Pour certains c'est une rencontre, pour d'autres un accident. Parfois c'est la perte de quelqu'un d'irremplaçable ou bien un rêve devenu impossible à ignorer. Mais pour tous, cela a été un déclic. Celui que l'on n'attendait pas. Heureux ou pas, il est plus efficace qu'un coup de pied au derrière et plus motivant qu'un supporter en délire. C'est celui qui pousse à prendre la route, changer de vie ou s’engager pour une cause qui nous dépasse. Voici cinq aventures incroyables qui ont toutes commencé par un déclic.
La phrase qui change tout
En 2005, Lamya Essemlali vient d’obtenir un master en sciences de l’environnement. Elle se rend à une conférence à Paris où elle rencontre Paul Watson, fondateur de Sea Shepherd, l'organisation non gouvernementale engagée dans la lutte contre la pêche illégale ou encore la chasse à la baleine. Elle l'écoute parler d’action directe, de protection des océans, et tout d'un coup, elle entend cette phrase : il faut être prêt à « risquer sa vie pour une baleine ». Elle n’a jamais vu de baleine, mais sa décision est prise.
Quelques mois plus tard, elle est à bord d’un bateau de Sea Shepherd, au cœur de l’océan Austral. Lamya Essemlali se retrouve face à un baleinier japonais. Très vite, la collision devient une éventualité immédiate. Pendant deux minutes suspendues, elle regarde la mort en face. Le baleinier finit par dévier. Mais rien n’est plus tout à fait comme avant : ce qui relevait du choix devient une évidence.
De retour à terre, Lamya Essemlali fonde Sea Shepherd France et devient l’une des figures centrales en France de Sea Shepherd Conservation Society. Sur la Manche contre les navires-usines, à Mayotte pour protéger les tortues marines, dans le golfe de Gascogne pour dénoncer les captures accidentelles de dauphins. À chaque mission, la mer reste le terrain de l’urgence, du déséquilibre et de l’action directe. Parallèlement, Lamya Essemlali développe des actions de sensibilisation auprès du grand public et contribue à la création d’un centre de soins pour animaux marins.






La promesse tenue
Mai 2024. Cela fait des années que Simon, 25 ans, lutte pour sortir de sa dépression. Son frère Louis Derrien lui fait alors une promesse presque insensée : accomplir quelque chose d’« impossible » pour lui montrer combien il l’aime et combien il est fier de lui. Lorsque Simon décède, Louis n'oublie pas sa promesse. Quelques semaines plus tard, le projet « Courir pour toi » est né.
Une manière de prolonger le combat de Simon contre une maladie encore trop souvent invisibilisée. Le 15 juin 2025, Louis Derrien s’élance depuis la rue de son enfance pour un tour de France de 5 800 kilomètres et 120 000 mètres de dénivelé, soit l’équivalent de 138 marathons en 150 jours. Pendant qu’il avale les kilomètres, sa sœur Pauline le suit en van, rencontrant élus, soignants, associations et patients afin d’ouvrir le dialogue autour des troubles psychiques. Derrière la performance physique, la fratrie porte un objectif plus vaste : prolonger le combat de Simon contre une maladie encore trop souvent invisibilisée. Pendant leur aventure, ils sensibilisent à la santé mentale et récoltent des fonds pour La Maison Perchée, association spécialisée pour les jeunes adultes vivant avec un trouble psychique. Son tour de France s'est achevé en janvier 2026. Sa cagnotte a récolté plus de 100 000 euros.



La perte de la vue
À 29 ans, John Muir voit sa trajectoire basculer brutalement. Promis à une carrière d’ingénieur brillant, ce poète géologue écossais installé aux États-Unis est victime d’un accident en usine qui lui fait perdre la vue. Plongé dans le noir pendant plusieurs semaines, il mesure soudain la fragilité de ce qu’il tenait pour acquis : le monde extérieur, les paysages, la lumière. « Si au moins j’avais pu faire de grandes randonnées dans la nature, j’aurais pu me repasser de belles images », regrette-t-il alors, conscient que son esprit n’a rien à quoi se raccrocher. Mais ce moment de cécité forcée n'est en fait pas définitif et John Muir guérit.
Sa guérison agit comme une révélation. John Muir ne retourne pas vers la vie citadine ni vers les promesses d’un avenir d’ingénieur : il choisit le vagabondage, la marche, l’observation. Il quitte alors Indianapolis pour rejoindre le Golfe du Mexique, embarquant vers Cuba puis Panama, avant de rejoindre la côte ouest des États-Unis. Mais c’est en Californie, dans la Sierra Nevada et la vallée du Yosemite, qu’il trouve pleinement sa place. Peu à peu, son regard sur la nature devient une philosophie. Il écrit, publie, voyage encore, et inspire jusqu’aux cercles politiques américains. Son combat contribue à la création de parcs nationaux majeurs, dont le Yosemite, et à la naissance du Sierra Club, qu’il fonde en 1892 pour protéger les espaces sauvages. Jusqu’à sa mort en 1914, Muir ne cessera de défendre cette idée simple et radicale : la nature n’est pas un décor, mais une nécessité vitale à préserver.





Le livre d'Antoine de Saint-Exupéry
Clotaire Mandel a grandi loin des écrans, nourri par les cartes, les livres de voyage et les récits d’ailleurs. Très tôt, la littérature devient une porte d’évasion, un espace où le monde semble plus vaste que celui dans lequel il évolue. Les lectures qui le marquent le plus ? Le livre de l’intranquillité où Fernando Pessoa rend l'ennui beau et passionnant, mais aussi le classique L’usage du monde de Nicolas Bouvier et surtout Terre des hommes d'Antoine de Saint-Exupéry où le passage décrivant la fadeur du regard de ceux qui se réveillent tous les matins au même endroit pour aller travailler sur la même chose est un électrochoc. Une fois adulte, une idée s’impose : rester immobile n’est pas une option. Alors, à 25 ans, inspiré par l'accumulation lente d’images, de lectures et d’envies, il claque la porte de sa vie d’infirmier en Picardie et part à vélo sans se retourner.
Depuis mai 2018, Clotaire vit sur les routes. À vélo, il traverse les continents, enchaîne les pays, les rencontres et les kilomètres - près de 80 000 à ce jour. Son voyage n’est pas une performance, mais une manière d’habiter le monde autrement. Il avance au rythme du quotidien, entre bivouacs improvisés, petits boulots, et longues journées de solitude ponctuées de podcasts et de lectures. La route devient un espace paradoxal : à la fois d’isolement et de rencontres, de fatigue et d’émerveillement. Un chemin qu’il a choisi pour mieux comprendre ce que signifie être libre.




Le rêve d’enfant
Alors qu’elle mène une vie de calligraphe, installée dans le Gers, Florence Robert voit ressurgir avec force un souvenir. Une montagne aperçue lors des trajets d’enfance vers la Méditerranée. Un relief calcaire surgissant au milieu des vignes et de la garrigue, comme une promesse silencieuse. À chaque fois, elle éprouvait la même sensation : l’envie irrépressible d'aller s’y perdre. L'image ne cesse plus de l'habiter et une même question revient : « De quoi étaient faits mes rêves d’enfant ? »
Au bout de quelques semaines, la réponse s’impose comme une évidence. Florence Robert quitte son activité, entame une formation agricole, puis s’oriente vers le pastoralisme. Elle s’installe dans les Corbières, à Albas, petit village d’une soixantaine d’habitants et devient bergère. Sa vie est entièrement dictée par les brebis : les sortir à l’aube, les conduire sur les parcelles de garrigue, les surveiller pendant des heures, puis recommencer. Au fil du temps, elle apprend à lire le paysage dans ses moindres détails, à anticiper les saisons, les repousses, les zones épuisées. Et le rêve d'enfant est aussi rattrapé par la réalité du métier. La solitude, la rigueur physique, les contraintes économiques et la dépendance absolue au vivant redessinent le rêve initial. Après 16 ans d'activité, elle finit par arrêter et raconte ce basculement entre imaginaire d’enfant et réalité dans son livre Bergère des collines.
Peut-être qu’un déclic n’est rien d’autre qu’un moment de lucidité. Cet instant où l’on cesse de composer avec une vie trop étroite pour écouter ce qui, en soi, demande à exister pleinement. En un instant, tout peut alors basculer. Sur SNCF Connect, en quelques clics cette vision de reconnexion aux autres, à soi ou à ce qui compte vraiment pour chacun, se transforme en projet concret, réel et palpable. Chez certains, cela se matérialise par un tour de France en courant, un engagement radical ou des années passées sur les routes. Des aventures différentes, mais nourries par le même mouvement : celui d’un élan vers quelque chose de plus vaste que soi. Qui nous dépasse. Car au fond, ces départs racontent moins l’envie de fuir que le besoin profond de se sentir vivant.














