Dans le top 5 des animaux qui font peur en rando on trouve l’ours, le loup, le sanglier, le dahu et… le patou. Comme les 4 autres, ces grosses boules de poils blanches dressées pour protéger les troupeaux des attaques de prédateurs souffrent d’une bien mauvaise réputation. La faute à quelques faits divers isolés, mais surtout pas mal d’idées reçues et de méconnaissances à leur sujet. Avec les copains de chez Whympr, on s’est dit que le temps était venu de rétablir la vérité et d’apprendre à cohabiter avec eux sur les sentiers !
On ne connaît pas tout des patous
On a souvent peur de ce que l’on ne connaît pas. On est donc allé toquer à la porte des experts en patous depuis 1996 : la Pastorale Pyrénéenne. Depuis la réintroduction de l’ours et du loup, cette association apporte aux éleveurs des solutions constructives pour cohabiter avec les grands prédateurs et protéger leurs troupeaux, notamment les patous. D’ailleurs on les appelle patou, mais le nom officiel de la race est « Montagne des Pyrénées » et ses caractéristiques n’ont pas changé depuis des centaines d’années.
« Ce sont des chiens de grande taille, avec une voix lourde et rocailleuse… Un peu comme les Pyrénéens ! », nous explique Illies Saint-Cloment, ancien berger, technicien de chiens de protection de troupeaux et membre de la Pastorale Pyrénéenne. Leurs yeux en amandes et foncés les protègent du soleil, leurs poils épais et fournis les isolent du chaud comme du froid. Leur robe est à dominance claire, mais pas forcément toute blanche comme dans les films ! Tiens tiens, ne serait-ce pas le premier cliché d’une longue liste sur ce chien ?




Comment détecter les patous
On ne va pas se mentir, 9 fois sur 10 ce sont eux qui vous détectent les premiers. On entend d’ailleurs leurs aboiements reconnaissables avant de les voir. Il y a deux manières de les devancer : 1) connaître tous les bergers du coin et passer des coups de fils (complexe) ou 2) télécharger Whympr. Cette application taillée pour les passionnés d’air frais permet (entre autres) de localiser en temps réel les zones où des patous peuvent être présents. Les infos sont mises à jour par les bergers eux-mêmes et par les données pastorales locales. Bonus, il est aussi possible pour les utilisateurs ayant croisé des patous de le signaler sur l’application. Cela permet à tout le monde de prendre ses propres décisions quant à l’itinéraire prévu : rencontrer ces grosses boules de poil ou faire un petit détour. Diablement pratique.





Idées reçues non recevables
Les préjugés sur les patous leur collent autant à la peau qu’une combinaison de surf taille enfant. En voici 3 à jeter dans le ravin lors de votre prochaine sortie montagne :
« Les patous sont des chiens d’attaque ». C’est faux, on ne mesure pas la performance d’un chien au nombre de coups de dents dans un mollet d’ours. « Ce sont des chiens dissuasifs. S’ils font bien leur travail, ils font faire demi-tour aux prédateurs », assure Illies Saint-Cloment. La première des dissuasions c’est par exemple de marquer leur odeur tout autour du troupeau. Les interventions et attaques physiques sont extrêmement rares et n’interviennent que lorsque tous les autres signaux de dissuasion n’ont pas fonctionné.
« Ils détestent l’Homme ». Au contraire ! « Il y a encore 10 ans, on pensait qu’il fallait minimiser nos rapports avec eux pour qu’ils restent toujours avec le troupeau. Aujourd’hui, on fait en sorte qu’ils soient manipulés dès tout petits par les humains, soient domestiqués et aient un maître. Il est très important que les chiens restent au contact de l’Homme quotidiennement », explique le berger.
« Ils se prennent pour des moutons ». Vous avez autant de chance de croiser un patou en train de bêler et manger de l’herbe que de voir une marmotte se faire un café en terrasse de refuge. « À leur naissance, on fait un travail d’imprégnation avec le troupeau pour qu’ils se familiarisent avec l’espèce. Cela crée une fixation au troupeau : le chien ne le quitte jamais car il s’inquiète trop pour sa famille » détaille Illies.




Les do et les don’t face à un patou
Maintenant que l’on connait les patous sur le bout des griffes, voici les 8 commandements d’Illies à suivre lorsque l’on en croise un (ou plusieurs) en pleine montagne.
- Renseignez vous avant de partir. Savoir dans quelle zone vous risquez de tomber sur des patous c’est déjà faire la moitier du boulot
- Jauger la bêbête. Quand il vous voit, le patou se met en alerte : sa queue se tend, son poil se hérisse et il aboie. C’est impressionnant, mais cela veut simplement dire « je te signale que j’ai vu que tu étais là » (et pas « si j’t’attrape, j’te croque »).
- Arrêtez-vous. C’est une manière de se présenter à lui lorsqu’il s’approche. Si vous vous enfuyez, c’est un peu comme si vous vous mettiez à courir en voyant un agent de police, c’est louche.
- Parlez lui avec une voix calme et douce. Comme avec votre moitié : hurler arrange rarement la situation.
- Laissez votre bâton de rando devant vous au sol. Le chien le voit comme l’extension de votre main et viendra le renifler. Les plus aventuriers peuvent tendre la main pour qu’il la renifle.
- Évitez de faire une hola. La domination chez les chiens passe par le haut du corps. Lever les bras ou les bâtons sera donc interprété comme des signes d’agression.
- Regardez le de 3/4. Si vous vous mettez face à lui en le regardant droit dans les yeux, cela peut être pris comme une une mise au défi (et vous n’avez pas envie de défier un patou).
- Ne forcez jamais le passage coûte que coûte. Même si le temps est orageux et que vous devez vous grouiller, même si vous avez faim, même si vous êtes fatigués. Prenez votre temps ou prenez un chemin qui contourne.
- Ne lui tournez pas le dos. Les chiens les plus peureux sont les plus « mordeurs ». Tournez la tête et certains en profiteront pour s’approcher vous pincer les mollets.
- Éloignez-vous en crabe. Un peu de travers pour avancer en gardant un oeil sur le patou et en laissant traîner le bâton de rando derrière vous comme barrière de sécurité.











