Dans la grande famille des refuges, on trouve : les plus hauts, les plus grands, les plus anciens, les non gardés… et ceux avec des histoires à dormir debout et dedans ! Le genre d’abri de montagne qui pourrait tenir toute une soirée au coin du feu à dégoter des anecdotes et récits de sous les murets.
Dans le cadre de son master en architecture, le traileur Anthony Felber a fait l’inventaire des refuges gardés de toutes les Alpes. En est né un bouquin : Les 800 plus hauts refuges des Alpes. On lui a demandé de choisir les 5 avec les histoires les plus incroyables et c’est avec eux que l’on ouvre notre dossier de l’été : la nuit dehors !
Refuge Friesenberghaus, en Autriche
Massif des Hohe et Niedere Tauern – Altitude 2498 m
À prononcer « Frizenbèrgaosse » pour les Anglais LV1, le refuge autrichien de Friesenberghaus a une histoire particulièrement forte. Au XXème siècle, alors que l’antisémitisme gagne les clubs alpins germano-autrichiens « il est l’un des rares refuges explicitement ouverts aux alpinistes juifs », relate Anthony. En 1936, le bâtiment est mis à la disposition des jeunesses hitlériennes, pour finalement être laissé à l’abandon après la guerre. Il est racheté en 1968 par le Club alpin allemand de Berlin (Comment ? Les Allemands aussi ont le CAF ?), mais il faudra attendre le début des années 2000 pour qu’il soit entièrement rénové. Il est aujourd’hui un lieu d’accueil pour tous !
- Ouverture de mi-juin à mi-septembre
- 56 couchages
- Une des randos pour s’y rendre au départ de Ginzling en Autriche : 14,2 km, 830 m de D+, 6h20





Refuge des Evettes, en France
Hautes Alpes savoyardes – Altitude 2 590 m
N’allez surtout pas dire à un fan d’architecture que le refuge des Evettes, ce n’est finalement que 4 murs et un toit. Sauf si vous voulez vous attirer ses foudres. Au début du XXème siècle, ce lieu était un simple chalet de bois, mais après avoir été détruit pendant la Seconde Guerre mondiale, il est finalement reconstruit en 1969 sous la direction des architectes Guy Rey-Millet et Jean Prouvé. Cette collaboration donne naissance à une petite pépite architecturale des montagnes. Un refuge innovant et moderne, « construit avec la charpente métallique tridimensionnelle la plus haute du monde. Une véritable oeuvre qui fait aujourd’hui partie du patrimoine architectural », écrit Anthony Felber.
- Ouverture de mi-juin à début septembre
- 64 couchages
- Une rando pour s’y rendre au départ de Bonneval-sur-Arc : boucle de 15 km, 790 m de D+, 5h33





Refuge de Gamskarkogel, en Autriche
Massif des Hobe et Niedere – 2465 m d’altitude
Construit en 1828, le refuge de Gamskarkogelhütte en Salzbourg en Autriche, est l’une des plus anciennes cabanes d’alpinisme des Alpes orientales. À l’époque, le bâtiment a d’abord été construit 700 mètres plus bas sous les ordres d’un archiduc (archistylé) appelé Jean, puis démonté et transporté par des chevaux jusqu’au sommet du Gamskarkogel pour y être remonté. Aujourd’hui, on y vit encore presque comme à l’époque de l’archiduc : de façon sommaire, mais conviviale. On y mange des plats traditionnels locaux, on y filtre l’eau de pluie et on a tout de même un peu d’électricité grâce aux panneaux photovoltaïques.
- Ouverture de mi-juin à fin septembre
- 24 couchages
- La rando pour s’y rendre au départ de Bad Hofgastein en Autriche


Refuge Europa, en Italie (mais pas que)
Massif des Hohe et Niedere Tauern – 2 693 m d’altitude
Le refuge Europa porte bien son nom. Construit à la fin du XIXe siècle par le Club alpin germano-autrichien sur le territoire de l’Empire austro-hongrois, il se retrouve finalement en Italie dans le Tyrol, après la Première Guerre mondiale et la modification des frontières. Désormais à la frontière avec l’Autriche, il passe d’une identité allemande à un contrôle nationaliste italien (ce qui ne fait pas vraiment plaisir à tout le monde). Il faut attendre 1989 pour obtenir la paix des ménages et la gestion conjointe du lieu par le Club alpin allemand de Landshut et le Club alpin italien de Vipiteno. À tel point que les deux entités ont coopéré ensemble sur la rénovation du lieu. Aujourd’hui, la frontière italo-autrichienne traverse la salle à manger du refuge !
- Ouverture de mi-juin à fin septembre
- 88 couchages
- La rando pour s’y rendre au départ de Val di Vizze, en Italie : boucle de 15,8 km, 1270 m de D+ et 7 h de marche.





Refuge Toni Demetz, en Italie
Alpes orientales méridionales – altitude 2685 m
Le refuge Toni Demetz se trouve au cœur des Dolomites, niché entre les sommets du Sassolungo et du Cinque Dita (5 doigts). En 1952, le guide italien Toni Demetz âgé de 20 ans est frappé par la foudre au cours d’un violent orage, alors qu’il randonne dans les Dolomites sur le sommet du Sassolungo. Le jeune homme décède. Son père, Giovanni Demetz, à la suite de ce tragique événement « construit sur place un abri en pierre afin de protéger les futurs randonneurs, et l’a dédié à Toni », rapporte Anthony. Il symbolise le rôle premier des refuges : offrir un abri à tous les alpinistes en cas de mauvais temps. Aujourd’hui, la mythique télécabine 2 places du Forcella del Sassolungo des années 60, permet d’accéder au refuge (contre un peu de patience).
- Ouverture de mi-juin à mi-octobre
- 24 couchages
- La rando pour s’y rendre au départ de Selva di Val Gardena : 4,80km – 480 m de D+, 2h50 de marche aller-retour
















