Faire la traversée des Pyrénées, c’est une chose. Mais partir de la mer et arriver à la mer, le tout en ski de rando c’en est une autre ! Luc, Lucas et Paul se sont rencontrés en école d’ingé à Centrale Lyon. Tous les trois fans de montagne et de ski de rando, ils s’étaient dit qu’un jour ils feraient ensemble une « belle traversée ». Chose dite, chose faite. Deux ans après la fin de leur école, les 3 compères sont partis skis sur le sac à dos pour une folle aventure de 2 mois en full autonomie à travers les hauts massifs enneigés.
Objectif : la vie en autonomie
On n’est pas partis dans le but d’enchaîner les pentes raides en ski. L’objectif c’était vraiment de faire une aventure en itinérance, de dormir dehors et surtout de vivre en quasi autonomie. Les belles descentes c’était du bonus. On avait donc notre tente et toutes nos affaires sur le dos, avec 7 jours d’autonomie en nourriture. Toutes les semaines, la copine de Luc envoyait depuis Grenoble des colis de nourritures à des étapes précises. Clairement, il n’y a pas beaucoup de monde qui fait ça ! La plupart dorment en refuge ou en cabane non gardée, se ravitaillent régulièrement en station ou ont une assistance le long du trajet.
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, on s’est souvent dit que notre tente était plus confort qu’un refuge ou une cabane non gardée sur ce type d’aventure. On la réchauffe plus rapidement, on y a nos petites habitudes, on sait où tout est rangé. On avait aussi cette flexibilité de dormir quand on veut où on veut.
Bon, la seule chose avec cette organisation, c’est qu’il y a tout de même le petit stress d’arriver à l’endroit prévu au bout de 7 jours pour récupérer le colis de nourriture… Et espérer que le point de livraison soit encore ouvert à l’heure où on arrive ! Une fois, on a failli ne pas le recevoir à cause d’une boîte de lait en poudre emballée dans des sacs plastiques. La douane a cru que c’était autre chose…



À quoi ressemble une journée…
…quand tout se passe bien
Globalement, la journée consiste à avancer du lever au coucher du soleil et à se réfugier sous la tente dès qu’il disparaît. Ça donne des réveils à 6h30 et des départs 2 heures plus tard après un gros petit déj’. Entre 1000 et 1500 de D+ par jour sur 8 à 20 bornes. Un repas bien chaud le midi. Un bivouac installé à 17h et nous au fond de nos sacs de couchage à 17h30 !
…quand il y a un imprévu
À l’origine, nous avions prévu de marcher avec les skis sur le dos quelques jours au début et à la fin du périple. Mais arrivés au col du Canigó il n’y avait pas assez de neige pour chausser les skis de rando et trop pour pouvoir enfiler nos chaussures de trail. On a donc fait des journées entières à marcher en chaussures de ski, ce qui n’est vraiment pas idéal et ça nous mettait dans le jus niveau timing. Quand tu pars pour 50 jours et que dès les premières étapes tu n’arrives pas à tenir les distances fixées, tu te dis que tu y es encore pour 6 mois !

Rencontre avec les Pyrénées et (surtout) les Pyrénéens
En choisissant les Pyrénées, on ne s’attendait pas à un territoire aussi sauvage. Hors stations, on a croisé 16 skieurs en tout durant le périple. Et forcément quand il n’y a personne, dès que tu croises quelqu’un, la rencontre est très forte ! C’est comme ça qu’on s’est retrouvés à voyager pendant 5 jours avec un groupe de 4 Pyrénéens. Ils nous ont fait passer par des endroits où on ne se serait jamais engagés !
Les Pyrénéens justement, sont du genre… déterminés. Ici la neige est haute et les vallées profondes. Ils n’hésitent pas à faire 1000 m de D+ skis sur le dos pour descendre 400 m de poudreuse ! On avait échangé avec un certain David sur Instagram avant le voyage qui nous avait recommandé une cabane non gardée. Pendant le périple, on décide de s’y rendre. Le soir, on entend toquer à la porte « c’est le livreur ! ». David était monté de la vallée avec son chien et du jus de pomme maison, sans être sûr qu’il nous y trouverait. Il a passé la soirée à nous raconter des histoires au coin du feu et nous a indiqué les meilleurs passages à prendre pour la suite. Ça nous a tous filé un coup de boost à un moment où on en avait bien besoin. C’est comme ça qu’on s’est retrouvé à suivre des cailloux et du lichen sur les conseils d’un inconnu et on a eu bien raison.



Le plus dur c’est de rentrer
Ce voyage n’était pas aussi difficile que ce qu’on pourrait penser. Techniquement, la traversée était même beaucoup moins dure que certaines de nos sorties de week-end. On a toujours opté pour les itinéraires les plus accessibles. Mentalement, c’était aussi beaucoup plus simple que la vie normale ! En montagne, on ne peut pas agir sur les éléments donc il y a un certain lâcher-prise. La seule chose dont on doit se préoccuper c’est le point d’arrivée le soir. C’est très reposant pour le cerveau.
Quand on passe autant de temps à marcher en pleine nature, on découvre un autre mode de vie, plus lent, plus simple. On s’en rend vraiment compte au bout d’une dizaine de jours. C’est un état que l’on a envie de retrouver dès que l’on revient à la civilisation.


L’aventure en chiffres
⏱ 48 jours, 21 heures et 35 minutes
📏 736 km et 45 772 m de D+
🍽 294 plats lyophilisés engloutis, tous végétariens et la moitié préparés nous-même
🌙 27 nuits sous tente
🏠 2 nuits en cabane de télésiège (promis, on avait l’autorisation)
🛠 1 jour de repos pour réparer une chaussure de ski cassée
🎿 16 skieurs croisés hors station
🌧 18 jours de mauvais temps
Bon à savoir avant de se lancer
- Se renseigner auprès de locaux en amont du départ car chaque territoire a ses propres enjeux qu’on ne trouve pas dans les guides. Et il ne faut pas s’imaginer pouvoir calquer les spécificités d’un massif à un autre.
- Vivre en tente ça ne s’improvise pas. Il faut pouvoir gérer la température et l’humidité. Par exemple : savoir que l’on peut faire sécher ses vêtements du jour en les mettant dans son sac de couchage quand on dort (c’est un peu crado mais efficace).
- Sur ce genre de grande expédition, il faut bien connaître son matos. On évite le tout neuf.
- TOUT peut casser, donc il faut prévoir de quoi TOUT réparer. Aucun sac-à-dos n’est prévu pour marcher 10 jours non stop avec des skis dessus, se prendre des branches et tomber. Mieux vaut avoir un couturier dans la bande.



Le parcours massif par massif
Le parcours peut se décomposer en 9 étapes, qui correspondent aux différents massifs traversés mais aussi aux périodes en autonomie entre les ravitaillements :
1/ Les Albères : 4 jours de rando de Banyuls-sur-Mer à Arles-Sur-Tech
2/ La Catalogne et le Canigò : 6 jours de ski de rando de Arles-Sur-Tech à Font-Romeu (si on a de la neige ce qui n’a pas été notre cas !). Gros coup de cœur pour le plateau de Pla Guilhem et sa neige marquée par le vent.
3/ La Haute-Ariège : 4 jours de ski de rando de Font Romeu à El Serrat en Andorre. Un parcours complexe et sans doute la région la plus sauvage que nous avons traversée.
4/ Andorre et le Van d’Aran : 7 jours de ski de rando de El Serrat à la station de Baqueira. Beau temps et belle neige pour nous !
5/ Les Encantats et la Maladeta : 6 jours de ski de rando de la station de Baqueira à l’Hospitalet de Benasque. Nous avons eu la chance de traverser les Encantats, souvent très prisés, entièrement seuls. Les reliefs sont très adaptés au ski de rando, et on regrette seulement que la météo ne nous ait pas permis de gravir l’Aneto.
6/ Massif des Posets et début des hautes Pyrénées : 7 jours de ski de rando de l’Hospitalet de Benasque à Gavarnie. La mauvaise météo et le brouillard étaient de la partie.
7/ Les Hautes Pyrénées : 6 jours de ski de rando de Gavarnie au col du Somport. On a envie de faire des détours par tous les lieux mythiques que l’on croise (brèches de Tuquerouye, de Roland, Vignemale…). Une superbe section où il faudrait passer beaucoup plus de temps que ce que nous avons fait.
8/ La vallée d’Aspe : 4 jours de ski de rando du col du Somport à La Pierre-Saint-Martin. Un concentré de paysages hors du commun, des rochers rouges proches du refuge d’Arlet aux Lapiaz de La Pierre-Saint-Martin.
9/ Le Pays Basque : 8 jours de rando de La Pierre-Saint-Martin à Hendaye. Ici, on a fait plein de rencontres au gré des chemins (avec les skis sur le sac, plus on est proche de l’océan, plus ça crée la discussion…)


Quel matos embarquer
- Un sac de rando ultra-résistant. Indispensable pour porter les 25 kg de matériel avec les skis et les chaussures sur le dos. Nos sacs sur mesure Paul RM Design ont bien résisté, ce n’était pas gagné d’avance !
- Matériel de ski de rando : la classique avec du matériel léger mais performant, notamment pour les piolets et crampons (Petzl Gully et Irvis Hybrid).
- Matériel de Bivouac : avec entre autres des duvets -10°C, des matelas hiver, et une tente Chogori de la marque Nemo qui s’est avérée vraiment confortable.
- Matériel vidéo : drone, caméra d’action mais aussi appareil reflex avec micro.
- Beaucoup de textile, en majorité fourni par notre sponsor principal Lagoped, qui s’est avéré très adapté à notre pratique.
- Beaucoup de nourriture (tout végétarien), des lyophilisés provenant à moitié du commerce et à moitié des cuisines de notre chef Emilien ! Beaucoup de graines et de sucreries parce que quand même, il faut bien se faire plaisir.
- Des petits suppléments qui finissent par peser dans le sac : livre, carnet de notes…
Voir le documentaire
Vous avez envie de vivre leur aventure d’encore plus proche ? Le trio a filmé toute son aventure et en a fait un docu sélectionné dans plusieurs festival de films.
- Le 4 octobre à Grenoble, au cinéma le Club (horaire encore inconnue)
- Le 7 Décembre, 19h au Gerardmer Aventure Film Festival



















