Embarquer 2 mois sur un bateau Sea Shepherd : une bonne idée ?

Embarquer 2 mois sur un bateau Sea Shepherd : une bonne idée ?
Nicolas Leroux – alias Loutre Nomade – a découvert Chilowé lorsqu’il habitait à Paris. Quelques lectures et aventures plus tard, il vit à l’été 2022 une expérience très inspirante comme bénévole sur un bateau de la flotte Sea Shepherd. On lui a demandé de nous raconter.

Mi-août 2022, après 6 semaines de balade à vélo, j’embarque à Piombino en Toscane en tant que cuistot sur le Sea Eagle, bateau de la flotte Sea Shepherd qui patrouille en Méditerranée. Sea Shepherd, vous connaissez ? C’est une ONG de défense des océans qui lutte contre la destruction de la biodiversité et des écosystèmes marins. Et autant dire qu’il y a de quoi faire dans cette zone : 30% de la pêche y est illégale, et 93% des espèces sont surpêchées.

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Une ligne de poulpe en moins dans la mer – ©Sea Shepherd

Cette aventure de 9 semaines est une bonne occasion d’approfondir mon engagement, en luttant sur le front aux côtés d’inconnu·e·s qui, jours après jours, deviendront ma nouvelle famille. Avec ce lien qui nous réunit : l’amour de la nature et des grands espaces. Cette volonté commune de participer à la bataille puis, de transmettre notre expérience aux personnes n’ayant pas l’opportunité d’y être.

Le départ : en avant moussaillon !

Originaire de Lille, mes week-ends ressemblent plus à une balade à vélo dans les monts des Flandres une bière à la main que de prendre l’air iodé sur le voilier d’un ami. Mes vacances se situent davantage à grimper des sommets en montagne que de pêcher la crevette sur une plage bretonne. Pour résumer : mon expérience du milieu marin est proche du néant. Je ne m’imagine pas vraiment quel ressenti j’aurais en passant plusieurs jours en mer emprisonné sur un bateau.

Pour résumer : mon expérience du milieu marin est proche du néant.

L’excitation de me rendre utile a rapidement pris le dessus et j’ai fait le choix de me lancer dans cette mission pour vivre en mer avec 20 personnes pendant deux mois sur un bateau long de 35 mètres. Moi qui aime les nouvelles expériences, je pense poser le pied au bon endroit !

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Fier comme tout d’être arrivé au bon port – ©Nicolas Leroux

Arrivé au port, le premier officier Ewan m’accueille. On quitte le dock pour sauter dans le bateau. Le vélo bien rangé dans la cale, la visite commence. Ewan est Gallois, je dois comprendre un mot sur dix. Le ton est donné, l’aventure peut commencer.

La vie à bord est très structurée. Chacun·e y a un rôle bien précis : 3 personnes sur le pont dont le capitaine pour piloter le bateau, 5 ingénieurs pour le faire avancer, 2 cuisiniers pour nourrir l’équipage, 8 matelots pour entretenir et remplir la mission, et enfin 2 médias pour mettre en lumière tout cela.

Photo de famille – ©Nicolas Leroux

Les premiers jours à bord sont déroutants : intégrer ce groupe qui vit ensemble depuis quelques semaines n’est pas aisé, pour moi tout du moins. J’essaie rapidement de m’imprégner de mon nouveau quotidien. Et aussi du vocabulaire spécifique : « On se retrouve dans le mess ? » « Ca gite aujourd’hui hein !? »

Je n’ai plus aucun repère. Il m’arrive d’être perdu. Je pense aussi que de passer de 6 semaines de voyage libre de mes choix, à des journées entières sur le bateau sans pouvoir m’y échapper me donne parfois le sentiment de me sentir piégé.

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Ma vue depuis la cuisine – ©Nicolas Leroux

Quelques jours puis quelques semaines passent et les nouveautés deviennent des habitudes. Une routine se crée : cuisiner toute la journée, découvrir l’équipage, participer à la mission, réfléchir aux menus du lendemain, respirer l’air iodé, me reposer, puis recommencer.

Ma mission : ratatouille dans la ‘Galley’

La ‘Galley’ c’est la cuisine sur un bateau. En tant que cuistot c’est donc l’endroit où je passe le plus grand de mon temps. Ma mission première sur le bateau consiste à nourrir l’équipage. Chez Sea Shepherd, tous les repas sont végétaliens (sans produits d’origine animale). C’est en effet plutôt cohérent quand tu dépenses autant d’énergie à défendre les espèces en mer.

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Les toqués, fatigués mais heureux – ©Nicolas Leroux

Ma mission n’est donc pas uniquement nourrir l’équipage mais plutôt : préparer des repas végétaliens diversifiés, savoureux et équilibrés, matin, midi et soir, et gérer les provisions à bord. Faire le plein de provisions pour une grande famille de 20 personnes pour 15 jours ressemble à un petit casse tête. Le petit déjeuner est à 7 heures, le déjeuner à 12 heures et le dîner à 18 heures : les journées sont longues.

Faire le plein de provisions pour une grande famille de 20 personnes pour 15 jours ressemble à un petit casse tête.

Objectif qui peut être challengeant, je n’ai pas pour habitude de cuisiner vegan, et n’ai rien préparé avant d’arriver sur le bateau, trop occupé à pédaler. Découverte de la vie en mer, découverte de la cuisine vegan. J’aime la nouveauté, et je suis servi ! Les débuts étaient intenses et pleins de recherches pour trouver des menus et les alternatives pour remplacer le beurre, la crème et les œufs notamment.

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Bobun Party – ©Nicolas Leroux

On s’amuse aussi à s’adapter aux éléments quand le bateau tangue pour éviter de se couper un doigt, pour maintenir le plat qui glisse sur le plan de travail, pour contrôler son mal de mer. Les appuis toujours bien positionnés pour éviter la chute. L’équipage a toujours un mot attentionné pour chaque repas servi, c’est suffisant pour donner l’énergie de recommencer le lendemain.

La mission de l’équipage : Sea Shepherd en Méditerranée

Depuis 2018, Sea Shepherd est présent en Méditerranée, principalement autour des îles éoliennes, pour lutter contre la pêche illégale en partenariat avec les autorités locales. La pêche illégale correspond à 30% de la pêche dans cette zone du monde. Comme les fruits et les légumes, la pêche est rythmée par une saisonnalité.

Ta mission si tu l’acceptes – ©Sea Shepherd

Des lois existent pour protéger les espèces quand elles sont en période de reproduction, et afin d’éviter la surpêche actuellement évaluée à 93%. En d’autres termes, on capture plus de poissons qu’ils ne s’en reproduisent. Avec comme risque dramatique l’extinction de ces espèces années après années. La présence de Sea Shepherd sur place est indispensable et contribue à limiter ces effets. A nous tous de s’informer et d’avoir une consommation plus responsable pour protéger nos mers et océans, poumon de la Terre.

La vie à bord : une grande coloc’

Sur le bateau, on est un peu une grande famille. Certains partagent leur chambre, quand d’autres ont le privilège d’une chambre individuelle. On partage les repas à des heures bien précises. Puis chacun a son rythme : certain·e·s travaillent de nuit, d’autres de journées. On appelle ça des quarts, pour que le bateau puisse avancer en sécurité 24h/24.

Ça bosse avec le sourire – ©Sea Shepherd

La journée tout le monde est bien occupé par ses tâches respectives. La mission bat son plein. Les matelots bénévoles y consacrent toutes leurs journées en plus du ménage. Nous allons les aider quand on le peut, pour participer à cette mission qui nous a amenés à nous retrouver en mer. Tout cela, dans un cadre assez exceptionnel autour de la Sicile et des îles éoliennes.

La journée de travail terminée, chacun organise son temps entre activités individuelles ou collectives. Un peu de sport sur le pont, puis le traditionnel swim stop quand les conditions le permettent en pleine mer accompagnée du couché de soleil.

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Un p’tit plouf captain ? – ©Nicolas Leroux

On se retrouve ensuite dans le mess, c’est le salon, la salle à manger et le point de rassemblement après une journée bien remplie. C’est le moment de discuter, jouer, regarder un film… avant de retrouver sa cabine. On y espère une nuit peu agitée pour se remplir d’énergie pour la journée qui suit.

Ça fend le cœur de voir un membre de l’équipage s’en aller. Puis l’arrivée de nouveau membre insuffle une nouvelle énergie…

Les jours et semaines passent, l’équipage se renouvelle, chacun·e est là pour une courte mission, entre deux semaines et cinq mois. Ça fend le cœur de voir un membre de l’équipage s’en aller. Puis l’arrivée de nouveau membre insuffle une nouvelle énergie…

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Soleil couchant, pas de répit – ©Sea Shepherd

Cette nouvelle vie, on s’y habitue plus ou moins rapidement. Après des débuts intenses et agités, j’y prends goût. Je savoure chaque instant. Le soleil se lève, se couche. Chaque instant passé ensemble, à admirer les dauphins qui s’amusent à la pointe du bateau. Ces heures à cuisiner dans cette Galley, ces autres heures passées à tirer des filets. Je finis par me sentir marin et parfois un peu pirate le temps de quelques semaines.

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On joue à cache-cache ? – ©Nicolas Leroux

Neuf semaines se sont écoulées, il est temps pour moi de m’en aller et d’être remplacé. Je sors le vélo de la cale pour reprendre la direction du Nord de la France. Un autre voyage, d’autres habitudes à venir.

Je finis par me sentir marin et parfois un peu pirate le temps de quelques semaines.

Si vous aussi, vous souhaitez participer à la protection des fonds marins en vous engageant pour Sea Shepherd, vous pouvez postuler via le formulaire disponible sur le site. L’association recherche toujours, bénévoles, cuisiniers, mécaniciens, officiers… Avec des missions dans différentes mers du monde !

Vous en voulez encore ?