Trois jours à vélo sur une ancienne voie de chemin de fer reconvertie en voie verte, 100km dans les pattes, quelques orages, des Norvégiens, un match de rugby, des pruniers à perte de vue et des tunnels dans lesquels il ne fait pas bon être claustrophobe. On vous embarque pour une micro-aventure comme on les aime entre Toulouse et Méditerranée.
Ce topo en un coup d'oeil
- Gare la plus proche : Gare de Bram
- Des chaussures confortables, aussi bien pour marcher que pour pédaler.
- Un sac de rando suffisamment petit pour rentrer dans les sacoches du vélo !
- Une gourde d’eau
- Une casquette et des lunettes de soleil
- Des vêtements chauds pour le soir
- Des vêtements de pluie (au cas où)
- Anti-moustique
J0 : De Paris à Bram, l’aventure d’une nuit
On embarque à Paris Austerlitz dans l’un des derniers trains de nuit encore en service, direction Toulouse. Ambiance tamisée, le soleil vient de se coucher. Après un passage express aux toilettes pour se laver les dents, chacun rejoint sa couchette et s’endort avec le doux ronronnement des wagons sur les rails… ou… avec les ronflements de ses voisins de couchette, au choix. Heureusement la SNCF a pensé à tout avec un kit nuit calme qui vous permettra de dormir sur vos deux oreilles. 8h plus tard, réveil matinal au terminus Toulouse-Matabiau. Pas le temps de traîner, dernier check pour vérifier que l’on n’a rien laissé trainer dans notre couchette et on file prendre notre correspondance pour Bram, le point de départ du périple.
À l’arrivée à Bram, petite gare champêtre, rencontre avec Christelle de La Roue Qui Tourne. Elle nous remet nos montures pour les 3 jours qui arrivent : Réglage des freins ? Ok. Kit anti crevaison ? Ok. Les pneus bien en place ? Ok. Y’a plus qu’à. Un premier coup de pédale, un deuxième et nous voilà prêts pour partir vers l’infini et l’Aude-là.

J1 : De Bram à Gramazie
Alors, avant d’entrer dans le vif du sujet, on doit vous confier un secret. Si un jour vous êtes de passage à Bram et que vous avez l’impression de tourner en rond, c’est tout à fait normal, ne paniquez surtout pas. Bram est ce que l’on appelle un village en circulade et c’est même l’un des plus vieux d’Europe ! Comme son nom l’indique, les habitations sont construites de manière à ce que l’ensemble forme des cercles concentriques avec en son centre l’église Saint-Julien, au coeur du village médiéval. C’est d’ailleurs à ce moment là que l’on s’est demandé si l’expression « remettre l’église au milieu du village » ne venait pas de la culture Bramaise, parce que clairement on ne peut pas faire plus au centre. Ici les rues sentent bon la glycine, le centre est ponctué de petits commerces et le temps semble s’être figé pour ne dégager qu’un agréable sentiment de tranquillité.
En parlant de tranquillité, direction Le Petit Bramais pour s’y restaurer. Ancienne quincaillerie, c’est aujourd’hui une brasserie authentique avec des plats qui sentent bon le Sud. Convivialité, partage, générosité : le match parfait pour nous mettre du baume au cœur en ce début d’aventure. Et pssst, on vous donne un tips : Tout au fond du restaurant, il y a une petite cour à l’ombre pour vous abriter lors des grosses journées d’été.
La journée se poursuit par un passage express au port de Bram le long du canal du midi avant de poursuivre notre périple aux Essar[t]s, une ancienne maison de maitre devenue un centre d’exposition dédié aux arts et à la culture. Aujourd’hui, les espaces sont occupés par une exposition proposée par les élèves photographes de la région. On y croise Sylvie avec qui on papote quelques temps de son travail et de la manière dont elle a voulu retranscrire l’évolution des boitiers à travers différents jeux de lumière.
À peine le temps de parler vitesse d’obturation et longueur focale que nous voilà de retour sur nos fidèles destriers, direction la voie verte. Enfin ! Destination Gramazie à 20km de là où nous attendent 2% de la population de ce petit village en les personnes de Nathalie et Erick, nos hôtes du soir. Sous un soleil écrasant et un vent de face bien coquin, inutile de vous préciser que l’on était bien heureux de poser pieds à terre et de voir les portes du Grenier Occitan s’ouvrir devant nous comme s’ouvriraient les portes du paradis.
Ici, pas de chichis, on vous accueille sourire aux lèvres avec une bonne grosse dose de convivialité. Votre seule préoccupation sera de savoir si vous préférez être réveillé par le gazouillis des petits oiseaux ou par l’odeur alléchante d’un bon petit déjeuner. Pour le reste vous êtes comme chez papa et maman, les doigts de pieds en éventail sur les transat du jardin en attendant de mettre les pieds sous la table quand sonne l’heure de manger. Épicure peut bien dire ce qu’il veut, mais pour nous, c’est ça le bonheur.
À peine le temps de visiter le domaine avec Erick et l’atelier de poterie de Nathalie que nous voilà déjà attablés tous les quatre avec un couple de Norvégiens. Je ne sais pas vous, mais nous c’est typiquement le genre de soirée que l’on adore : refaire le monde, divaguer, en apprendre sur soi mais surtout sur les autres. Ce genre de soirée qui, sans notre conscience professionnelle, aurait pu durer des heures… mais, hé, oh, on est des pros, et les pros, ça se lève tôt !




J2 : De Gramazie à Chalabre, c’est parti mon kiki
6h30, réveil aux aurores. C’est totalement faux, il était 10h, c’est juste que … bon ok, on a pas d’excuses. On a juste trop bien dormi. Et que vous dire du petit déjeuner. C’était gargantuesque. Et quand on sait que tout ou presque a été fait maison et bien ça nous en bouche un coin. Un peu comme la confiture. Mais si vous n’aimez pas le coing il y a aussi de la prune, du kiwi, de la fraise et j’en passe. On récupère le pique-nique préparé par nos hôtes, quelques derniers conseils sur notre itinéraire du jour, un au revoir avec un petit pincement au coeur et zouh, retour sur nos vélos direction Chalabre, à un peu plus de 30km d’ici.
Reprise de la voie verte à travers les champs et les tunnels. Arrêt à Camon aussi appelé le « village aux cents rosiers ». C’est un village médiéval classé parmi les plus beaux de France et on comprend vite pourquoi. On explore ses ruelles pavées, son église romane, ses panoramas infinis sur la vallée du Razès. On en profite même pour aller se rafraichir dans l’Hers la petite rivière qui coule un peu plus bas.
Après une pause repas bien méritée entre soleil et nuages, on se motive pour terminer les quelques kilomètres qui nous séparent de Chalabre. Sur la route des arbres fruitiers par centaines (pommes, poires, prunes…). Ils peuplent la voie verte en nombre grâce au travail de l’association Atout Fruits qui oeuvre pour la préservation et la valorisation des variétés régionales.
Arrivés à Chalabre, direction L’hôtel de France en plein centre ville. Rencontre impromptue avec un groupe de voyageurs de la région voisine, une bande de joyeux sexagénaires partis eux aussi à la conquête cyclistique de l’Aude. De fil en aiguille,nous voilà tous assis autour d’un d’un bon cassoulet, bercés par un accent chantant et le match de rugby Toulon vs Castres sur la télévision de la salle de restaurant. C’est ce qu’on appelle « toucher le gros lot » quand on voyage au cœur de l’Occitanie. Encore une fois, l’hospitalité locale fait mouche. Un dernier petit verre de Cabanel (attention, gros risque d’addiction) offert par la maison et il est temps pour nous de quitter la bande de copains pour rejoindre les bras de Morphée.


J3 : De Chalabre à Bram, retour sportif
Aujourd’hui, plus que jamais, il fallait être en jambes. Après un petit déjeuner bien copieux, on remet les clefs à la réception et on enfile les kways. Ce dernier jour se fera au gré des caprices météorologiques ou ne se fera pas. Les nuages sont menaçants, le ciel est bas, mais pas de quoi nous démotiver. La journée commence même par une petite ascension au coeur de Chalabre pour rejoindre son château et admirer la vue.
Les cuisses chauffent, les visages se crispent mais cette petite grimpette aura eu le mérite de nous mettre en jambe en nous préparant aux 50 km que nous allions devoir parcourir ce jour là. Par chance et avec pas mal de dextérité, nous zigzaguons entre les gouttes jusqu’à notre arrivée à Belvèze du Razès pour la pause repas du midi au Café le Chêne Vert. Plus que quelques kilomètres sur la voie verte avant de rejoindre la gare de Bram mais avant ça, dernière effort pour rejoindre les hauteurs de Montréal. Là-bas, pas de Mont Royal, de restaurant de poutine ou de fans invétérés de Céline Dion mais une jolie hauteur pour surplomber toute la vallée.
Derniers tours de roues, quelques ultimes coups de pédales et nous voilà déjà de retour à notre point de départ. Il est temps pour nous de dire adieu à nos beaux bolides et de retrouver notre train couchette. Direction Paris que nous atteindrons au petit matin. La boucle est bouclée, le soleil se couche sur le sud, un dernier coup de brosse sur les dents et on ferme les rideaux. Ce n’est qu’un Aude’revoir.

