Vous êtes au bout de votre vie parce qu’il fait toujours nuit (et froid) quand vous sortez du boulot ? Sachez qu’en Finlande, en ce moment, le soleil se lève à 10h, se couche à 14h et les températures oscillent entre -20 °C et -40 °C. Autant vous dire que les Finlandais, la déprime, ils ont appris à la dompter. À l’université, on file même des livrets aux étudiants étrangers sur le sujet (pour qu’ils ne retournent pas chez eux en courant). Mathis, alias Merle Taquin, a vécu un an dans la petite bourgade de Joensuu, dans la région des lacs, à l’est de la Finlande. Les locaux lui ont filé leurs meilleures astuces pour traverser cette période de faible luminosité les doigts dans le nez (ou « silmät kiinni » comme on dit là-bas).
Chercher la lumière du jour (malgré les nuages)
Ce n’est pas parce que les journées sont courtes que le combat est perdu d’avance, bien au contraire. Avec les bons réflexes, un Finlandais avec 4 heures de soleil par jour peut davantage le voir qu’un Espagnol en plein été (si, si). Déjà, il faut comprendre que la déprime des journées courtes vient de notre carence en vitamines D (fournies par notre corps lorsque les rayons du soleil entrent en contact avec la peau). Le bon réflexe à avoir est donc de chercher ces fameux rayons le plus souvent possible.
Les astuces finlandaises :
- Sortir au moins 1 h par jour, même par temps gris, et exposer sa peau (la magie n’opérera pas si vous êtes emmitouflés jusqu’au bout du nez)
- En intérieur, se positionner le plus près possible des fenêtres
- Compléter son apport en vitamine D avec du poisson ou des produits laitiers


Pratiquer le sauna et le … sisu
En Finlande, il y a un sauna pour deux personnes. On vous l’accorde, le pays n’est pas ultra peuplé, mais ça fait quand même un peu plus de 2 millions de saunas ! Si chez nous il sert principalement à relaxer, dans les pays nordiques il est utilisé pour maintenir le corps et la tête à flot. Beaucoup sont des petites cabanes isolées en bord d’un lac. En hiver, les Finlandais creusent des trous dans les lacs pour s’y plonger après une session de sauna. Là, ils pratiquent le « sisu » : un terme finnois qui se rapproche du courage et de la détermination. Plongé dans une eau proche de zéro, notre corps entier nous supplie de sortir. Le sisu permet de rester calme, de prendre le temps de souffler et de récolter les fruits de son courage. Abracadabra, le moral est remonté en flèche dès la sortie de l’eau.
Les astuces finlandaises :
- Faire des séances de sauna une fois par semaine minimum
- S’essayer aux bains glacés (progressivement)
- Dépasser sa peur de l’inconfort en pratiquant le sisu


Retarder son instinct
Le cerveau humain est câblé pour suivre le rythme du soleil. Lorsqu’on le voit se lever, on se réveille plus facilement. Mais lorsqu’il se couche, on va automatiquement se mettre en mode sommeil. Le corps se ralentit et se prépare à aller dormir. Quand les journées sont courtes, que l’on part du travail et que le soleil est déjà couché, on a juste envie de rentrer se plonger sous la couette. C’est à ce moment précis qu’il faut faire tout l’inverse en évitant de se mettre dans une ambiance « dodo » trop tôt dans la journée.
Les astuces finlandaises :
- Laisser le pyjama au placard le plus tard possible
- Soigner son éclairage intérieur et éviter la lumière tamisée trop tôt
- Garder le combo canapé-plaid pour après le dîner


Voir du monde
En hiver, la faible luminosité favorise aussi l’isolement. Quand, à 19 h, en été on se retrouve dehors dans des parcs, en hiver on préfère souvent les soirées Netflix ou la lecture sous un plaid. Il n’y a pas de mal à ça, mais la solitude prolongée peut aussi impacter notre équilibre émotionnel. En Finlande, les locaux prennent le réflexe de ressortir après le travail pour voir du monde : clubs de sport collectif, jeux de société entre amis (ils sont redoutables) ou… sauna, sans surprise.
Les astuces finlandaises :
- Supprimer son abonnement Netflix
- S’inscrire à un nouveau sport collectif
- Pousser la porte d’un bar à jeux


Niveau expert : accepter la nuit totale
Pour expérimenter les fameuses nuits polaires, j’ai eu la chance de partir me baigner dans la mer de Barents, en Laponie. Plus précisément dans la baie de Bugøyfjord, l’une des régions les plus au nord de l’Europe. Là-haut, entre fin novembre et fin janvier, le soleil ne se lève jamais. Il ne fait pas nuit noire pour autant : le soleil frôle l’horizon sans jamais le dépasser, offrant un lever-coucher de soleil de quelques heures. Puis le paysage plonge de nouveau dans la pénombre. Dans ce paysage désertique, nous avons rencontré le tenancier d’un bar qui nous a raconté comment il traverse cette période difficile. Une réponse simple : « chaque année, j’embrasse l’hiver ». Il nous a expliqué sortir volontairement se faire secouer par les éléments avec un thermomètre figeant parfois autour de -40 °C. « À chaque fois, ça me rappelle que je suis en vie. » Là-haut, le froid et la nuit n’empêchent personne de vivre. Au contraire : tout le monde passe en fait beaucoup de temps dehors, et se tient religieusement à ces cinq règles.














