Notre époque ne supporte plus le vide. Il faut dire que depuis le plus jeune âge, on nous entraîne à « nous occuper ». Il suffit de regarder notre quotidien : on ne va plus aux toilettes sans scroller, on écoute nos vocaux en x2 et on remplit nos week-ends comme des frigos un 24 décembre. En d’autres mots, on ne sait plus s’ennuyer ! Et si l’ennui n’était pas un bug de nos vies modernes mais un super-pouvoir trop souvent sous-estimé ? Allez, tonton Chilowé vous emmène faire une bonne cure d’ennui en pleine nature dont vous nous donnerez des nouvelles.
Les bienfaits (sous-cotés) de l’ennui
On associe souvent l’ennui à un moment creux où rien ne se passe, un état un peu honteux pas très instagramable, comme ces longs après-midi pluvieux où l’on tourne en rond comme un chamois en cage. Mais du point de vue du cerveau, l’ennui n’a rien d’une panne.
Le « mode par défaut », tu activeras
Lorsque nous sommes concentrés sur une tâche précise comme répondre à un mail, suivre un itinéraire ou regarder une vidéo, notre cerveau mobilise les réseaux de l’attention. Mais lorsque l’activité ralentit et que l’esprit commence à vagabonder, un autre système prend le relais. Les neuro-scientifiques l’appellent le Default Mode Network, ou « réseau du mode par défaut » pour les LV1 espagnol.
Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, l’ennui correspond à un moment d’activité cérébrale particulièrement riche qui stimule la rêverie, l’auto-évaluation et la créativité. Autrement dit, pendant que l’on anesthésie notre imagination en scrollant, l’ennui, lui, rallume notre atelier intérieur.
L’explication est assez simple : lorsque le cerveau est privé de stimulation extérieure, il se met naturellement en quête de nouveauté. Faute de la trouver, il la fabrique lui-même. Eh oui Jamy !
Toi-même, tu écouteras
Il existe aussi une raison plus intime pour laquelle l’ennui peut déranger : il fait disparaître les distractions, celles qui parfois nous empêchent de faire le point avec nous-même. Dans le flux permanent de notifications, de contenus et de conversations, il est devenu assez facile de ne jamais rester seul avec ses pensées. L’ennui, lui, coupe le bruit de fond. Et lorsque ce bruit disparaît, certaines choses remontent à la surface.
Pour la psychologue britannique Sandi Mann, auteure de The Upside of Downtime, l’ennui permet d’être à l’écoute de nos signaux d’alarme qui nous indiquent qu’une situation ne nous nourrit plus vraiment ou qu’un changement pourrait être nécessaire. L’ennui est un moment où l’on réapprend à écouter ce qui se passe en nous.
La dopamine, tu cesseras
Nous vivons dans un environnement qui est devenu une formidable machine à produire de la stimulation : notifications, publicités, chaînes d’infos en continu. Chaque interaction délivre sa petite dose de dopamine, associée au plaisir et à la récompense. Mais à force de solliciter ce système en permanence, notre cerveau finit par s’y habituer. Les stimulations perdent en intensité et on se met alors en recherche de nouveauté pour maintenir le même niveau d’intérêt.
Dans son livre Dopamine Nation, la psychiatre américaine Anna Lembke explique que les périodes sans stimulation permettent au système de récompense de retrouver son équilibre. Autrement dit : s’ennuyer réapprend au cerveau à savourer les plaisirs simples. Même une conversation avec belle-maman (si si on vous jure).
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Tuto pour s’ennuyer mieux que personne
Parce que oui, ça se (ré)apprend. Et comme chez Chilowé, ce n’est pas vraiment notre style de « laisser bébé dans un coin », on vous a préparé un petit guide pratique pour devenir champion du monde de l’ennui.
Où faire sa cure ?
Ça va peut-être vous surprendre, mais on vous recommande chaudement… le refuge. Formidable lieu de vie et de rencontres, certes. Mais quiconque a déjà tenté une itinérance en solo vous le dira : on s’y est aussi ennuyé. Et parfois même très fort.
D’abord parce que c’est souvent le point d’atterrissage d’une longue journée de marche, idéalement en solitaire. Le cerveau a déjà commencé à ralentir, les pensées se mettent à vagabonder, et le fameux “mode par défaut” est doucement en train de s’installer.
Ensuite parce qu’on arrive presque toujours un peu trop tôt. Le gardien est occupé (et c’est bien normal), le réseau a disparu et le groupe de randonneurs japonais arrivé en même temps que vous ne parle pas un mot de franglais. N’imaginez même pas que c’est ce polar laissé par un randonneur allemand en 1998 qui va sauver votre soirée !
Alors on sort s’asseoir dehors, on choisit la plus belle vue du coin et on laisse le cerveau faire le reste !
Avec qui partir ?
Idéalement : avec soi-même. C’est un compagnon discret, rarement en retard, et qui ne monopolise pas la conversation (quoique). On évitera donc d’amener ce pote qu’on adore et qui lance des débats passionnants du type : « Bâtons alu ou bâtons carbone ? » Très bon débat au demeurant mais à garder pour une autre fois.
Déjà parce que partir seul favorise les rencontres et ça, c’est aussi l’aventure qu’on aime chez Chilowé. Mais surtout parce que lorsqu’on laisse ses amis sur le quai de la gare, on devient soudain beaucoup plus disponible pour discuter avec soi même.
Le matériel à ne surtout pas emporter
Vous le savez, on adore expliquer comment remplir votre sac, quel tapis de sol choisir et quelle appli télécharger. Mais pour une fois, voici la liste de ce qu’il vaut mieux ne PAS prendre :
- votre smartphone (on emporte ce bon vieux Nokia 3310 qui ne pèse que 7 kg)
- ce super bouquin que Mouette Flamboyante vous a recommandé de lire
- de quoi écrire vos mémoires en trois tomes
- les 457h de podcasts téléchargées “juste au cas où”
Quand ?
Bonne nouvelle : l’ennui est une activité quatre saisons ! On peut s’entraîner partout, tout le temps, y compris pendant cette réunion de présentation de Bruno de la compta et ses 96 slides. Voici quelques situations idéales pour commencer en douceur :
- Aux toilettes : on laisse son téléphone dans une boîte avant de se mettre en squat. Et on planque ce magazine de déco abandonné là depuis 2016.
- Dans le train : on pense à oublier (vous l’avez ?!) son casque à la maison et on prend une place côté fenêtre.
- En faisant du sport : comme le sauciflard, la montre connectée reste au placard. La vue fera le reste.
- Un vendredi soir : on planque la télécommande, on laisse cette RomCom pour une autre fois. Une bougie, un plaid, et c’est parti pour trente minutes de conversation avec soi-même.
- On peut aussi profiter du moment où son +1 est aux toilettes (voir point numéro un).
Bon à savoir : si vous avez l’impression de perdre votre temps, c’est probablement que vous êtes sur la bonne voie.
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Ennuyez-nous, bordel !
Comme toujours, c’est vous qui en parlez le mieux. Mais cette fois-ci, on ne vous demande pas de nous divertir, mais de nous ennuyer ! Alors envoyez-nous par mail à hello@chilowe.com votre meilleure anecdote d’ennui et ce qu’il a déclenché, vos meilleurs spots pour s’ennuyer, vos plus beaux clichés d’ennui ou encore vos meilleures astuces.
Si vous êtes bons, et on sait que vous le serez, on vous propose construire la carte des meilleurs spots pour s’ennuyer en France.











