Diplôme en poche et la vie (sans contrainte) devant lui, Augustin, 23 ans, a décidé de réaliser un rêve : passer un automne tout seul dans une forêt des Cévennes. Eh oui, il y en a qui rêvent de gravir un sommet, d’être célèbre ou d’ouvrir un resto… Lui, de passer 100 jours, coupé du monde dans le froid. On a quand même réussi à joindre ce Robinson Crusoé des bois entre une après-midi fabrication de cabane et un feu de camp pour qu’il nous raconte en live son expérience (et pourquoi c’était la meilleure décision à prendre).
Comment j’en suis arrivé là
Été 2025, Augustin a obtenu son diplôme d’école de commerce et achevé deux ans d’alternance. « J’avais enfin terminé toutes mes obligations, je n’avais pas de vacances prévues, pas de projets : c’était le moment parfait pour réaliser ce rêve d’enfant que j’avais au fond de moi… Aller vivre tout seul dans la nature. »
Le livre de Robinson Crusoé en poche et quelques notions de vie en pleine nature, apprises pendant ses années scout, il a franchi le pas. Mais pas sur un coup de tête non plus ! « Ce projet, je l’ai préparé pendant un an : période nécessaire pour lister tout ce dont j’avais besoin, trouver une forêt où partir m’isoler… et rassurer ma mère ! »
Par chance (et quelle chance !), un ami de ses parents possède un domaine avec une forêt dans les Cévennes. « Le 15 septembre j’ai débarqué. Je me suis baladé deux-trois jours et j’ai fini par trouver un spot de rêve : à côté d’un ruisseau, vue incroyable exposée plein sud pour charger ma batterie. » La grande aventure pouvait commencer.
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On fait quoi dans une forêt pendant 3 mois ?
On ne va pas se mentir, seul, dans une forêt, ce qui change le plus d’un jour à l’autre, c’est la météo ! Et Augustin, ça lui va très bien. Après avoir rapidement pris ses marques, il a mis en place sa petite routine et commencé à vivre au rythme du jour et de la nuit. « Je ne suis pas passé à l’heure d’hiver. Je me réveille avec le soleil, je tourne la tête et la première chose que je vois, ce sont les montagnes de Cévennes. Ensuite je me fais un café, je vais remplir mon jerrican d’eau et je pars me balader. Je cherche des matières premières pour la construction de ma cabane, du bois pour le feu… Et parfois je pars juste en exploration pour connaître la forêt par cœur. » Enlevez le café et la cabane, vous avez une vraie vie de chevreuil !
Mais Augustin s’est quand même donné un but dans cette aventure. Et de taille : fabriquer une cabane en dur avec les éléments trouvés dans la forêt. Il y travaille tous les jours, de 11h au coucher du soleil. « Je bricole depuis tout petit et j’ai fait les scouts, donc j’avais des notions en cabane, mais là, je suis parti sur un projet ambitieux. C’est une cabane hors-sol qui mesure 15 m². En ce moment je termine les murs avec un mélange d’argile, d’eau et de paille. » Il a même prévu d’y mettre une cheminée ! Personnellement, chez Chilowé, on la réserverait bien pour un week-end cocooning en pleine nature !
« Quand le soleil se couche, j’allume un feu et je décompresse, parfois avec un petit verre de vin. Je dessine les plans de ma cabane. Ça me permet d’anticiper les matériaux dont je vais avoir besoin, les dimensions etc. C’est mon moment préféré je pense. »
Dans ce genre d’aventure bien sûr, la nature vient régulièrement casser avec beauté la routine. « J’étais en train de travailler sur la charpente de ma cabane. Tout était prêt au sol, je n’avais plus qu’à la poser. C’était un peu le moment de vérité : il faut tout placer au bon endroit et qu’elle ne me tombe pas dessus ! Face au stress j’ai décidé de me poser 30 minutes avant de faire la manip’. C’est à ce moment-là que j’ai vu un faucon s’approcher en vol et venir se poser pile à l’endroit où j’avais prévu de poser la faîtière, la poutre la plus haute de la charpente qui lie les deux versants. Il est resté là 5 secondes avant de reprendre son envol ! C’était un signe, ça m’a donné du courage, j’ai posé la charpente, ça a tenu, ça m’a refait ma journée ! »







Seul dans le froid, bonne ou mauvaise idée ?
« La règle que je me suis fixée en partant, c’est de vivre une déconnexion totale pendant 100 jours. » Pas de retour à la civilisation, donc pas de réapprovisionnement : Augustin est parti avec une malle remplie de provisions pour 100 jours. Il a également fait une croix sur les réseaux sociaux, l’actualité ou même tout simplement Internet. « J’ai juste des bouquins et un téléphone qui me sert à joindre ma famille. »
N’allez pas imaginer derrière ce projet un besoin de fuir la vie et ses obligations ou une envie profonde d’introspection après une expérience douloureuse. Augustin, avec sa bonne humeur communicative, voulait simplement « voir ce que cela faisait » de se couper du monde et de se débrouiller seul dans la nature. « Je suis parti pour me confronter à la solitude, voir ma réaction. Je m’attendais à ce que ce soit hyper dur et en fait non ! »
Si pour certains d’entre nous (moi la première), n’avoir aucune interaction sociale pendant plus de 3 jours paraît plus difficile à surmonter que l’ascension du Pic du Midi en tongs, pour Augustin, ce fut légèrement plus facile. « J’ai juste eu un petit moment de blues au bout des 4-5 premiers jours. Une fois l’excitation du début passée. Je n’avais personne à qui parler, je me suis senti un peu bête tout seul. Et puis c’est passé. » Tout simplement. Peut-être aussi parce que c’est dans son caractère à Augustin, finalement, que ce soit simple et joyeux la vie.
« Aujourd’hui, je chante, je parle seul. Et puis j’ai cette connexion à la nature. La journée, je n’entends que le chant des oiseaux et le vent, c’est incroyable. » Le jeune homme ne s’est toutefois pas interdit de prendre des nouvelles de sa famille par téléphone (et de toute façon sa mère ne lui a pas trop laissé le choix !).
Mais qu’en est-il du froid ? Toujours pas un problème pour Augustin qui assure « bien aimer la pluie » et n’être « pas trop frileux ». « Là, on va descendre à -2°C, c’est vrai que je vais sortir les pulls en laine… » Clairement, l’aventure aurait été plus compliquée pour un membre de la team trois couches techniques en mérinos dès que le thermomètre descend en dessous de 16°C.

Ce que l’on tire d’une expérience comme ça
« De bonnes compétences manuelles ! » À force de travailler dessus tous les jours, d’en dessiner les plans et de voir les choses en grand, Augustin pourrait bien impressionner quelques menuisiers (et castors) de la région. « Le fait d’avoir tout construit de A à Z seul, c’est une fierté, c’est sûr que ça a boosté ma confiance en moi. »
Bien qu’habitué aux camps scouts de 3 semaines (à la dure) dans la nature, la donne n’est pas la même quand cela dure 3 mois. « On réalise notre confort quotidien dans nos vies de citadin. Rien qu’avec l’eau chaude ! Là je dois aller la chercher, elle est froide, je la filtre et j’ajoute des capsules pour la rendre potable…»
Enfin, comme beaucoup de primo-baroudeurs avant lui, Augustin a fait l’expérience du Hakuna matata de l’aventure. Ce moment où, même si on n’est pas vraiment prêt, on décide de franchir le pas, de dépasser ses peurs et que, miracle : tout se passe bien. « On n’est jamais prêt à 100 % pour ce genre de projet. Mais à un moment, il faut fixer une date et se lancer. Et sur place, on trouve toujours une solution s’il y a un problème.»















