Le bikepacking n’est pas une activité uniquement réservée aux belles journées d’été et au joli mois de mai. Moins populaire l’hiver, on vous l’accorde, le voyage à vélo peut aussi se pratiquer par des températures à faire hiberner un pingouin (et même dans la neige !). C’est une manière complètement différente de vivre l’aventure à vélo, d’ailleurs très appréciée par nos voisins finlandais. S’il y aura toujours des frileux pour nous assurer que c’est une mauvaise idée, il existe aussi des Joffrey Maluski pour nous prouver que ça vaut le coup ! De retour de son aventure à vélo à travers les trois Laponies, l’aventurier nous a filé ses meilleurs tips pour faire un road trip à vélo par grand froid.
L’aventure glacée à vélo de Joffrey Maluski
S’il y en a un qui est bien placé pour nous donner des conseils en matière de pédales givrées, c’est assurément le photographe et vidéaste Joffrey Maluski. Après avoir traversé les Hautes Terres d’Islande à vélo en été lorsque le soleil ne se couche jamais vraiment, il a eu envie de retourner dans le Grand Nord voir ce que cela fait de rouler quand le soleil ne se lève jamais complètement. L’hiver dernier, il s’est lancé dans la traversée à vélo des trois Laponies : Norvégienne, Finlandaise et Suédoise, d’ouest en est, pendant la nuit polaire. Pendant 25 jours, il a voyagé dans l’obscurité de la nuit, guidé seulement par la lueur du crépuscule : 1 500 km, 103 heures de vélo et 10 000 m D+ avec un pic à -29°C. Qui dit mieux ?

Rester en mouvement, mais lentement
Lors d’une expédition à vélo l’hiver, on peut oublier les interminables pauses café au soleil. Objectif : éviter de se refroidir en restant immobile. « Le plus gros défi, c’est de sortir du sac de couchage le matin vers 7h30. Une fois sur le vélo, les pauses restaient très courtes, juste le temps de manger une barre ou de boire un coup. » Cela ne signifie pas pour autant que l’on doit se presser. Au contraire. « Il ne faut surtout pas transpirer sinon ça gèle. Il faut donc gérer l’effort et savoir ralentir quand il le faut. »
Tips Chilowé :
- Ne pas prévoir de trop longues distances à parcourir chaque jour et un itinéraire assez plat pour pouvoir pédaler tranquillement, sans se presser, ni suer.


Se préparer en amont
Une aventure hivernale ça ne s’improvise pas. On étudie les conditions météo, les itinéraires et on prévoit des plans B. Il faut avoir en tête que le froid peut vite devenir mentalement et physiquement éprouvant. « Être préparé permet de savoir comment réagir si tout va mal : si vos doigts gèlent, si votre réchaud ne démarre pas, si la météo se dégrade… C’est ce qui vous permettra d’apprendre à gérer, plutôt que de subir. »
Tips Chilowé :
- Tester le matos avec lequel vous partez pour bien gérer une fois sur place.
- Entraînez-vous à la maison. Par exemple : pouvez-vous monter une tente ou remettre une chaîne qui a déraillé avec des gants ?

Apprivoiser l’obscurité
Voyager à vélo en hiver est une aventure beaucoup plus introspective. Déjà parce que l’on croise beaucoup moins de monde et ensuite parce que l’on roule dans la pénombre le matin et en milieu d’après-midi. Or, l’obscurité amplifie tout : les pensées, les sensations, les émotions. « On perd un peu ses repères, on ressent davantage le froid et le moindre son ou mouvement dans le paysage semble plus présent. »
Mais comme pour tout, le corps et l’esprit s’adaptent. Au bout d’un moment Joffrey Maluski a trouvé son rythme. La nuit a cessé d’être oppressante et est devenue une compagne. « Passer 25 jours dans le noir, seul en pleine nature, c’est un mélange de difficulté, d’introspection et d’émerveillement. C’est dur… mais c’est aussi immensément beau car on est complètement immergé dans la nature. »
Tips Chilowé :
- Prévoir des sujets à aborder en tête-à-tête avec vous-même
- Avoir des lumières avec de bonnes batteries et des accessoires rétro-réfléchissants pour rester visibles des autres.


Apprécier les exceptions
On ne va pas se mentir, une expédition à vélo en plein hiver : on va un peu en ch*er. MAIS est-ce qu’on ne tire pas ses meilleures anecdotes de ses pires galères ? Et est-ce que ce n’est pas pendant ces aventures que les moments d’éclaircie sont les plus beaux ? « Mon voyage a démarré avec 5 jours de pluie, puis 12 jours de ciel couvert. Cela veut dire pédaler chaque jour dans un monde en noir et blanc de 10h30 à 13h30, puis dans l’obscurité. Quand il neige, dans le noir, on ne voit que les flocons devant sa roue. Lorsque j’ai enfin vu le ciel magnifique et coloré de la nuit polaire et que j’ai pédalé pendant 4 heures sous un lever/coucher de soleil, ça a été un immense bonheur. C’est exactement pour vivre ce genre de moment que j’étais venu et c’est ce qui fait avancer. »
Tips Chilowé :
- Partir avec un bon copain ou une sacrée copine pour se remotiver en cas de coup dur, rigoler le soir des galères de la journée et partager les bons moments quand ils arrivent.


Savoir pédaler dans la neige
Ce paragraphe s’adresse à celles et ceux qui voudrait pousser l’aventure hivernale du bikepacking au niveau expert. La base, c’est d’avoir de bons pneus cloutés pour éviter de glisser sur la glace ou de déraper sur la neige. Attention à ne pas trop les gonfler : « une pression basse dans les pneus permet de maximiser l’adhérence et la flottaison. » Ensuite, on essaie de ne pas se crisper lorsque l’on roule et de faire de petites pauses régulières avec une activité physique pour faire circuler le sang.
Enfin, l’expérience dépend entièrement de la qualité de la neige. « Sur une neige froide, tassée ou gelée, ça peut être étonnamment roulant, parfois même plus fluide qu’un chemin boueux. En revanche, dans une neige fraîche, c’est clairement plus dur : chaque coup de pédale demande plus d’énergie, l’adhérence est changeante et il faut accepter d’avancer plus lentement. » Gare également aux ornières (les traces les roues creusées par les voitures dans les chemins) qui peuvent compliquer la progression. « Cela rend le pilotage plus instable et fatigant. »
« Rouler dans la neige, c’est une question de contact et de rythme : le crissement doux des pneus sur la neige, le silence autour, la résistance sous le vélo. On oublie la vitesse pour s’adapter au terrain, zigzaguer ou poser le pied parfois. Chaque mètre se mérite, et c’est cette progression lente et précise qui rend l’expérience si satisfaisante. »
Tips Chilowé :
- Pour s’entraîner, réservez une session VTT dans la neige avec un guide. De nombreuses stations le proposent en hiver à l’heure ou la demi-journée : Luz Ardiden dans les Pyrénées, au Mont Revard près de Chambéry ou encore au Grand Bornand dans les Alpes.



Quel matériel emporter
L’expression « Y a pas de mauvais temps, que des mauvais équipements » n’a jamais été aussi vraie que pour une aventure hivernale. « On peut toujours partir avec n’importe quoi, mais dans le froid, la différence entre du matériel basique et du bon matériel solide et adapté, cela se ressent immédiatement »
Pour s’habiller
- Des chaussures grand froid à la bonne taille (surtout pas trop petites) pour que le sang circule et ne pas avoir froid. Y ajouter des chaussons amovibles, pour pouvoir les glisser dans le duvet la nuit.
- Des chaussettes VBL (Vapor Barrier Liner) la journée. Ce sont des chaussettes 100% étanches, un peu comme du plastique. On évite que l’humidité liée à la transpiration ne mouille les chaussures
- Un masque de ski plutôt que des lunettes : en cas de vent, de neige et de grand froid, la protection est bien meilleure.
- Une sous-couche en mérinos
- Une polaire
- Une grosse doudoune
- Une veste gore-tex
- Des gants chauds et sous-gants, avec une paire de secours
Pour rouler
- Joffrey roulait avec un vélo Genesis Longitude en acier
- Des poggies : des manchons fixés au guidon, beaucoup plus chauds que des gants classiques
- Des pneus cloutés 29×3.0 : indispensables pour la sécurité sur neige dure et surtout sur la glace.
- Des sacoches vélo étanches
Pour dormir
- Une tente d’expédition polaire
- Un duvet avec un confort autour de -30 °C. Attention à ne pas le compresser et ne pas être trop serré dedans s’il est en plume car l’isolation serait moins bonne.
- Un sac à viande VBL (étanche) pour éviter de mouiller le duvet avec sa transpiration
- Un matelas gonflable
- Un matelas mousse pour optimiser l’isolation du sol (cela fait toute la différence !)
- Une sous-couche de vêtements pour dormir sinon c’est trop dur de sortir du duvet le matin !
Pour manger
- Un réchaud à essence fiable par grand froid
- Des plats lyophilisés auxquels on ajoute de l’huile d’olive pour augmenter les calories

















