La Grande Odyssée de Rémy Coste : le boulanger devenu musher

Rémy Coste, de la niche à la miche

Le monde se divise en 2 catégories : les gens qui galèrent à faire du pain en confinement et à descendre une piste bleue ; et les autres qui brillent dans tout ce qu’ils entreprennent. Rémy Coste fait partie de cette seconde catégorie et excelle autant en boulangerie qu’en sport de glisse. Il a été meilleur ouvrier de France (MOF) en boulangerie et sextuple vainqueur de la Grande Odyssée, plus grande course de chiens de traîneau d’Europe. Comme le Ligérien d’origine a un certain goût pour les défis, il a d’ailleurs pris à nouveau le départ de la course le 7 janvier dernier. On l’a appelé entre deux sorties enneigées avec ses toutous, pour qu’il nous dévoile ce qui l’a guidé sur ces deux chemins de l’excellence. Rencontre avec quelqu’un qui a du chien.

Rémy Coste, de la niche à la miche
La Grande Odyssée de Rémy Coste – @Rémy Coste

À quoi a ressemblé ton enfance ?

Au lieu d’aller en colo ou de sortir comme les autres ados, j’ai passé mon enfance dans les fournils, parce que c’était ma passion. J’avais un oncle boulanger à Saint-Étienne. À 5 ans, je lui ai demandé « Tonton, comment on fait les croissants ? », il m’a dit : « Si tu veux voir, tu te réveilles. » Il m’a levé à 2h du matin pour descendre au fournil. Depuis cet âge-là, j’y suis toujours resté.

Comment es-tu devenu MOF ?

J’ai rencontré mon premier MOF (Meilleur ouvrier de France) en boulangerie à 12 ans, et me suis dit « c’est ça que je veux faire, je veux avoir un col bleu-blanc-rouge, et enseigner ». A l’âge de 15 ans, je suis rentré en apprentissage et j’ai eu la chance de rencontrer de très bons professionnels qui m’ont pris sous leur aile et formé petit à petit. En 2000, j’avais 25 ans et j’ai passé le concours de MOF en boulangerie qui a lieu tous les 4 ans. On était 400 sur les sélections pour une vingtaine au final. Ils nous demandent de mettre des techniques au point, d’inventer des recettes… Je l’ai remporté. C’était un beau challenge, une belle expérience.

Rémy Coste, de la niche à la miche
De la miche à la niche – @Rémy Coste

Pourquoi as-tu arrêté la boulangerie ?

Je suis allé m’installer à Megève en 2000 et j’ai ouvert ma première boulangerie, Le refuge du boulanger. Quand vous faites des produits qui plaisent, les opportunités s’ouvrent et on grossit sans s’en apercevoir. Un beau jour, on se retrouve avec quelque chose comme 80 salariés, sans l’avoir calculé au départ. Gérer du personnel, une entreprise, c’était un peu éloigné de ce que je voulais faire. Quand on se lève le matin et qu’on se dit que ce qu’on fait ne nous donne plus de plaisir, il faut arrêter tout de suite.

Comment es-tu passé du pain aux courses de chiens de traîneau ?

En 2002, lors d’un voyage au Canada, j’ai fait du chien de traîneau, ça m’a plu. On y est retourné en famille, et en 2004 j’ai eu mon premier chien, un Malamut d’Alaska. Rapidement, j’ai eu mes premières portées et je me suis retrouvé avec 12 chiens à la maison, je faisais du mushing loisir. Quand j’ai décidé de vendre les boulangeries en 2009, je me suis dit, « j’ai des chiens de traîneau, j’aime les grands espaces et faire découvrir mes passions, allez, je passe le diplôme pour enseigner ». Au début, je ne pensais pas du tout faire de la compétition, je voulais juste en faire mon métier. En 2012, on m’a demandé de participer à un trophée pour faire la promotion de l’école dans laquelle j’ai été formé et suis devenu formateur. Au moment où j’ai pris le départ, au bout de quelques mètres, je me suis dit « c’est ça que je veux faire ».

Rémy Coste, de la niche à la miche
Prise d’angle éphémère dans virage éternel – @Rémy Coste

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À quoi ressemble votre vie ?

Aujourd’hui, je gère un gîte en Laponie avec ma compagne Aurélie Delattre, elle aussi vainqueure de la Grande Odyssée. La Laponie, ça fait rêver, on y habite pour avoir l’environnement adéquat pour progresser. Quand on n’a pas de clients, je peux ne voir personne pendant des semaines. Mon premier voisin est à 10 km, le premier village à 40, on est tout seuls dans la forêt, c’est un cadre de vie idéal pour nous.

C’est quoi ton secret pour gagner ?

Rémy Coste a été champion de France dès 2013, vainqueur de la Grande Odyssée en 2016, 2018, 2019, 2020, 2021, 2022…
Comme dans tout ce que je fais, c’est le temps passé à s’entraîner, la somme de travail nécessaire pour arriver à la performance. C’est comme de préparer le concours du MOF : on travaille pendant des années pour obtenir un titre à la fois éternel, mais éphémère. Avec les chiens de traîneaux, c’est la même chose. On travaille tous les jours avec eux. Aujourd’hui, je me suis levé à 3h du matin pour les premiers entraînements, et j’ai fini à 14h, juste pour les entraînements des chiens. On recommence à 18h ce soir.

Rémy Coste, de la niche à la miche
Rémy Coste est un vrai HawGee – @Rémy Coste

Qu’est-ce qui te fait vibrer dans cet univers ?

Ce qui me plaît le plus, c’est forcément la relation avec le chien. La force et la vitesse de l’attelage m’impressionnent : 8 chiens lancés au plein galop, qui doublent les autres sans rien calculer, juste aller le plus vite possible… Je suis toujours sidéré par leur détermination à chaque fois que je monte sur le traîneau. Après il y a la compétition. Finalement, c’est là qu’on se rend compte si le travail est bien fait, c’est ce qui motive pour se lever tous les jours à 3h du matin. Si on est deuxième, on s’est planté quelque part, et il faut tout remettre en question.

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Et ton sens de l’aventure alors ?

L’aventurier ne recherche pas la performance, il n’en a pas besoin. Quand on allait faire la découverte du Pôle Nord en chien de traîneau, le but c’était d’y aller, simplement. Moi je suis plus un compétiteur. Ce qui me séduit c’est me dépasser à chaque fois, et un moyen pour ça c’est le chronomètre.

Rémy Coste, de la niche à la miche
Et vous ? Plutôt Musher ou Schumacher ? – @Rémy Coste
Vous en voulez encore ?