En se réveillant un matin, une idée saugrenue a jailli de l’esprit de Pauline : pourquoi ne pas traverser la planète en faisant du stop… en bateau ! Après de nombreuses expériences aussi tumultueuses qu’enivrantes qui lui ont permis de voyager d’Espagne jusqu’à Tahiti, elle fonde Babord Club, un phare dans la nuit pour tous les mousses désireux de tenter la même aventure. Avec elle, on vous dévoile les meilleures astuces pour ne plus jamais rester à quai et embarquer à coup (presque) sûr sur un bateau !
Le bateau-stop, c’est quoi ?
« Il existe autant de définitions du bateau-stop que de capitaines », assure Pauline. Cette pratique consiste à trouver un bateau sur lequel embarquer pour une escapade de quelques jours ou une aventure aux quatre coins du globe. Il est quasiment impossible de faire du bateau stop sur un ferry, un bateau de croisière ou de marine marchande. Cette pratique concerne surtout les plaisanciers.
À rebours de son cousin l’auto-stop, il y a parfois une petite somme à payer pour les frais de voyage, mais surtout : pas question de roupiller sur la place passager ! Le principe du bateau-stop, c’est que vous devenez équipier pendant la totalité de la traversée en mettant la main à la patte à bord et en assurant les quarts. Pour ne pas rester à quai, il va donc falloir convaincre le propriétaire du navire que vous êtes le mousse idéal…
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Les bonnes raisons de se lancer
Le bateau-stop n’est pas seulement un moyen de transport écolo pour se rendre d’un point A à un point B. C’est un voyage en soi. C’est une aventure XXXL, mais aussi humaine où l’on vit tout plus fort. Les inconnus du premier jour deviennent nos acolytes et piliers au bout de quelques vagues. Ce sont des moments inoubliables de quarts à la belle étoile, de journées où l’on reprend le temps, de coupure avec la vie à terre. C’est l’expérience d’une vie.
Quelles compétences avoir ?
Pas besoin d’être Ellen MacArthur pour embarquer ! « Les capitaines sont même contents d’avoir des gens sans trop d’expérience car ils peuvent les former à leur manière de naviguer ! », rassure Pauline. En revanche, elle ne conseille absolument pas de se lancer sans avoir jamais mis les pieds sur un voilier ! Imaginez que vous découvrez en mer que vous avez le mal de mer, peur ou juste que vous n’aimez pas, vous mettez tout l’équipage dans la mouise. « On est une cordée, s’il y en a un qui flanche, il faut faire descendre tout le monde ! »
En gros, savoir que l’on peut compter sur vous en cas de montagnes russes maritimes est un vrai gage de confiance pour le ou la capitaine (et vous!). Par mesure de sécurité, il faut avoir fait au moins une sortie bateau à la journée et avoir dormi à bord. On s’assure ainsi que l’aventure ne se transforme pas en galère thalassophobique aiguë. Idéalement, il faut aussi connaître le vocabulaire marin (manœuvres, matériel, etc.) et quelques nœuds. « C’est déjà une bonne base. »


Partir solo c’est mieux ?
L’union fait la force ! Contrairement à ce que l’on pourrait croire, cela ne sera pas forcément un frein pour embarquer. « Il y a plein de capitaines qui cherchent des duos qui se connaissent car les cabines sont doubles et partagent un même lit ! », explique Pauline qui a même déjà vu des gens embarquer avec leur chien !
Un poil plus complexe et rare, mais possible : embarquer en famille ! D’ailleurs, certains capitaines sont… des mamans avec déjà des bout’choux à bord.


Comment trouver un bateau ?
Plusieurs tactiques sont possibles. On peut aller voir les annonces postées dans les capitaineries, se rendre directement sur les pontons, publier une annonce en ligne ou répondre à des annonces en ligne de capitaines. La reco de Pauline ? Répondre à des annonces déjà existantes de capitaine. « Aujourd’hui, il y a tellement de monde qui souhaite voyager ainsi, que c’est rare que les capitaines répondent à une annonce postée par un bateau-stoppeur. »
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Les plateformes : La bourse aux équipiers, Find a Crew, Crewbay, Vogavecmoi. Mais aussi les groupes Facebook : « la communauté des bateau-stoppeurs », « Sailboat Hitchhikers & Crew » ou encore « Crew Finder Sailing ».
Pour les femmes, on recommande les plateformes Women Who Sail, Shesea et les groupes Facebook « Women Sailing Crew », « Women Sailors Network », Safety precaution for female crew ». On vous explique dans la partie « sécurité » pourquoi ça vaut le coup d’aller sur ce genre de groupe quand on est une femme.


Combien de temps cela prend ?
Si vous trouviez que faire du stop sur les aires d’autoroute était long et galère, prenez quelques cours de patience avant de vous lancer. Vous avez à peu près autant de chance de gagner au loto que de vous pointer sur un port et d’embarquer dans la journée pour une traversée de trois semaines dans les Caraïbes. « C’est pas un billet qu’on achète, c’est un contrat tacite », rappelle-t-on chez Bâbord Club. Il faut le temps de trouver la bonne annonce, convaincre le ou la capitaine et attendre ensuite la bonne fenêtre météo en espérant qu’il ou elle ne change pas d’avis entre-temps (oui, cela arrive). Mais le temps d’attente dépend surtout des bateau-stoppeurs…
Parmi les co-navigateurs, deux espèces distinctes cohabitent. Il y a d’abord ceux qui ont un plan fixe et défini derrière le bandana, c’est-à-dire une date de départ fixe, un nombre de jours en mer qui ne souffrira d’aucun dépassement et d’une desti très précise. Là il faut compter 2-3 mois de recherche prévient Pauline qui, pour trouver sa première transat’, a répondu à une annonce en juin avec un départ prévu en novembre. En revanche, pour ceux qui ont une envie aussi débordante que vague de prendre le large, ils pourront trouver beaucoup plus rapidement, en 4 semaines grand max !
Conseil : mieux vaut être flexible sur la desti, la durée et le jour du départ. Cela évite de vouloir embarquer coûte que coûte, même si cela ne matche pas avec le ou la capitaine. Pauline a fait cette erreur pour son premier voyage. « J’étais obnubilée par le fait de faire ma transat en novembre. J’ai dit non à des bateaux qui ne partaient pas à la bonne date ou n’allaient pas exactement au bon endroit et j’ai ignoré tous les red flags. Finalement je suis tombée sur un capitaine tellement misogyne que j’ai dû débarquer à mi-parcours… »


Combien ça coûte ?
En bateau-stop, les membres d’équipage partagent les frais en participant à la caisse de bord. Chaque capitaine choisit le montant. « La règle c’est que la caisse doit prendre tous les frais que le ou la capitaine n’aurait pas eu si vous n’étiez pas là. Mais certains ajoutent aussi le gasoil, la place au port, les réparations etc. » À titre d’exemple Pauline a payé 1500 euros pour sa transat’ de 6 semaines. C’est la moyenne haute pour cette traversée, mais comme c’était son rêve, elle a cassé le PEL.
Repérer les arnaques
« Évitez ceux qui demandent de payer avant d’embarquer ou qui réclament d’acheter une pièce de bateau horriblement chère avant de les rejoindre. Enfin, le référentiel que j’ai, c’est que 60 euros par jour pendant 1 mois et demi de navigation c’est trop », recommande-t-on chez Bâbord Club.

Comment embarquer à coup (presque) sûr ?
Vouloir faire du bateau-stop, c’est un peu comme postuler à une offre d’emploi pour câliner des lamas à longueur de journée pour 70 k€. La concurrence va être rude. « Un capitaine reçoit environ une cinquantaine de demandes pour une transatlantique », indique Pauline. Il est donc important de valoriser TOUTES nos compétences parfois oubliées de nos CV. Spoiler : ce n’est pas vos compétences Excel qui vont vous démarquer.
Voici un florilège pour garnir votre lettre de motivation :
- Faire des miracles en cuisine avec deux boîtes de conserve au placard et savoir faire du pain vous fait passer au statut de baroudeur légendaire.
- Avoir des compétences en photo et vidéo pour proposer de faire la comm du bateau ou juste de beaux souvenirs.
- Avoir des notions de bricolage.
- Avoir un peu de bouteille sans être trop porté dessus.
- Avoir des expériences qui témoignent de votre capacité à vivre en communauté. Utiles quand on doit passer 3 semaines avec d’illustres inconnus.
- Avoir des notions de premiers secours ou carrément de médecine pour que tout l’équipage arrive en un seul morceau.
- Être un expert de la pêche à la traîne pour devenir le fournisseur officiel de produits frais de l’embarcation.
- Savoir lire une carte marine et déchiffrer les bulletins météo fera de l’œil aux capitaines.
- Savoir parler une langue étrangère peut être un atout de taille pour de longues traversées à l’étranger.
- Être sympa, ponctuel, ordonné et toujours prêt à mettre la main à la pâte dans la vie commune à bord.
IMPORTANT : contrairement à la vraie vie, en mer, on ne ment JAMAIS sur son CV. Cela évite les mauvaises surprises et c’est une question de confiance avec les autres membres d’équipage.
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Quand et d’où partir ?
Faire du bateau-stop, c’est un peu la fashion week, à chaque saison, une nouvelle destination. Le timing est presque plus important que le lieu de départ.
Départs entre fin octobre et janvier : la transatlantique. C’est le moment de hisser la grand-voile et de dire au revoir à nos proches : les Caraïbes ou les Canaries nous attendent. En novembre 2026, comme tous les quatre ans, la Route du Rhum rassemble des milliers de skippers passionnés au départ de Saint-Malo, c’est le bon moment pour faire gonfler son carnet d’adresses !
- D’où partir ? La Rochelle, Brest, Lorient, Les Sables-d’Olonne…
Entre mai et septembre – La Méditerranée. Parfait pour se dorer la pilule entre deux quarts sur la plus grande mer du monde.
- D’où partir ? Port Napoléon à Port-Saint-Louis-du-Rhône, Toulon, La Grande-Motte, Sète et Marseille.
Entre mai et août – L’Atlantique-Nord. Idéal pour échapper aux grandes chaleurs, rien de mieux que l’Atlantique Nord.
- D’où partir ? Brest, Lorient, La Rochelle



Comment partir en toute sécurité ?
La règle que l’on rabache et rabache encore chez Bâbord Club « l’aventure d’une vie ne doit pas être au détriment de ta sécurité ». Voici 7 commandements à respecter :
1/ Se poser LA bonne question : « est-ce que je m’enfermerais avec cette personne dans un appart’, sans mon portable, pendant une semaine ? » Parce que c’est ça la vie sur un bateau : un huis clos avec des étrangers, parfois sans réseau avec qui tout est plus intense et les relations exponentielles.
2/ Être hyper connecté à ses émotions, ressenti et s’écouter le plus possible. Quand y a un doute y a pas de doute. « Il faut faire confiance à son intuition et ne pas taire cette petite voix intérieure ».
3/ Passer du temps à terre avec le ou la capitaine et de faire une journée en mer avec lui avant de partir. « Les gens sont différents en mer avec le stress, les responsabilités, les lois du bateau etc. »
4/ Se renseigner. « Avant de partir pour ma transatlantique, j’ai par exemple demandé au capitaine tous les contacts des dernières personnes avec qui il avait navigué. Ça m’a rassuré ! » Un bon capitaine va chercher à mettre à l’aise et pas chercher à en tirer profit instantanément.
5/ Partir à deux. En particulier si vous êtes une femme !
6/ Donner le nom du bateau à ses proches avant de partir. Le numéro AIS permet de localiser le bateau en temps et en heure.
7/ Ne jamais poster une annonce pour chercher un bateau avec une photo de vous en maillot de bain (cela attire les mauvaises personnes) et ne jamais répondre à une annonce où un capitaine cherche uniquement une femme seule entre 20 et 25 ans pour partir…

Le matos (non exhaustif) à emporter
- Vêtements techniques imperméables
- Vêtements techniques ultra-respirants qui sécheront en un éclair
- Chaussures antidérapantes pour le pont
- Un bon sac de couchage + sac à viande
- Lampe frontale étanche avec une lumière rouge (prendre plusieurs batteries).
- Couteau suisse
- Crème solaire (OBLIGATOIRE)
- Le médoc Mercalm (pour les navigations bien agitées)
















