« Je vais voler un bateau, le rénover et traverser l’Atlantique ». Voilà le message posté il y a 3 mois sur les réseaux par un certain Charles Audier. Le truc c’est que Charles n’est pas vraiment pirate. Il ne sait même pas naviguer. D’ailleurs il a le mal de mer. Pourtant c’est l’histoire la plus extraordinaire d’un gars ordinaire qu’on a découverte cette semaine.
Episode 1 : Voler un bateau pour le rendre…
1er septembre 2025
Charles est un journaliste de 36 ans, « un peu perdu niveau boulot à l’âge où les gens font généralement une famille ». LA bonne raison selon lui pour se lancer dans un projet démesuré. « Ma génération est dans un couloir avec 10.000 portes à ouvrir pour découvrir, tester, se rassurer, faire l’expérience… Mais on sait qu’on n’aura pas le temps de toutes les pousser. Alors plutôt que d’être frustré de ne pas aller au bout de ces multiples découvertes, j’ai eu envie de me dédier à UNE chose, unique et plus grande que moi. » Il a donc pris la liste de ce qu’il savait faire, ce qu’il aimait, lui faisait peur, le ferait grandir, lui servirait : il a secoué le tout et il est arrivé à… Un bateau.
Le projet : se rendre en Suisse pour subtiliser un trimaran abandonné au fond d’un jardin (et qui au passage, appartient à son vieux copain Mike Horn). Le ramener en Bretagne, rassembler 70 000 euros pour le rénover et enfin, le rapporter à son propriétaire en Amazonie, par la mer, en solitaire. « C’est une histoire de symboles. Celle d’un bateau à l’abandon, d’un type lambda à la dérive, sans mauvais jeux de mots ! »
Voler un bateau pour le rendre à son propriétaire… Vous aussi il commence à vous plaire ce pirate ? Quant à savoir si la surprise fera plaisir à Mike Horn : parfois, « il vaut mieux demander pardon que la permission », lance Charles (et il paraît que c’est Mike Horn lui-même qui le lui aurait enseigné).
Bienvenue dans la galère
Bon, l’histoire est marrante, mais quand on l’a contacté, Charles Audier avait seulement collecté 25.000 euros. Il lui manquait donc encore 45.000 euros à notre Christophe Colomb d’eau douce. Ensuite il devrait trouver et installer tous les équipements : remplacement des haubans, aménagement des voiles, hydrovane, panneaux solaires, système électrique, outils de navigation, refaire le moteur…
Pas sûr que ça aille au bout cette histoire. Certes, mais pourquoi parlerait-on uniquement des projets terminés, à succès, les doigts dans le nez ? « Être porteur de projet c’est un moment de vulnérabilité extrême, excitant, stressant, épanouissant, galvanisant. Si on veut donner aux gens l’envie de tenter quelque chose », il faut en montrer les coulisses. Les recherches, la préparation et… les galères !


Un aimant à anges gardiens
Charles Audier n’a pas assez de doigts (ni de crochets) pour les compter. Tout ce qu’il sait, c’est que « les belles histoires d’aventure sont avant tout humaines ». Le bateau a déjà été rapatrié grâce à « un grutier enthousiaste, un transitaire attendri par le projet, un chauffeur motivé comme si sa vie en dépendait ou encore un chantier naval qui croit au projet et prend le risque d’accueillir un bateau sud-africain avant même que j’ai les papiers ».
Pour apprendre à naviguer, notre apprenti pirate peut également compter sur le skipper Thomas Coville. Bref, cet homme est un aimant à anges gardiens, on dirait ma porte de frigidaire.
Charles Audier n’exclut d’ailleurs pas de faire le début de la traversée avec certains d’entre eux : « parce que je ne sais vraiment pas naviguer ! » Mais entre le Cap Vert et Macapa au Brésil, il n’aura pas le choix, ça sera forcément solo. Alors peut-être que son vieux trimaran ne mettra jamais une coque dans l’eau salée, mais on a envie d’y croire et surtout de connaître la suite. Pas vous ?
👉 Par ici son portrait vidéo
👉 Par là pour soutenir et suivre son projet (prochaine étape : la rénovation) !


Episode 2 : Tout dans la tête
15 février 2026
Nous avons recontacté Charles pour prendre des nouvelles du bord. Et franchement, on a eu raison de miser un Kopeck sur ce gars un peu barré parce qu’il tient finalement bien la barre ! Côté bateau, le trois-coques est quasiment prêt à partir et navigue déjà dans les eaux bretonnes depuis le 5 octobre. « Tout est branché, les voiles sont OK, il ne me manque plus que 5 000 euros pour installer une arche pour poser les panneaux solaires, une antenne Starlink européenne et un radar de sécurité. » Le rêve n’est plus bien loin. Reste encore à apprivoiser le pilote automatique. « Il est un peu capricieux. Je pense que je vais devoir lui trouver un prénom pour que ça se passe bien. » Wilfried ?
Quand on se lance dans ce genre de projet, la chasse aux sous, c’est le nerf de la guerre, mais pas que. « Toute ma quête m’a permis de rencontrer des gens sortis de nulle part et qui m’ont permis de sauver le projet. Je n’ai jamais été aussi pauvre, avec autant de dettes et en même temps jamais aussi accompli, aussi dispo pour mes potes, ma copine… C’est une aventure en solitaire d’équipe. T’es tellement vulnérable que ça permet d’avoir moins peur en l’avenir. »
Alpiniste, navigateur, même combat
Côté rencontre, notre aimant à anges gardiens n’a pas perdu son magnétisme. Quand on l’a eu, il revenait de deux jours à Tignes avec l’alpiniste Alasdair McKenzie pour « tester » son mental. Celui qui s’est lancé dans la quête des 14 sommets à 8000 quand il avait 17 ans, trouvait intéressant « le projet d’un type qui se lance dans l’inconnu et en qui personne ne croit ». Au programme : escalade sur glace avec un seul piolet pour pimenter le tout, ski de rando alors que notre pirate a tout juste son flocon d’argent, alpinisme sur crête et bivouac polaire par -12°.
Vous avez du mal à voir le rapport entre se balader sur une crête avec un himalayiste et traverser l’Atlantique ? « On n’avait pas de nourriture, très peu d’eau, le but c’était que j’en bave et que je prenne des décisions alors que je suis cuit. En mer tu peux faire des 24-48h sans dormir et le moindre faux pas peut être fatal. Sur la crête, c’est pareil : tu fais une erreur, c’est fini. C’était cool de s’y confronter sans être seul. »
Bateau, cardio, dodo
Prochaine étape : gérer le mal de mer et le sommeil à bord. Pour le premier, direction l’hôpital militaire de Brest pour 15 jours de traitement (accessible à tous les marins d’eau douce). Un protocole de 1 heure par jour établi par des médecins qui devrait faire ses preuves. Cross fingers.
Ensuite apprendre à faire des micro-sommeils. Lorsque l’on navigue en solitaire, impossible de se faire une bonne nuit de sommeil entre 22 heures et 7 heures du matin. L’idée c’est de multiplier les siestes sur 24 heures et rester en sécurité. Par exemple, sur une zone fréquentée, avec un bateau lancé à 10 nœuds (soit un peu moins de 20 km/h), les siestes ne doivent pas durer plus de 20 minutes au risque d’entrer en collision avec un copain à voile. Cette fois c’est à l’hôpital d’Annecy que ça se passe avec THE specialist qui a coaché des marins du Vendée Globe.
Enfin, Charles rencontrera l’apnéiste Morgan Bourc’his, pour travailler sa cohérence cardiaque et apprendre des exos de respiration. « C’est très utile à bord pour se préparer avant une phase un peu stressante et physique comme un changement de voile par exemple. »
La suite ?
Le grand départ est prévu début mai. La bonne blague c’est que Mike Horn ne sera peut-être finalement pas au Brésil à son arrivée, mais en Argentine vers Buenos Aires… Ou dans le sud de la Patagonie ! « Au final je ne sais pas où je vais finir, ni quand. Tu vise un truc mais tu ne sais même pas ce que tu dois attraper. Et tant mieux ! Quand on conditionne son existence à un but on peut être déçu. Ce n’est pas le cas si tu te bases sur l’élan et la dynamique. »
À votre avis, l’épisode 3 aura lieu en plein milieu de l’Atlantique ?

















