Qui a dit que le réensauvagement était un sujet de niche qui n’intéressait que les convaincus ? Avec ses 583 000 abonnés sur Instagram et 80 000 à sa newsletter, La vie partout prouve le contraire. Derrière ce compte dédié à la compréhension du Vivant et une newsletter axée sur le réensauvagement des jardins, il y a Quentin. Un jour, ce passionné d’insectes en poste dans la pub a décidé de tout plaquer pour parler feuilles mortes et nichoirs à oiseaux. Nous avons eu la chance de papoter avec lui.
De la pub aux criquets : parcours d’un ambassadeur du Vivant
Je suis passionné par les insectes et tout ce qui touche au Vivant depuis tout petit. D’ailleurs je voulais travailler sur les fourmis ! Sauf que je ne savais pas trop comment m’y prendre, alors à la place j’ai travaillé un peu dans la comm et la pub pour avoir l’argent nécessaire pour m’émanciper et me lancer dans un projet qui me passionne vraiment.
En 2019, il y a eu les incendies en Australie. Les images de koalas blessés par les flammes ont suscité énormément d’émotion. Je me suis dit que c’était fou que ces événements à l’autre bout du monde nous bouleversent autant alors qu’il y a aussi beaucoup d’espèces tout près de nous, qui sont menacées et perdent leur habitat… J’ai réalisé qu’il y avait plein de gens qui souhaitaient agir pour le Vivant, mais ne savaient pas forcément comment faire.
À la suite de ça, j’ai lâché mon boulot et j’ai décidé de créer la newsletter et le compte Instagram La vie partout. Dessus, je parle du Vivant proche de nous et avec lequel on est peu en contact. La solution est simple : le protéger. Moi, j’accompagne les gens pour y arriver.
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Il faut sauver le patrimoine vivant
Ma newsletter et mon compte partent d’un constat simple. Aujourd’hui, si on regarde dans un romarin qui pousse en zone urbaine, on trouvera deux espèces d’insectes pollinisateurs. Normalement, il devrait y en avoir une vingtaine ! À cause de la destruction des prairies, des pesticides et des constructions, on a grignoté les espaces naturels. Mais ce n’est pas tout. Que vous soyez en Provence, Bretagne ou dans les Pyrénées, tous les jardins se ressemblent : des pelouses et des haies de thuya. Pourtant, la France a la chance d’avoir une grande diversité de climats et de biodiversités, ainsi que des espèces de végétaux hyper variées. On a uniformisé les paysages et ça je le refuse. On a un patrimoine vivant que l’on se doit de préserver.
Dans ma newsletter, j’explique par exemple pourquoi il vaut mieux une haie de lierres que de thuya. C’est un garde-manger pour les abeilles, les papillons y hibernent et ses fruits nourrissent les oiseaux pendant l’hiver.

Les clefs du succès
Un jour j’ai entendu un journaliste dire « dans la vie, il n’y a pas de sujet inintéressant, il suffit juste de savoir comment en parler ». C’est ce qui me guide. J’essaie toujours de rendre intéressant quelque chose qui n’en a pas l’air en me mettant à la place des lectrices et lecteurs, en leur apportant des informations qui leur seront utiles.
À lire aussi : 👉 Comment réensauvager un terrain, son jardin ou son balconLe plus important quand on parle du Vivant c’est de vulgariser pour le rendre accessible à tous et émerveiller en touchant aux émotions. Ce que j’aime, c’est réactiver la curiosité parfois enfouie chez les adultes. Ça me touche beaucoup quand je reçois des messages de gens qui après m’avoir lu se mettent à s’intéresser aux insectes qu’ils croisent.
Ce qu’il y a de merveilleux avec le réensauvagement…
Il y a peu de choses plus satisfaisantes que les actions pour le réensauvagement. Ce ne sont que des actions hyper simples à mettre en place. Et le Vivant, dès que tu lui laisses un peu de place, il la prend très rapidement. Par exemple, un simple trou de 15 cm de haut dans les grillages entre voisins permet de voir réapparaître les hérissons !
Les actions simples à faire dans son jardin ou en appart
L’action la plus satisfaisante à faire dans un jardin, c’est la tonte différenciée. Au printemps je ne tonds que les chemins et les zones de détente. Cela sculpte le jardin, c’est très beau : il y a des fleurs de prairie pour les pollinisateurs et des cachettes partout pour les insectes comme les grillons ou les crickets.
Sur un balcon ou en bord de fenêtre, il suffit de végétaliser avec du chèvrefeuille, du romarin ou encore de la sauge pour voir les insectes revenir. Je conseille aussi de mettre des nichoirs à hirondelles avec un petit carton dessous pour les fientes qui sera parfait pour le compost ensuite. Cette espèce est en voie de disparition parce qu’elle ne trouve plus d’endroit où nidifier.

« Je ne considère pas mes contenus comme « écolo » »
Je trouve que ce terme n’a pas vraiment de sens, enfin, disons que ce n’est pas un sujet tout seul dans son coin. L’écologie est partout, c’est un sujet économique, agricole, de transport, bref, ça transcende tout. Le souci, c’est que ce terme enferme un peu, au point qu’on risque de ne s’adresser qu’aux personnes déjà convaincues. Et avec La vie partout, je parle du Vivant, ce n’est pas un sujet de niche. Cela concerne tout le monde. C’est un sujet transpartisan. Les papillons, les animaux, les fleurs : tout le monde aime ça. On est dans une période où on est les uns contre les autres, et la préservation des écosystèmes devrait tous nous rassembler. Alors j’essaye au maximum de parler à tout le monde, car c’est en faisant corps toutes et tous ensemble que nous pourrons sauver ce qui reste de l’exceptionnelle biodiversité européenne.















