Si l’envie vous démange d’aller jouer les groupies avec les hôtes scintillants des cieux, vous êtes au bon endroit. Lors du tournage du second épisode de notre série documentaire Outsiders, on a rencontré d’Anthony Turpaud, photographe, véritable paparazzi des étoiles et auteur du livre Voyage au cœur des étoiles. Il nous a livré, à ciel ouvert, ses meilleurs conseils pour réussir à tous les coups une soirée à observer les étoiles.
S’éloigner des sources lumineuses
Pour observer les étoiles, encore faut-il trouver un brin de nuit (noire). Exit les villes et leur pollution lumineuse. C’est le prétexte parfait pour aller se perdre au beau milieu de la forêt ou dans une montagne solitaire. L’échelle de Bortle « est une échelle de neuf niveaux qui mesure le niveau de luminosité du ciel nocturne ». Et à ce petit jeu-là, on ne peut pas dire que Paris brille particulièrement avec un score de 9 sur 9. Les meilleurs élèves se trouvent dans les Pyrénées et son Pic du Midi avec des scores souvent proches des 3. En France, petits chanceux que nous sommes, nous avons 7 réserves de ciel étoilé (RICE), labellisées par l’Association internationale Dark Sky et reconnues pour la pureté de leur ciel.
À lire aussi : 👉 5 réserves naturelles de ciel étoilé pour prendre une claque cosmiqueEt quand on parle de pollution lumineuse parfois, notre meilleur ennemi est à portée de main. « Le téléphone avec sa lumière blanche et bleue empêche la bonne adaptabilité de la rétine », Il faut environ 20 à 30 minutes de digital detox pour un reset optimal sous l’effet d’une protéine très sensible à la lumière : la rhodopsine. Merci J̶a̶m̶y̶ Anthony ! Et bien sûr, on évite les périodes de pleine lune qui reste une (des plus belles) pollution lumineuse. Entre le dernier quartier et le premier quartier, c’est le moment parfait !



À quelle période ?
Entre l’été et l’hiver, quelle est la meilleure saison pour observer les étoiles ? La réponse d’Anthony : « À vous de voir ! Le ciel d’hiver n’est pas celui du printemps, ni de l’été ». Nous voilà bien avancés !
Si l’été est mis sur le devant de la scène avec l’observation de la Voie Lactée, l’hiver surprend par ses « étoiles encore plus brillantes avec des constellations plus marquées ». Si cette dernière n’a souvent pas la côte, c’est surtout à cause des précipitations qui gâchent la vue et l’observation dans le froid qui rend la tâche plus complexe.
Pour réconcilier les deux soeurs ennemies, j’appelle à la barre les Perséides et les Géminides ! Ce sont les deux plus célèbres pluies d’étoiles filantes, autour du 13-15 août pour la première et du 13-15 décembre pour sa soeur jumelle Géminides. Et l’avantage, c’est qu’on a droit à ce spectacle gratuit tous les ans, car la Terre repasse chaque année au même endroit de son orbite autour du Soleil.


Quel matos astro emporter ?
Pas besoin de se coltiner un téléscope de 36 kg à 15 000 € sur le dos pour en prendre plein la vue. « Le premier matériel à utiliser c’est nos yeux », nous rappelle Anthony. Au moins ça a le mérite d’être clair ! Pour une vraie vision de félin, on privilégie les frontales à lumière rouge, histoire de pas éblouir son collègue tel un chevreuil devant les phares du C15 de papi.
Une soirée à observer les étoiles est aussi, et contre toute attente, le moment de sortir les vieilles jumelles poussiéreuses du grenier. Leurs effets ne se confinent pas au simple zoom : « De simples jumelles de 35 mm de diamètre collectent 30 fois plus de lumière que l’œil nu ». À leur contact, un nouveau champ d’étoiles se dessine en un coup d’oeil. Grâce au grossissement, Jupiter cesse d’être une « anonyme tâche scintillante » et si vous prêtez l’oeil vous verrez même ses satellites.
Pour immortaliser la soirée et prendre les meilleurs clichés, le trépied est un must, sinon une surface plane est la meilleure alternative. Pour le reste, on privilégie des pauses longues (supérieures à 30 secondes) avec une grande ouverture (entre 2,8 et 2) et entre 2500 et 3200 ISO pour les puristes d’entre nous.


Quelles applis astro télécharger ?
Le Graal pour tout chercheur d’étoiles reste de se laisser éclairer par un guide, comme Anthony qui connaît les astres comme sa poche. Mais s’ils sont tous bookés des apps peuvent toujours nous sauver.
- Pour repérer les endroits où la nuit est la plus noire : Light Pollution Map.
- Pour connaître tous les astres sur le bout des doigts, on télécharge : Sky Safari ou Sky Walk avec une version kids dispo sur Android ou Apple.
- Pour checker les conditions astronomiques : Astronomy Seeing de Météoblue. Si au premier abord, il faut un doctorat en astrophysique du MIT pour le déchiffrer, on a voulu vous aider :
- La couverture nuageuse : Plus le pourcentage est élevé, plus des nuages s’amoncellent au-dessus de votre tête. Privilégiez entre 0 et 10% pour des nuages bas ou moyen altitude (0-8 km) voire 10 à 30 % pour des cirrus (nuages hauts entre 8 et 15 km).
- L’indice de vue 1 & 2 : C’est la turbulence de l’air, c’est ce qui donne un effet « agité » à nos observations. Pour un rendu aux petits oignons privilégiez une note à partir de 4/5
- Arsec : c’est une mesure de la finesse du ciel. Ici, plus le chiffre est bas, plus on verra bien en photo. Au-delà de 2,5 la turbulence est forte ET en dessous de 1, votre caméra vous le rendra bien !
- Le Jet Stream : c’est le courant de vent en altitude. Passé 35 m/s, cela compliquera vos plans tout comme ceux à faible vitesse (<5m/s).


Se repérer dans la nuit noire (et obscure) : Objectif Nord !
Pour se repérer dans toute cette noirceur, une étoile sera notre boussole pour nous indiquer le Nord : Cap vers Polaris !
Première étape : Assurez-vous d’abord d’être dans l’hémisphère Nord ! Plus on descend vers l’hémisphère Sud, plus Polaris apparaît proche de l’horizon jusqu’à « passer en dessous » en devenant invisible après l’Équateur.
Deuxième étape : Retrouvez la casserole préférée de notre enfance, j’ai nommé : la Grande Ourse. Aux extrémités de la casserole se trouvent les bien-aimées Dubhé (en haut) et Mérak (en bas).
Troisième étape : Pour dénicher notre chère Alpha Ursae Minoris (étoile Polaire ou Polaris pour les intimes), on trace une ligne entre Dubhé et Mérak qui se poursuit vers le haut de la Casserole. La première étoile relativement brillante est notre perle rare qui représente la queue de la Petite Ourse. En cas de doute, il suffit de prolonger de 5 fois la distance entre les deux étoiles. Pour la petite anecdote à ressortir autour du feu de camp, depuis la France, Polaris ne se couche jamais et est donc visible toute l’année. Dans le jargon des astro-lovers, on dit qu’elle est circumpolaire.


À l’aise, on a dit !
Les étoiles ont beau avoir une température de surface entre 3000 °C et 30 000 °C, ce ne sont pas elles qui vont nous réchauffer la couenne pendant les longues veillées de nuit. On n’hésite pas à emmener des vêtements chauds même en plein été : un bon pull, des gants, un cache-cou et un coupe-vent. Et pour profiter du ciel, sans l’invitation d’un torticolis inopinée, l’idéal est de s’allonger sur le dos, de s’emmitoufler sous la couette les yeux sur la voûte céleste.
En se plongeant dans ce paradis clair-obscur, ce sont tous nos sens qui sont en éveil : la vue s’affine, l’ouïe se développe sans les bruits parasites, c’est une expérience sensorielle qu’on s’offre à l’abri des regards. Qui a dit qu’une bonne nuit de sommeil veille ne pouvait pas tout régler ?


















