À 36 ans, Stephen Rater a un petit faible pour les choses qui nous dépassent. Originaire des Yvelines, où il a grandi entre la vallée de la Seine et la forêt, il se passionne très tôt pour les montagnes, les longues marches et, surtout, ce qui se passe quelques milliards de kilomètres au-dessus de nos têtes. Depuis ses 10 ans, l’astronomie ne l’a jamais vraiment quitté. Mais Stephen n’est pas du genre à observer Saturne tranquillement depuis son balcon. Son truc, c’est plutôt de mettre son télescope dans son sac à dos, de partir marcher et d’embarquer des inconnus dans l’histoire. Des Alpes au Népal, il partage sa passion à travers son télescope et transmet son savoir à tout ceux qui croisent sa route.
« J’ai commencé à observer les planètes en pleine ville »
Pas besoin d’une pluie de météorites ou d’une rencontre avec Thomas Pesquet pour déclencher une vocation. Pour Stephen, tout commence avec quelques images imprimées sur un bout de papier. « J’ai commencé à m’intéresser à l’astronomie grâce à un bouquin que mes parents m’ont offert quand j’avais 10 ans. Il s’appelait « L’Imagerie de l’espace » et expliquait comment fonctionnaient les planètes du système solaire. »
Le genre de cadeau qu’on feuillette normalement deux fois avant de le ranger au fond du placard. Stephen, lui, l’a lu et relu jusqu’à commencer à regarder son environnement légèrement différemment. « Ce que j’adore encore aujourd’hui, c’est réaliser qu’on est sur une petite planète dans l’espace et qu’il y a des étoiles et des galaxies qui nous entourent tout le temps. »
Si au lycée il continues de se passionner pour l’astro et les trous noirs, au moment de choisir ses études, il prend une autre direction… il décide de se former au design et au graphisme. Il travaillera pendant 8 ans dans ce domaine. Mais en parallèle, l’espace continue de prendre de plus en plus…d’espace. Vers 19 ans, il se met sérieusement à l’astronomie et achète son premier télescope à 20 ans. « J’ai commencé à observer des planètes en pleine ville. J’avais l’impression d’être le seul à savoir que les étoiles et les planètes étaient là. »
Très vite, il fait regarder ses parents, ses proches, puis comprend qu’il aime presque autant montrer le ciel que le regarder lui-même « C’est de là que m’est venue l’idée de faire partager ma passion aux autres. »



Une rencontre qui vaut le détour
L’astronomie n’est pas la seule passion qui accompagne Stephen depuis longtemps. Il y a aussi la marche. Adolescent, il commence par de grandes randonnées dans le Beaujolais avec ses cousins, avant d’aller user ses semelles à deux reprises sur les chemins de Compostelle en Espagne, d’arpenter les volcans de Nouvelle-Zélande et les montagnes des Alpes. Bref, rester assis n’a jamais vraiment été son truc.
En 2014, Stephen part deux mois seul à pied au Népal. Sac sur le dos, il traverse le pays au rythme des chemins et des rencontres, sans encore savoir que l’une d’elles va lui rester particulièrement en tête.
À lire aussi : 👉 5 réserves naturelles de ciel étoilé pour prendre une claque cosmique ?« Sur le chemin, j’ai rencontré un prof qui m’a amené dans une école avec des élèves qui avaient 12 ou 14 ans pour que je leur parle d’astronomie. » Stephen improvise alors un cours sur les planètes et l’Univers. Un super moment pour lui, mais il repart avec un petit goût d’inachevé. « J’ai eu le regret de ne pas avoir de télescope pour leur montrer les choses. »
L’idée reste quelque part dans un coin de sa tête… et s’il pouvait continuer à marcher, mais cette fois avec de quoi montrer réellement le ciel à toutes les personnes rencontrées en chemin ?



Marcher le jour, observer les étoiles le soir
Il lui faudra peu de temps avant que l’astronomie fasse vraiment partie de sa vie. « Fin 2017, j’ai donné mes premiers cours. J’intervenais avec le groupe associatif Siel Bleu, qui accompagne des personnes malades ou atteintes de cancer dans des gîtes en pleine nature, pour prendre soin d’elles. Moi, j’intervenais un soir pour leur faire observer le ciel. »
Puis, lorsqu’il arrive en Haute-Savoie, Stephen reprend la formule qui lui ressemble le plus : marcher puis observer. D’avril à novembre, il emmène des groupes de dix à douze personnes, souvent inconnues les unes des autres, pour des astro-bivouacs.
Mais pas question de se limiter à la France ! Stephen compte bien reprendre ce qu’il avait laissé en suspens quatre ans plus tôt. En 2018, il retourne au Népal avec son ami photographe Mathieu Gay. Cette fois, les sacs de voyage sont un peu plus gros (environ 12 à 13kilos)…avec des lunettes astronomiques, un petit télescope et un laser vert pour pointer les étoiles. Et au milieu de tout ce matériel se glisse aussi un nouveau projet : Marche à l’étoile. Parce qu’apparemment, marcher un mois au Népal n’était pas déjà assez lourd comme programme…
À lire aussi : 👉 Les expériences à vivre au moins une fois dans sa nuit« Le but était de marcher pendant un mois de village en village pour aller à la rencontre des gens et des locaux, de poser un petit télescope au milieu d’une place et de les laisser observer. » Pas d’itinéraire millimétré avec une animation astronomie prévue à 20 h 12 tous les soirs. Les deux voyageurs avancent au rythme des chemins et des rencontres. Et si le voyage se fait à pied, ce n’est pas simplement parce que Stephen aime randonner.
Marcher oblige à prendre son temps. On traverse les villages plutôt que de les regarder défiler derrière une vitre, on s’arrête, on discute et on finit parfois simplement assis à une terrasse à raconter pourquoi on transporte un télescope dans son sac. « Souvent, on marchait la journée et on s’arrêtait vers 15 ou 16 heures. On s’asseyait boire une bière et ça nous permettait de rencontrer des gens et d’expliquer ce qu’on faisait. »



Quand les planètes brisent la glace
Stephen découvre aussi rapidement qu’un télescope posé au milieu d’un village est un assez bon substitut au traditionnel « Salut, moi c’est Stephen ». « C’est très facile de rencontrer des gens parce que quand tu poses un télescope au milieu d’une place, les gens sont curieux par rapport au ciel. » On s’approche d’abord pour savoir ce qui se passe. Puis on regarde dans l’oculaire. Jupiter apparaît, les cratères de la Lune se dessinent ou les anneaux de Saturne semblent presque à porter de main (il faut quand même avoir le bras sacrément long).
Et surtout, les conversations changent très vite de galaxie. « Il se passe quelque chose de très curieux quand les gens observent le ciel. Ils vont se livrer très rapidement sur leur vie, ça brise la glace en deux secondes. Certains vont se confier sur des choses très intimes comme une maladie ou la mort. »




C’est aussi ce que Stephen vient chercher. Finalement, son télescope sert autant à regarder ce qui se passe à quelques millions de kilomètres qu’à découvrir ceux qui se trouvent juste à côté. « C’était important pour moi car je voulais découvrir des histoires culturelles ou personnelles, et montrer le ciel aux personnes qui ne le connaissent pas. »
Un observatoire à la portée de tous
Pendant des années, Stephen a donc porté l’astronomie sur son dos. Désormais, son projet le plus ambitieux consiste justement à laisser le télescope sur place. En novembre 2025, Marche à l’étoile devient officiellement une association, portée par Stephen aux côtés de Benjamin, Émilie, Laetitia et Romain, avec un nouvel objectif : construire un observatoire astronomique permanent dans le Mustang, au Népal. Une manière de revenir là où tout a commencé, douze ans plus tôt.
Le futur observatoire doit être installé à plus de 3 000 mètres d’altitude, dans une région particulièrement propice à l’observation avec un ciel très sec et très peu de pollution lumineuse. Un ancien télescope récupéré en France sera installé sous une coupole, près d’un bâtiment permettant de manger et de dormir sur place.
À lire aussi : 👉 Les super-pouvoirs de la nuit (dehors)Cette fois, plus besoin d’attendre que Stephen et son sac à dos passent dans le coin pour observer Saturne. Le lieu doit être accessible toute l’année, lorsque les conditions météo le permettent, et surtout être pensé pour les habitants de la région. « L’accès sera gratuit pour les écoles, les monastères et les populations locales. » Les touristes, eux, paieront leur accès afin de participer au financement du lieu, une cagnotte a aussi été lancée pour aider à financer la construction de l’observatoire.
Un observatoire pensé comme un point d’ancrage, mais surtout comme une porte d’entrée vers le ciel pour ceux qui, jusque-là, n’avaient pas forcément les moyens d’y accéder. Après avoir marché pendant des années pour apporter l’astronomie aux autres, Stephen veut désormais faire en sorte qu’elle reste à leur portée.
Envie d’en savoir plus sur ces dernières expéditions ? Allez checker les documentaires de Stephen réaliser par Boris Wilmart au Kirghizistan en 2021, au Chili et en Guyane française en 2022, puis en France en 2023.



















