Quand on commence à marcher sur la tête, parfois, le remède, c’est de marcher tout court (mais longtemps!). Comme si, poser les pieds sur Terre nous aidait à retrouver le plaisir d’avoir la tête dans les nuages. En 1995, Cheryl Strayed parcourt plus de 1 700 kilomètres sur le Pacific Crest Trail pour se reconstruire après le décès de sa maman. En 2014, Sylvain Tesson traverse la France après un accident grave. En 1994, des millions de spectateurs voient Forrest Gump traverser un pays entier, sans raison claire, si ce n’est le besoin de faire le vide.
Ce qui relie ces histoires, ce n’est pas la performance. C’est le mouvement répété, sur la durée, pour aller mieux. Soigner son âme, sa tête, réorganiser, faire le vide, aider son cerveau grâce aux pieds (pas banal). C’est l’idée que dans le mouvement du corps, dans la fuite en avant, quelque chose peut se réorganiser. Mais alors, il vient d’où ce super pouvoir de la marche longue ?
Appuyer sur mute
Dans le bruit permanent du quotidien, des idées qui bouillonnent et des charges qui s’accumulent, le cerveau n’est pas le meilleur décideur. Il sait réagir vite, rebondir, combler, anticiper, prévoir, et c’est déjà beaucoup. Mais quand il s’agit de trancher, souvent, il s’embrouille. Selon l’étude de MDPI, la marche longue réduit la détresse psychologique, diminue certains marqueurs de stress et crée un contexte où le mental arrête de fonctionner en mode urgence. En résumé : la marche longue appuie sur mute.
Quand on parle de « marche longue », on ne parle pas d’une longue balade du dimanche. Non, on parle de celles qui s’inscrivent dans le temps. Qui durent 5, 6, 15 jours. Des semaines. Parfois même, des mois. Les marches qui invitent à avancer loin, à aller littéralement de l’avant. Un format qu’on envisage rarement car il demande du temps. Une coupure. Une pause dans la vie qui va déjà trop vite. Mais c’est pourtant dans ces espaces-là que le cerveau peut vraiment faire le point. Mettre un pied devant l’autre, pour arrêter de ne pas savoir sur lequel danser.


Faire le vide pour faire le plein
En neuroscience, on parle du “default mode network” (traduit en « réseau de mode par défaut » en français). Selon le CNRS, c’est « celui qui s’active quand on laisse libre cours à ses pensées. ». Autrement dit, quand notre cerveau n’est pas en train de répondre à des stimulations extérieures. Toujours selon le Centre national de la recherche scientifique, les régions cérébrales qui s’activent à ce moment-là jouent un rôle essentiel dans le bon fonctionnement de la mémoire, des émotions et de l’introspection.
L’étude A default mode of brain function publiée sur la PNAS - la revue scientifique américaine de la National Academy of Sciences - révèle des imageries médicales montrant que ce réseau consomme une part importante de l’énergie du cerveau… au repos. Quand le cerveau “ne fait rien”, il est en réalité en train de traiter en profondeur.
Et justement : la marche longue créée exactement ce bon espace. Quand on marche, on est occupé, mais pas saturé en stimulation. On avance, et on autorise son esprit à partir là où il souhaite partir. On n’est pas inactif, mais on n'est pas non plus sur-sollicité. En revanche, pour que le calme se fasse, il faut plusieurs jours. Au début, le cerveau résiste. On ressasse, on projette, on anticipe. Mais doucement, le silence se fait. Bon pied, bon œil, et bonne réflexion.

Le pouvoir de la nature
Au-delà de la marche en elle-même, c’est aussi le milieu dans lequel on l’exerce qui joue un rôle important sur notre santé mentale. La nature, en tant qu’endroit où les décors créent facilement de la fascination, diminue les symptômes d’anxiété, et restaure nos ressources cognitives, explique Alexandre Marois, professeur en psychologie.
En effet, la fascination crée une attention involontaire capturée de manière passive, automatique et sans effort émis par notre cerveau. C’est ce qui permet à notre attention de se restaurer, en s’éloignant mentalement des stimuli et tracas quotidiens.
Sur plusieurs jours, les effets deviennent cumulatifs, et l’attention que l’on porte aux choses devient plus éclairée. La nature ne nous met pas au pied du mur : elle remet tout en place pour nous éviter de perdre pied.
L’exposition prolongée à cette dernière fait également chuter le cortisol dans notre corps : autrement dit, le stress et l’anxiété diminuent, pendant que l’humeur, elle s’améliore, comme le détaille cette étude sur les bienfaits du plein air sur la santé. Résultat : on rumine moins, les pensées compulsives disparaissent doucement, et de l’espace mental se libère pour les décisions importantes.

Alors, on trace la route ?
Partir très longtemps, ce n’est pas toujours facile dans nos vies bien organisées. Bonne nouvelle : vous n’avez besoin de poser que quelques jours pour ressentir les premières améliorations liées aux longues marches. Les effets observés dans les études apparaissent déjà au bout de quatre à cinq jours de marche continue. Ce qui compte, c’est la continuité. Marcher, manger, dormir, et recommencer. Sans pause. Sans jour de coupure.

Où marcher ?
Il n’y a pas de règles préétablies, si ce n’est qu’on vous encourage à vous immerger en pleine nature pour profiter de ses effets. La France regorge de belles traversées (La route de Compostelle, les GR - dont les 5 plus sauvages qu’on vous a regroupés ici - ou encore les grands itinéraires qui traversent la France, voire l’Europe…), mais vous pouvez aussi établir votre propre sentier, en suivant une rivière, ou en reliant à pied les villes qui ont fait votre histoire. Dans tous les cas, ce qui compte vraiment, c’est de suivre le chemin qui ramène à soi.
On ne va pas passer par 4 chemins : si la marche vous fait un appel du pied, on vous conseille de vous lancer pieds au plancher ! Pour emboîter le pas, il ne vous reste plus qu’à quitter vos petits souliers pour trouver bonnes chaussures de marche à votre pied.












