les écosystèmes nocturnes environnants. »
Le rapport montre qu’en 8 ans, entre 2014 et 2021, une grande partie du continent européen a vu ses niveaux de pollution lumineuse doubler. « Alors que les Pays-Bas, le Luxembourg, la Pologne et la Belgique ont connu la plus forte augmentation de luminosité, une réduction de la pollution lumineuse a été évidente pour l’Islande, l’Irlande et la France. »
Alors pourquoi la France, tel un saumon sauvage, nage à contre-courant des tendances mondiales ? Toujours selon le rapport, il y a d’abord eu des « politiques adaptées de régulation des émissions lumineuses » prises à l’échelle nationale. Parmi elles, l’arrêté ministériel sur les nuisances lumineuses de 2018 ou encore le plan de sobriété énergétique de 2022. Autre fait important : la guerre en Ukraine ayant fait exploser les prix de l’énergie, certaines communes ont décidé de réduire leur éclairage public (qui représente 50% des consommations d’électricité d’une petite commune selon l’ADEME).
Mais ce n’est pas tout. Si dans les grandes villes des particuliers jouent les yamakasi pour éteindre les lumières des enseignes (vidéo juste ici), ailleurs, des parcs, associations, collectivités et habitants travaillent main dans la main depuis plusieurs années pour préserver leurs nuits. « L’argument économique n’est plus le seul évoqué, la protection de l’environnement nocturne motive aussi nombre de communes qui s’engagent dans une démarche active », assure Michel Deromme, administrateur de l’ANPCEN (’Association Nationale pour la Protection du Ciel et de l’Environnement Nocturnes).

Ils m’entrainent au bout de la nuit (qui ça qui ça ?)
Le Parc naturel régional du Morvan en Bourgogne a mis 7 ans pour obtenir le label de Réserve de ciel étoilé (RICE). « Pendant toutes ces années, nous avons mené diverses actions pour sensibiliser la population./em> Cela a permis de faire accepter la rénovation des éclairages, leur extinction la nuit », explique Emmanuel Clerc, responsable du Pôle Transitions – Économie du Parc naturel régional du Morvan. Aujourd’hui, il n’a aucun mal à trouver des volontaires pour s’engager sur le terrain. « Certains ont posé des Ninox dans leur jardin. Des petits appareils qui mesurent la qualité du ciel toutes les minutes. J’ai également une dizaine de « star watchers » avec qui on sort occasionnellement lorsque la Lune n’est pas trop brillante et le ciel dégagé pour faire des relevés. Ils sont armés d’un sky quality meter qu’ils tendent à bout de bras vers le ciel. »
Même travail de sensibilisation du côté du Parc naturel régional de Millevaches dans le Limousin, où désormais « plus de 90% des collectivités du Parc pratiquent l’extinction nocturne des éclairages publics », assure Violette Janet-Wioland, coordinatrice de la RICE Millevaches. Côté rénovation, leurs éclairages publics possèdent des flux lumineux moins diffus, uniquement orientés vers le sol et avec des LED orangées. « On sent un sentiment de fierté chez les collectivités et les habitants par rapport au fait que la qualité de notre ciel soit reconnue au niveau mondial. » À tel point que certaines collectivités veulent même aller plus loin et prennent des initiatives individuelles : candidature au label « Villes et Villages Etoilés » décerné par l’ANPCEN.
L’association, qui mène depuis 25 ans un travail de sensibilisation auprès des communes de France pour les encourager à pratiquer l’extinction partielle ou totale en milieu de nuit, compte 1062 communes labéllisées et le chiffre augmente chaque année. « Les plages horaires varient entre 21h et 7h pour les communes les plus engagées », note Michel Deromme, administrateur ANPCEN.
De son côté, le Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement (CEREMA) indiquait qu’en 2025, 73 % des 22 773 communes françaises « appliquaient une extinction totale ou partielle en cœur de nuit ». Ci-dessous, une petite carte GIF (fort satisfaisante) des extinctions nocturnes après 23h entre 2014 et 2025.



When the night has come and the land is dark
Ce qu’il y a de bien avec les actions pour retrouver la nuit c’est que les résultats se voient (ou ne se voient plus, tout dépend du point de vue). Dans le PNR de Millevaches, l’extinction des lumières fait autant venir les visiteurs pour un bivouac sous les étoiles, que les chauves-souris dans les jardins.
Le meilleur dans cette histoire, c’est que faire revenir la nuit est une démarche gagnante pour absolument tout le monde. Le sommeil des humains, mais aussi la vie nocturne de la faune et de la flore. Comme le confirme Emmanuel Clerc du PNR du Morvan « la démarche d’obtention du label RICE a déclenché un attrait des habitants de tous les âges pour leur ciel. Elle a permis de préserver la biodiversité nocturne et de donner une notoriété internationale à notre parc. Enfin, elle a fait faire des économies d’énergie aux communes. »
Aujourd’hui, de nombreux parcs tels que le PNR des Baronnies provençales, les PNR des Pyrénées catalanes ou le territoire corse suivent le mouvement et travaillent avec les populations et les collectivités pour obtenir le précieux label du RICE. Alors ? Êtes-vous prêts, vous aussi à rentrer dans la danse ? À suivre ce rythme qui vous entraîne jusqu’au bout de la nuit et réveille en vous le tourbillon d’un vent de folie ?












