Pourquoi faire les choses à moitié quand on peut les faire en entier ? Un jour, Antoine a décidé de remonter le plus long fleuve de France depuis sa source dans les monts ardéchois jusqu’à l’Atlantique. Résultat : 1 200 kilomètres à pied, en kayak et à vélo le long de la Loire. En 14 jours, il aura traversé 12 départements et découvert le fleuve sous des angles très différents. Il nous raconte sa folle aventure Au fil de l’eau.
Quelle mouche m’a piquée
Après avoir relié Paris au Mont Blanc à vélo en 2025, une chose est devenue évidente : l’envie de repartir. Pas pour aller plus loin ou plus vite, mais pour retrouver cette sensation que seul le voyage procure. Celle de se lever chaque matin sans penser à autre chose qu’au chemin qui nous attend et au territoire que l’on va traverser.
Ça faisait longtemps que j’avais envie de faire la la voie cyclable de la Loire à Vélo. Mais l’itinéraire me posait un petit problème : il commence seulement à Nevers en Bourgogne-Franche-Comté, alors que la Loire est un fleuve beaucoup plus long. Comme j’aime bien faire les choses jusqu’au bout, je me suis demandé : « Et pourquoi pas partir de la source en Ardèche ? ». C’est comme ça qu’est né le projet Au fil de l’eau.
Quant au choix des trois moyens de déplacement, il s’est presque fait tout seul. La marche pour prendre le temps de ressentir les paysages. Le vélo pour couvrir davantage de distance tout en restant au rythme du territoire. Et puis le kayak, qui était sans doute la partie qui m’excitait le plus. Je n’en avais jamais réellement fait et je ne savais pas vraiment ce qui m’attendait. Cette part d’inconnu était justement ce qui rendait l’aventure encore plus attirante.


Mon itinéraire
Cette aventure de 1200 kilomètres m’a fait traverser 12 départements en 14 jours. Elle commence dans les monts ardéchois et plus précisément au Mont Gerbier de Jonc, là où se trouve la source de la Loire.
Première partie : De la source jusqu’à Roanne. J’ai marché pendant près de 300 kilomètres en suivant principalement le GR3. Cinq grosses journées d’environ 60 kilomètres, avec près de douze heures de marche par jour. Une première partie très exigeante, notamment à cause de la chaleur, de la solitude, mais aussi des sentiers encore en friche sur certaines portions.
Deuxième partie : De Roanne à Nevers. J’ai ensuite embarqué pour environ 200 kilomètres de navigation en 4 jours. C’était la grande inconnue du voyage : je n’avais jamais réellement pratiqué le kayak, encore moins sur une telle distance. Environ 45 à 50 kilomètres par jour, au fil des méandres de la Loire. Une partie beaucoup plus contemplative, où l’on se laisse porter par le courant et où on découvre une Loire particulièrement sauvage.
Troisième partie : De Nevers à Saint-Brevin-les-Pins. J’ai pris mon vélo pour les 700 derniers kilomètres afin de suivre l’itinéraire de la Loire à vélo sur 5 jours. Environ 170 kilomètres par jour, avec de grosses amplitudes horaires et une chaleur particulièrement éprouvante. C’était le premier épisode caniculaire de l’été. Cette dernière partie permet de traverser une grande diversité de paysages et de patrimoine, jusqu’à retrouver l’immensité de l’Atlantique. C’est aussi la partie où j’ai pu retrouver mes proches sur le parcours avec qui j’ai partagé un repas, un café, un bout de melon dans un hall d’immeuble ou même y trouver parfois un endroit pour dormir.






3 moyens de transports : un casse tête logistique ?
Quand on fait un voyage avec différents moyens de transports, je recommande de construire son parcours en fonction des possibilités offertes par chacun de ces moyens de locomotion et d’avoir des proches dispo sur le trajet !
J’ai commencé par chercher où il était possible de naviguer tranquillement sur la Loire. Roanne s’est rapidement imposée comme point de départ car la Loire y est suffisamment importante pour être navigable. Restait le problème majeur : comment trouver un kayak pour cinq jours de navigation ? J’ai contacté plusieurs loueurs, mais tous ont décliné. Louer sur une aussi longue période n’était tout simplement pas intéressant pour eux. Et puis j’ai eu la chance de tomber sur Louise, d’Arganoë, qui m’a proposé de carrément me vendre un kayak d’occasion !
Pour le reste, j’ai essayé de voyager avec le minimum. J’avais toutes mes affaires avec moi dès le départ (vêtements, affaires de bivouac, hygiène, matériel vidéo/photo), à l’exception du matériel spécifique au vélo. Sur la marche et le kayak, j’avais un sac d’environ 12 kg. À Nevers, j’ai pu profiter de la proximité avec ma famille pour organiser le changement de moyen de transport. Mon père est venu m’apporter le vélo et a récupéré, par la même occasion, le kayak !
Mes conseils sur ce genre d’aventure
- Il faut oser, mais en ayant conscience de ses capacités et en sachant s’écouter. C’est-à-dire adapter son itinéraire, son rythme ou ses objectifs en fonction de ce que l’on ressent.
- Sur une aventure comme celle-ci, une grande partie du voyage reste inconnue. Et finalement, c’est justement cette part d’incertitude qui fait toute sa richesse. Mais si on veut apporter un petit cadre dans cette aventure imprévisible, je recommande de prévoir ses nuits à l’avance !
- La solitude peut parfois peser. De mon côté, savoir que des proches allaient me rejoindre certains soirs était une vraie source de motivation. Ces moments de partage m’ont souvent permis de repartir avec un peu plus d’énergie.
- Pour la partie marche, le poids du sac est un vrai sujet. Il faut essayer de partir léger et éviter de transporter plusieurs jours de nourriture. Cela demande simplement de regarder à l’avance les villages traversés et les possibilités de ravitaillement pour pouvoir refaire ses stocks régulièrement.



Mon matos
- Un sac de 25L dans lequel rentrait ma tente, des affaires de rechange, mon réchaud, ma trousse de secours et mon matos photo.
- Chaussures de trail pour gagner en confort
- Un sac étanche pour la partie kayak (acheté au Décath de Roanne). Essentiel pour garder les affaires importantes au sec.
- Sur la partie vélo, un Gravel 520 de chez Décathlon. Une pépite increvable, et c’est le cas de le dire : sur ces 700 kilomètres, je n’ai pas crevé une seule fois. C’est un vélo léger avec une possibilité de l’équiper en bagagerie. C’est un excellent compagnon de route.



L’aventure en chiffres
- Dénivelé positif : 6 500 m
- 28 Coca-Cola pour tenir le rythme des longues journées
- 8 nuits en camping et 2 en bivouac sauvage
- 1 roue voilée pour pimenter la partie vélo
- 1 canicule dont je me serais bien passé
- Plus d’une dizaine de châteaux aperçus



Ce que je tire de cette aventure
J’ai retrouvé exactement ce que j’étais venu chercher : cette sensation de partir à l’aventure, de se laisser porter par les kilomètres, les paysages qui défilent et cette forme de liberté que seul le voyage procure.
Il y a eu les doutes, la fatigue, la solitude et les éléments qu’il faut subir sans pouvoir les contrôler. La chaleur, notamment, a rendu certaines journées particulièrement difficiles. Mais il y avait aussi cette sensation assez simple, chaque soir, de se dire : « Une étape de plus. Je me rapproche de mon objectif final. »
Ce voyage m’a surtout appris que je n’avais pas besoin de partir pour réfléchir à mille choses. Pendant ces quatorze jours, j’ai passé de longues heures seul, à avancer, regarder et écouter. Et finalement, je n’ai pas vraiment pensé. J’ai simplement vidé mon esprit. Malgré la difficulté physique et mentale, je suis revenu profondément apaisé.
Et puis il y a une immense fierté. Pas seulement celle d’avoir parcouru 1 200 kilomètres. Je suis surtout fier d’avoir imaginé cette aventure de A à Z, d’avoir osé la rendre concrète, de m’être lancé malgré les incertitudes et d’être allé jusqu’au bout. La réussite sportive n’est que la cerise sur le gâteau.

















