Chez Chilowé on croit dur comme fer à repasser aux pouvoirs des longues marches. Celles en pleine nature, qui durent plusieurs semaines ou mois et vous transforment à jamais. On a demandé aux membres de notre communauté, s'ils avaient déjà vécu ça. Vous avez été nombreux à nous envoyer vos témoignages (témoignant qu'on avait eu du pif sur cette histoire). Certains ont trouvé leur voie, un nouveau job, l'amour ou une nouvelle façon de vivre après une longue marche de plusieurs semaines en France. Ils nous racontent.
Marcher en Italie et retrouver foi en l'humanité
Victoire a remonté l'Italie pendant 6 mois, au départ de Palerme en mars 2024.
Ça a été la meilleure idée de ma vie : traverser la Sicile, Calabre, les Pouilles, Molise, Abruzzes, Latium, Ombrie, Toscane côté Apennins, jusqu'en Ligurie où mes pieds se sont arrêtés devant la mer à Gênes. 2500 km de pur bonheur, d'accueil inconditionnel des Italiens, d'abondance de fêtes de village et d'abandon à la Providence. Je n'ai manqué de rien. J'ai adoré ne pas savoir où terminerai ma journée, ni qui serait sur mon chemin. J'ai aussi adoré la résilience du corps, l'adaptation des pieds et du dos.
Je dirai que ça m’a apporté une confiance en l’Homme assez folle, dans le sens où malgré ce qu’on entend et lit un peu partout, l’être humain est bon et l’entraide est omniprésente. On m’a ouvert la porte et j’ai souvent eu trop que pas assez. D’un côté très perso, ça m’a permis de développer un sentiment de puissance. J'ai surpassé la solitude, l’effort physique, la peur d’aller vers les autres. J'ai réussi à être autosuffisante avec moins de 100€/ mois dépensés. Ce sentiment de puissance, j’espère le conserver toute ma vie et je souhaite à tous et toutes de le découvrir.
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Traverser la France et faire le métier de ses rêves... à 64 ans
Pierre, parti traverser la France de Nice au Mont-Saint-Michel en 2017 après avoir pris sa retraite.
Ce périple de 70 jours a totalement changé ma future vie de retraité que j'imaginais tranquille, voire un peu ennuyeuse. J'ai rédigé le récit détaillé de ce voyage. Ensuite, je ne me suis plus jamais arrêté de faire de longues marches seul dans le monde ou en France dans les Dolomites, la Corse, les Alpes, les Pyrénées... Mais surtout je n'ai jamais arrêté d'écrire... J'ai d'abord auto-édité mes récits de voyages, avant de rapidement trouver deux éditeurs : Chamina Édition et les Editions Christine Bonneton. Avec eux, j'ai publié six livres depuis 2023 dispo en librairies.
Aujourd'hui, j'ai encore plein de projets de voyages et de nouveaux livres à écrire, y compris des romans. Je jongle entre voyages à pied (Compostelle actuellement), la rédaction de trois nouveaux livres, les conférences et les dédicaces dans des Festivals de livre ou de voyages. J'avais toujours rêvé d'écrire, mais n'aurais jamais pensé que cette traversée de la France à pied en traçant mon propre itinéraire me conduirait à devenir un écrivain-voyageur à temps plein.





Tout plaquer, faire Compostelle et reconstruire
Natacha, partie 2 mois sur les Chemins de Compostelle en août 2025.
À cette époque, j’étais de moins en moins satisfaite dans ma vie : « quelque chose ne va pas ». Et l’appel pour la marche, seule, se faisait de plus en plus sentir. Pourtant, je repoussais sans cesse le moment de me lancer et me trouvais des excuses. Jusqu’au jour où… « grâce » à un test génétique, j’ai appris l’identité de mon père biologique. Il était temps pour moi d’aller cheminer pour accueillir au mieux cette nouvelle. J’ai démarré avec un périple de 10 jours sur Saint-Jacques-de-Compostelle au départ du Puy-en-Velay. Ce fut un moment magique, hors du temps. Plus les jours passaient, plus mes pensées se clarifiaient et plus je retrouvais « ma joie naturelle ». À la cathédrale de Conques, je me fis la promesse de revenir et d’aller au bout du chemin.
Quelques mois après, je suis repartie sur Compostelle avec une page blanche. Je m'étais séparée de mon conjoint, avais réemménagé à Paris et avais démissionné… Certains parleraient de craquage. J’y vois des décisions qui avaient longuement mûri sur le Chemin. J’ai retrouvé le fléchage jaune, les journées qui débutent trop tôt pour éviter les grosses chaleurs, les dortoirs peuplés de ronfleurs, les paysages qui changent chaque jour, les repas gourmands dans les gîtes animés le soir, les rencontres...
Pendant cette marche de 2 mois, j’ai eu le sentiment de revenir à mon état naturel, en action, pas sédentaire, mais aussi d'avoir un objectif, un sens. Moi qui étais partie dans une quête identitaire, j’ai eu le sentiment de mieux me connaître, de mieux savoir d’où je viens et où je veux aller. L’arrivée à Saint-Jacques fut aussi émouvante qu’espérée. Les foules en délire, les accolades, le sentiment d’accomplissement, de fierté, de dépassement, mais aussi la peur du vide et du retour à la réalité. J'ai compris que je ne pouvais pas reprendre ma vie comme avant. Une nouvelle aventure, à Paris, est alors sur le point de se dessiner. Je me sens prête !




Marcher, dormir chez des inconnus et trouver sa vocation
Julien a marché 45 jours le long de la Loire pour ses 40 ans en 2024 de Nevers à Angers.
Tout au long de cette marche, des groupes de 2-3 personnes importantes dans ma vie sont venues me rejoindre pour 2-3 jours à chaque fois. C'est allé de ma grande tante de 73 ans à mon amoureuse de primaire perdue de vue entre temps en passant par des amis, des profs de lycée, des collègues de boulot ou des gens avec qui j'avais sympathisé dans un covoit' ! Et surtout, tous les soirs, nous sommes allés dormir chez l'habitant, car c'est comme ça que je voyage depuis plusieurs années !
Dormir chez des inconnus invite à faire de son mieux, être sincère et authentique, mais aussi à faire confiance à l'univers et à l'autre. Ce voyage le long de la Loire m'a fait découvrir des façons de vivre, voir, penser, aimer. Pendant cette marche, j'ai eu un flash et j'y ai trouvé une vocation professionnelle. Après 15 ans comme commercial dans l'environnement et développement durable, je suis devenu professeur des écoles.
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Partir, revenir trouver sa voie et son âme soeur
Sidonie a traversé les Alpes française en 41 jours à l’été 2024, de Boréon dans le Mercantour à Lugrin au bord du lac Léman.
Avant, je pensais que mon chemin était tout tracé. J’ai fait une prépa, une école de commerce, je voulais commencer ma carrière dans une belle boîte, puis monter une entreprise tout en ayant une vie sociale remplie, une vie sportive impressionnante, des vacances en nature et une vie de couple solide. J’ai fini par me brûler les ailes et tout mon joli château s’est écroulé... Rupture, fermeture de la boîte, fatigue... Je me suis rendue compte que je ne m’étais jamais demandé : qu’est-ce qui me fait vibrer moi, sans le regard des autres ? Cette traversée, c’était un premier pas vers l’écoute de ma boussole : ma petite voix intérieure dont j’étais déconnectée jusque-là. Je ne savais pas trop où ça allait me mener mais je sentais qu’il fallait que j’y aille maintenant.
Pendant cette marche, il n’y a pas une journée où je me suis demandée ce que je faisais là. Il y a eu des galères, mais je gérais sans avoir à lutter ou à puiser trop loin dans mes ressources. J’étais connectée à ma boussole, ce qui m’a permis de gagner en sérénité, en douceur et en simplicité. Depuis mon retour à Nantes, j’essaie de me laisser guider par mes envies plutôt que par les « il faut que ». Et c’est en suivant cette petite voix que je me suis dit début 2026 que j'avais envie d'être travel planner. Même si rationnellement, tout me poussait vers le salariat et sa sécurité.
Et c'est aussi en m'écoutant que je me suis mise en couple en rentrant de cette expérience. Je suis certaine que je n’étais pas prête à rencontrer mon amoureux avant d’avoir passé deux mois seule sur les sentiers. Je n’ai pas cherché à savoir s’il cochait ma check-list, mais j'ai écouté mon cœur et fait confiance au feeling.
Traverser les Pyrénées, comprendre que tout se dépasse et s'engager
Yvain, parti traverser les Pyrénées à pied en 2017 pendant 40 jours.
Il y a eu un avant et un après dans ma vie. Cette traversée m'a donné confiance. Ce qui m'a le plus marqué c'est à quel point j'ai trouvé ça facile une fois lancé, alors que je m'en faisais une montagne. Je n'ai pas eu de craquage ou envie d'arrêter. J'ai ressenti toutes les difficultés comme des aléas qui allaient être dépassés sans encombre : douleurs de pieds, 2 jours à ne rien manger à cause d'un ravitaillement mal anticipé, un bivouac trop haut en pleine vague de froid...
Cette traversée m'a donné le temps de réfléchir à ma vie, à ce qui faisait sens. Peu de temps après j'ai commencé à m'engager sur les enjeux écologiques, dans le perso et pour des assos. Quelques années après, d'un point de vue pro je suis allé vers de l'entrepreneuriat de sens. Tout ça est toujours ancré presque 10 ans après. Aujourd'hui je sors d'une phase de vie assez chaotique alors l'idée germe en moi de refaire cette traversée mythique...


















