Chez Chilowé, on a tous un cliché qui dort au fond d’un album : un feu dans une cabane non gardée, un premier bivouac, un phare rouge en bord de plage, un refuge de montagne. Derrière chacune de ces photos se cachent un souvenir en famille, un moment qui a donné naissance, d’une manière ou d’une autre, à notre amour pour la nature. Ces souvenirs, on vous les déballe avec Famileo (la gazette familiale), et on parie que ça vous donnera envie de ressortir les vôtres (et de vous mettre en route pour en fabriquer de nouveaux). Interdit de juger les coupes douteuses et les fringues démodés, on a fait ce qu’on a pu !
La nuit en cabane non gardée dans les Pyrénées
La photo souvenir de Macareux Polisson
Mon goût pour l’aventure a un prénom : René. Mon papi. Avec lui, j’ai découvert la montagne, les premières cueillettes de champignons, les arcs fabriqués avec un bout de bois et les cabanes qu’on construit soi-même. Tous les ans, avec mon frère, on montait au col d’Andorre, dans les Pyrénées. Là-haut, il y avait une petite cabane en pierre, sans gardien. Une année, mon papi a décidé de nous y emmener dormir. On connaissait le chemin, on connaissait la cabane. Mais cette fois, on allait rester pour la nuit. À hauteur d’enfant, ça changeait tout : notre randonnée habituelle devenait une expédition.

Il reste une photo de nous trois devant la cheminée. Des vêtements qui mériteraient aujourd’hui leur rayon vintage, un feu dans l’âtre et mon grand-père à nos côtés. Quand je la regarde, je retrouve tout ce que cette nuit représente pour moi : le bonheur d’être ensemble.
Je crois qu’une bonne partie de mon amour du dehors s’est construite là, au fil de ces moments avec lui.
Aujourd’hui, mon papi n’est plus là. Mais je pense toujours à lui quand je passe du temps dehors. Avec mon frère, on s’est fait une promesse : retourner dormir dans cette cabane avec tous nos enfants. Leur montrer ce petit bout de montagne, leur raconter papi René et les laisser y fabriquer leurs propres souvenirs.
À notre tour de porter les sacs. Et, sans doute, de répondre aux « C’est encore loin ? ».
📍 La cabane du col d’Andorre, à environ 1 430 m, au-dessus de Salles et de la vallée du Bergons, dans les Hautes-Pyrénées. Elle se trouve dans la réserve naturelle régionale du Pibeste-Aoulhet.
Bivouac aux lacs de Bastan dans les Hautes-Pyrénées
La photo souvenir de Mouette Flamboyante
J’ai grandi sur un plateau… Le Plateau de Vanves, en petite couronne parisienne. Un endroit tout plat, mais avec des parents qui aimaient prendre de la hauteur. Alors chaque été, on partait crapahuter une semaine dans les Pyrénées.

Cette photo a été prise au-dessus des lacs de Bastan. Elle sent les moutons d’alpage et a le goût chaussette de la soupe lyophilisée des années 90. Elle cache une nuit en tente avec un tapis de sol épais comme une carte IGN, des rencontres avec des inconnu·es à qui on a le droit de dire bonjour et des parties de cartes à la frontale. Et si elle avait été prise un peu après, elle montrerait mon père se rajouter comme toujours un peu de dénivelé en plus de la rando initiale pour aller faire voler son cerf-volant sur un sommet environnant.
Cette photo, c’est aussi mon socle d’apprentissage de la vie en montagne. Celui où il faut toucher les fleurs « avec les yeux pour que les suivants en profitent aussi ! », ne pas tremper les pieds dans le lac parce que « ça dérange les têtards » ou encore faire cuire au réchaud plutôt qu’au feu de camp qui laisse « une trace toute noire là où il y avait de la belle mousse ».
Cette photo, c’est un sac à souvenirs qui se déballe tout seul quand on prend le temps, trop rarement, de rouvrir l’album photo « été 1997 ». C’est aussi l’apprentissage dès le plus jeune âge des bonnes pratiques en montagne qui me tiennent tant à cœur aujourd’hui et que je compte moi-même transmettre à mes lardons.
📍 Bivouac aux lacs de Bastan à 2 140 m d’altitude. Ces trois lacs glaciaires se trouvent en bordure de la Réserve naturelle nationale de Néouvielle.
Le tour de l’île de Schiermonnikoog à vélo, au Pays-Bas
Le souvenir de Colibri Blagueuse
Il m’a fallu des années pour savoir écrire son nom — Schiermonnikoog — mais j’en ai écrit, des souvenirs d’enfance sur cette île. Des mots dans le sable de la plage, des genoux égratignés à force de tomber de mon torpédo (mon fixie), des parties de jeux interminables avec les cousins, des chasses aux crabes et des tentatives de lancer de cerf-volant peu concluantes. Et le rouge du phare, comme celui de mon manteau de petite aventurière.

C’est sur cette petite île sans voitures, entre les rires des cousins et le regard attentif des parents, que j’ai pris goût au grand air et aux balades, les sandales à scratch pleines de sable.C’est aussi là-bas que j’ai découvert l’excitation de courir se mettre à l’abri sous un porche quand l’orage nous surprenait en pleine balade, puis de regarder les gouttes s’écraser au sol en attendant que ça passe.
Sur mon vélo, je préférais me faire tracter par maman, les pieds rarement posés sur les pédales. Mais, installée derrière elle, j’ai découvert le plaisir de voir les paysages défiler, avec pour seule bande-son le cliquetis de la chaîne.
Mes parents m’emmenaient partout, à la découverte de la nature, sans que je réalise vraiment tout ce qu’ils étaient en train de me transmettre. En grandissant, j’ai compris que cette envie d’explorer le dehors avait grandi avec moi, au fil de ces souvenirs d’enfance.
Aujourd’hui, le petit phare rouge trône sur ma bibliothèque, entre les livres qui m’ont eux aussi fait voyager. Minuscule par sa taille, immense par ce qu’il représente, il se tient là comme pour me lancer un défi : alors, c’est pour quand, la prochaine escapade pour t’émerveiller dehors ?
📍 Île de Schiermonnikoog au large des côtes du Pays-Bas, dans la mer des Wadden.
Premier refuge sous la Pointe Percée
Le souvenir de Merle Taquin
Je la voyais d’en bas, cette grosse maison en pierre perchée haut dans la montagne, invisible sans les jumelles de mon père. « Tu vois le petit point là-bas, c’est le Refuge Gramusset, on dort là-haut ce soir. Ce sera ta première nuit en refuge ! »

Je me souviens de l’ascension dans la caillasse, là où les chemins bien tracés et les panneaux laissent place aux traces de peinture rouge et aux cairns. On pousse la porte du refuge, et tout me marque : l’odeur de chaussettes mouillées d’abord, puis l’accueil des gardiens, les grandes tablées, la soupe à l’oignon réconfortante et les bouquetins qui veillent sur nous à quelques mètres.
Je me souviens des lits superposés sur trois étages et des randonneurs qui scient du bois toute la nuit. Mais surtout d’une envie pressante en pleine nuit, et de ma maman qui m’accompagne à la frontale jusqu’aux toilettes : une cabane en pierre avec un trou à quelques mètres du refuge qu’on rejoint en bravant la tempête qui se lève.
Au petit matin, l’orage approche et mon père insiste pour descendre avant que ça pète. Je me souviens de ce guide de passage qui nous conseille d’attendre. Si mes enfants sont tétus, je saurais de qui ils tiennent : on se jette dans une descente dantesque en ignorant les risques.
Si cette première nuit en refuge a été le début de mon admiration pour la montagne, elle m’a appris qu’on peut trouver du réconfort même dans les lieux les plus hostiles. Elle m’a surtout montré que la nature est toujours plus forte que nous, et qu’il faut savoir tendre l’oreille quand elle nous parle.
📍 Refuge Gramusset – sous la Pointe Percée, point culminant de la chaîne des Aravis, Haute-Savoie.
Ce qu’on laisse à nos kids
Chaque sortie dehors est une graine qu’on plante pour le futur de nos petits aventuriers en herbe : celle qu’on nous a donnée un jour, alors qu’on trainait un peu la patte, et que nos enfants ramasseront à leur tour. Ce qu’on retient, ce n’est pas le sommet, ni le kilométrage, c’est tout ce qui paraissait banal pour nos parents, mais qui une porte vers un nouveau monde pour nous. Alors armons-nous de patience face aux : « c’est encore loooooiiin ? », nos kids nous remercieront plus tard !











