Un jour, Jean-Baptiste s’est réveillé en se demandant : Les Danois sont-ils vraiment heureux ? Il faut croire que le rapport de l’ONU de 2025 plaçant le Danemark sur le podium des pays les plus heureux au monde ne l’a pas convaincu puisqu’il a décidé d’aller vérifier par lui-même. C’est ainsi que le 8 novembre 2022, Jean-Baptiste est parti à vélo retrouver un peu de chaleur (humaine uniquement) en pédalant pendant dix jours de Paris à Aalborg, une ville au nord du pays, réputée pour son coeur historique parmi les plus vivants du royaume. Voici son rapport d’enquête.
Le projet « Er du Glad » : « Êtes vous heureux » ?
L’aventure en 3 chiffres :
- 1 355 kilomètres à vélo électrique
- 5 pays
- 10 jours de voyage
Habitué des projets loufoques sur un coup de tête, cette aventure n’échappe pas à la règle.
L’objectif sportif : relier Paris à Aalborg, petite ville au nord du Danemark et revenir au point de départ en une dizaine de jours. Le but : aller à la rencontre des Danois pour savoir s’ils sont heureux. Au-delà de la destination, ce voyage est avant tout une excuse pour pousser de nouvelles portes, en rencontrant des locaux tout au long des 1 355 kilomètres du parcours.


1) 1ère leçon du bonheur danois : « Der findes ikke dårligt vejr, kun dårligt tøj »
Comme le dit si bien le dicton scandinave (qu’on s’est refusé à prononcer) : « il n’existe pas de mauvais temps, il n’y a que de mauvais vêtements ». Répétez-le en boucle les jours de mauvais temps, et vous serez bien plus heureux ! Surtout si vous faites du bikepacking avec le Danemark comme objectif. Et ce n’est pas Jean-Baptiste qui dira le contraire. Car partir en novembre vers le nord de l’Europe, ça n’est pas une mince affaire. Un défi pour garder ses miches bien au chaud et éviter que cette aventure ne se transforme en « enfer du (Grand) Nord ».
À lire aussi : 👉 Conseils de pro pour un trip à vélo en hiverDans ce voyage, Jean-Baptiste a bien compris un concept danois qu’il aurait pourtant bien du mal à prononcer. Le friluftsliv (frìloz-liù), ce n’est pas un frichti que l’on consommerait sans modération en cas de fringale, mais bien « la vie à l’air frais en danois » comme clef du bonheur.
Dans un pays où entre 20 % et 30 % des classes maternelles sont établies en pleine nature, le friluftsliv s’apprend (très) tôt au Danemark. Un mode de vie qui contribue au bien-être des marmots selon les recherches du biologiste suédois Patrik Grahn. Selon ses dires, ils sont moins souvent à l’hôpital, plus sociables et ont une meilleure concentration à l’école. Pour couronner le tout, dans la tradition, les jeunes enfants sont invités à gambader dans les bois, à jouer dans l’eau ou à grimper dans les arbres… quitte à les retrouver couverts de boue. Les résultats sont éloquents : les enfants qui passent du temps en nature s’impliquent d’avantage au niveau écologique… et se déclarent bien plus heureux que les autres.
Qu’ils s’agissent des siestes des bambins sous un thermomètre négatif, de nageurs à la peau dure qui crawlent toute l’année ou de randonneurs hivernaux, ce ne sont pas les occasions qui manquent aux danois de tester leur carapace corporelle.
À lire aussi : 👉 « On est partis 3 semaines à vélo en famille au sud du Danemark »

«Le bonheur n’est pas une destination à atteindre : c’est une manière de voyager» Margaret Lee Runbeck
Notre cycliste français ne pourrait que corroborer avec cette citation qui résume si bien son périple. Armé de plusieurs paires de gants (dont des gants de ménage) et habillé comme n’importe quel oignon qui se respecte, il peut compter sur l’hospitalité des locaux pour lui offrir une interlude de chaleur afin de recharger (toutes) ses batteries.
Son truc à lui : toquer aux portes tout simplement, de préférence quand il fait encore jour.
« Mais en novembre, c’est tout de suite beaucoup plus compliqué », nous raconte-t-il, un sourire aux lèvres. Pourtant, pour se faciliter la vie, il a décidé de partir sans tente ni duvet. Ça aurait été trop simple sinon !
Mais même dans la pénombre et dans l’obscurité la plus totale, pas de vache sur la glace comme diraient nos amis danois (à savoir pas de problème), des inconnus lui ouvrent leurs sésames. En Belgique, par exemple, une famille les accueille avec son pote Matthieu Tordeur pour une soirée canap mémorable.
En Allemagne, seul cette fois, après une vingtaine de refus chez des locaux peu hospitaliers et s’apprêtant à passer une nuit de galère, le patron de l’hôtel du coin lui a offert une chambre pour la nuit. Ouf, sauvé par le gong !
Et au Danemark alors ?
« À mon arrivée au Danemark, j’ai été hébergé chez une Danoise super accueillante qui cousait des lainages pour toute sa famille ». De quoi se préparer des moments « hyggeliques » pour l’hiver.
À lire aussi : 👉 « 3 îles danoises pour déconnecter loin de tout»
3) À la découverte du Hygge danois
Une fois arrivé à Aalborg, il se met à interroger des passants au bord de la route. Mais avec son accent franchouillard et son accoutrement d’hurluberlu, il faut dire qu’il est un peu passé pour l’illuminé du coin. Après quelques sourires bien tirés, les Danois lui ont finalement répondu « Ja » (et ils vécurent heureux pour le restant de leurs jours). Mission accomplie pour notre Sherlock Holmes en herbe, les Danois semblent bien aussi heureux qu’il n’y paraît !
Et pour compléter l’analyse empirique éclair de Jean Baptiste, il faut se pencher sur ce qu’est le hygge danois (prononcez : hugeu). Un mot intraduisible pour nous Français, mais qui pourrait se comprendre comme un art de vivre où la convivialité, le plaisir et le bien-être ne sont pas des passagers clandestins.
Par exemple, pour créer un véritable cocon à la maison, les danois sortent des placards un accessoire d’antan : la bougie. Avec la modique somme de six kilos de cire par habitant et par an, les danois en sont les plus gros adorateurs. Mais parce que le bonheur ne se mesure pas au kilo de cire, les Danois ont carrément ouvert un institut pour l’étudier scientifiquement et le premier musée du monde consacré au bonheur se trouve à Copenhague. Preuve de son importance pour le pays.
Ce voyage est le bien le symbole de la philosophie danoise : parti avec un objectif de départ clair, il semble s’être évanoui à mesure que Jean Baptiste trouvait son bonheur sur la route.











