On ne va pas se mentir : un panda, un lapin ou une loutre c’est quand même beaucoup plus mignon qu’un sanglier, un ver de terre ou un vautour. Pourtant ces animaux qui trouvent rarement grâce à nos yeux sont essentiels à l’équilibre de la biodiversité. Certains sont même des super-héros du réensauvagement… Avec les copains de Rewilding France, on a dressé une petite liste (non exhaustive) des animaux mal-aimés à faire aimer à ses enfants (et que vous aussi, vous allez finir par adorer).
C’est quoi « une espèce clé de voûte » ?
Quelques exemples :
- Les grands prédateurs comme le loup, l’ours et le lynx qui régulent les populations d’ongulés et permettent ainsi à la forêt de mieux se régénérer
- Les espèces ingénieurs comme les pics qui creusent des cavités dans les arbres qui servent ensuite de refuges à d’autres oiseaux.
- Les pollinisateurs comme les abeilles sauvages qui aident les végétaux à se disperser.
- Les grands herbivores sauvages comme les chevaux de Przewalski qui perturbent le sol et entretiennent la biodiversité des milieux ouverts et semi-ouverts
- Les charognards comme les vautours qui assurent la fonction nécrophagie et qui nettoient les carcasses.
Le vautour
L’image qui lui colle aux plumes
La dernière fois que vous avez prononcé son nom, c’était pour parler de cet oncle pique-assiette au mariage de votre cousine. En finance, les « fonds vautour » sont des spéculateurs qui rachètent à prix cassés les dettes et les entreprises en difficulté. Souvent, on croit que les vautours s’en prennent aux troupeaux et tuent sans vergogne leurs proies. Pire, qu’ils pourraient s’en prendre aux enfants et qu’ils porteraient malheur. Bref, peu de chance qu’on vous offre un doudou vautour à la naissance de votre mini. Pourtant, toutes ces croyances sont fausses.
Casser le cou aux préjugés
Les vautours sont des animaux pacifistes et paisibles qui se nourrissent exclusivement de carcasses. Allez, parfois une bête déjà agonisante, mais pas plus. Et même si la folle envie leur venait de chasser une proie vivante et vigoureuse, la morphologie de leurs griffes ne leur permet pas. Grâce à eux, le moindre cadavre disparaît en un coup de bec et surtout, la puissante acidité de leur estomac détruit les potentielles bactéries présentes dessus. « Cela limite la propagation des maladies, les sources de pollution et protège les nappes phréatiques, particulièrement dans les massifs calcaires et perméables », indique la Ligue de protection des oiseaux de la région PACA qui a lancé un programme de réintroduction des vautours fauves dans la région.
Mi-éboueur, mi-croquemort de la nature, les vautours ont donc un rôle clef dans la propreté de l’environnement. D’ailleurs, le parc national des Pyrénées, accompagne les éleveurs sur l’intallation de « placette d’équarrissage naturel » : des zones où déposer les carcasses d’animaux d’élevage morts pour que les vautours les dévorent. Une alternative gratuite à l’équarrissage industriel.
Pour vous rabibocher définitivement avec les vautours, on vous recommande chaudement les sorties avec l’asso Vautour en Baronnie. Ces balades organisées par des ornithologues dans les gorges de Saint-May permettent d’observer de près ces grands oiseaux incompris. Depuis 30 ans, l’association partenaire de Rewilding France, a petit à petit réintroduit vautours fauve, vautours moine et gypaètes barbu. Le vautour percnoptère a ainsi pu revenir naturellement, et les touristes aussi !
- Le saviez-vous ? Dans la mythologie égyptienne, la déesse Nekhbet, représentée avec une tête de vautour, est la protectrice des accouchements et la déesse Mout, représentée coiffée d’un vautour, symbolise les valeurs maternelles.



Le castor
L’image qui lui colle aux dents
Physiquement, rien à reprocher à cette espèce de grosse marmotte à grande queue et dents de lapin. En revanche, le fait que le castor coupe des arbres, fragilise les digues en creusant des terriers et provoque parfois des inondations de champs agricoles avec ses barrages n’en fait pas un animal particulièrement apprécié.
On casse le cou aux préjugés
Avant toute chose, pourquoi le castor crée-t-il des barrages ? Eh bien tout simplement parce que lui, son plat préféré, ce sont les arbres qui poussent dans l’eau sans trop de courant. Il aménage donc des espaces pour que son futur repas y pousse. Rares sont les animaux qui créent de tels espaces et c’est pour cette raison que le castor fait partie des espèces ingénieurs, clés de voûte de la biodiversité des milieux aquatiques.
Ces barrages créent des zones humides où l’eau passe avec peu de débit, ce qui attire un tout nouvel écosystème. Les grenouilles y pondent, les larves des libellules s’y développent, les tritons s’y prélassent, les éphémères y prolifèrent, les poissons y trouvent un endroit calme pour se reproduire et les hérons ou canards viennent profiter de cette riche biodiversité pour s’en mettre plein le bide.
Les ouvrages des castors permettent également d’absorber les fortes précipitations et d’éviter des inondations. Comme l’explique Rémi Luglia, naturaliste spécialiste du castor dans la revue Reliefs Océans, après le passage d’un castor, la rivière n’est plus un seul chenal creusé, mais suit plusieurs chemins. Ainsi, « elle ralentit, s’étale, retient l’eau et recharge les nappes d’accompagnement ». En période de sécheresse, ces zones constituent des réserves d’eau pour la végétation et la faune environnante. Une étude américaine menée en 2020 a montré que lors d’incendies aux Etats-Unis, les berges des rivières où des barrages de castors étaient présents, étaient beaucoup moins affectées.
- Le saviez-vous ? Les castors possèdent une 3ème paupière transparente qui fait office de lunette de plongée. Ils stockent souvent de la nourriture sous l’eau afin de pouvoir y accéder s’il gèle en hiver.




Le sanglier
L’image qui lui colle aux poils
Avec « la bête noire » comme surnom, c’est sûr que c’était mal parti pour que ce gros pépère se retrouve dans le top 10 des animaux favoris des Français. L’image qu’on en a est souvent celle d’un cochon aux poils drus, assez terrifiant, qui pourrait nous foncer dessus sans raison au détour d’un sentier. Et le fait qu’il se fasse un bon gueuleton des récoltes agricoles n’arrange rien à son cas.
On casse le cou aux préjugés
Sachez que si vous avez peur des sangliers, ces derniers sont encore plus terrifiés par vous (et ça n’a rien à voir avec vos poils drus). En revanche, en confiance avec les humains, ils peuvent se montrer fort sympathiques. Pour en avoir le coeur net, allez faire un tour du côté du refuge Touche pas à mon Popotte qui accueille des sangliers imprégnés, c’est-à-dire sauvés par l’homme et qui ne peuvent donc pas retourner dans la nature.
Mais surtout le sanglier joue un rôle primordial dans l’équilibre de la biodiversité végétale. Dans le milieu, on l’appelle même « l’ingénieur de l’environnement ». Déjà mieux comme surnom pour le présenter à belle-maman. En effet, il est capable de restaurer et réensauvager des milieux dégradés. Notamment en parsemant des graines qu’il transporte sous ses sabots et dans son pelage doté d’un sous-manteau laineux propice au stockage ! La dispersion a également lieu lorsqu’il défèque ou régurgite les fruits charnus et secs qu’il consomme dans la nature. Peu gracieux, mais efficace !
Comme l’explique le biologiste Dr. Stephan Suter dans cette vidéo, le sanglier fait partie des « rares animaux à travailler vraiment le sol ». En bougeant la terre et creusant des trous jusqu’à 60 cm de profondeur, il « donne une certaine dynamique au sol très positive pour la biodiversité ». Il mélange le musc et les semences et permet aux spores de champignons d’atterrir à la bonne profondeur pour proliférer… Toujours selon l’expert, le sanglier permet aux arbres de mieux pousser en mangeant des surfaces très denses de fougères (dont il apprécie tout particulièrement les racines) qui leur volaient la lumière du soleil.
- Le saviez-vous ? Les sangliers ont un très bon odorat, mais une mauvaise vue. C’est la laie dominante qui conduit le groupe (et met un coup de pied au patriarcat). Les bébés de 0 à 6 mois s’appellent les marcassins, les jeunes de 6 à 12 mois sont nommés bêtes rousses, à partir de 2 ans ils sont désignés comme des « ragots » (si avec ça, vous ne chopez pas le camembert au Trivial Pursuit…)














