Comment trouver un job qui a plus de sens ?

« Ne perdons pas notre temps, et surtout, ne laissons pas filer cette énergie qui bout quelque part en nous. » Voici pour moi la meilleure punchline de ces dernières semaines : elle a été prononcée par l’un des 8 étudiants d’AgroParisTech dont la vidéo du discours de remise de diplômes a été vue des millions de fois. Dans un super appel à ne pas opter pour une carrière qui participe aux ravages sociaux et écologiques en cours, les mots de ces jeunes ingénieurs m’ont ramené 10 ans en arrière. 

Appel à déserter les « jobs destructeurs » et à ouvrir « d’autres voies »

En 2012, j’ai initié une petite révolution personnelle en brûlant la robe d’avocat d’affaires que j’avais mis 8 ans à me tricoter (c’est une métaphore). A l’époque, l’impression de gâcher mon énergie au boulot imprégnait mon quotidien d’une vraie tristesse. Mais j’ai découvert en chemin qu’il ne suffit pas de claquer des doigts pour trouver un job qui permet à la fois de gagner sa croûte et de se rendre utile pour les autres et/ ou la planète. Aujourd’hui, vieux routard de la quête de sens, je me permets de compléter ici la déclaration des jeunes Agros par 2 ou 3 réflexions. 

La quête de sens : kézako ?

« J’aimerais trouver un taff qui a plus de sens » : j’ai l’impression d’entendre cette phrase au moins aussi souvent que « je n’aime pas mon boulot mais je reste parce que j’apprends beaucoup de choses ». Le problème, avec le “sens”, c’est qu’il est devenu un mot valise dont on ne sait plus vraiment ce qu’il signifie. On imagine vaguement qu’il y a une histoire de privilégier l’impact positif que son travail peut créer par rapport aux ronds qu’il peut rapporter. Mais on n’est plus vraiment sûr…

Où vais-je ? D’où viens-je ? Qui suis-je ? – © Ronan Mérot

Pour moi, la priorité pour retrouver du sens à mon activité professionnelle, ça a été de pouvoir répondre fièrement à la question : « au service de quoi je travaille »? Mais j’ai découvert en chemin qu’une quête de sens implique deux autres questions au moins tout aussi importantes : « dans quelles conditions je veux bosser » et  « qu’est-ce que je veux faire au quotidien ». Quand on a ces 3 réponses, on tient le triptyque parfait : on sait pourquoi on se lève le matin, on sait qu’on va gagner ce dont on a besoin pour vivre, et on sait qu’on va y prendre du plaisir. 

Chercher des rôles modèles

En quittant la robe dans laquelle je représentais les intérêts d’armateurs et de transporteurs maritimes à Marseille, je me suis fait embaucher par une ONG qui m’a envoyé au Cambodge coordonner le fonctionnement d’une quinzaine de programmes liés à l’éducation. Je suis passé d’un job de bureau au service de boîtes sans visage, à un travail de terrain au contact de centaines de personnes que je visitais directement chez elles. A l’issue de cette expérience d’un an, j’ai pourtant décidé d’abandonner mon nouveau projet de carrière dans le développement. 

Sympas les nouveaux collègues

Au-delà d’un quotidien d’une intensité rare en aventure et en solidarité, j’ai appliqué en effet à ce nouveau métier une méthode que j’utilise encore en guise de boussole : trouver des rôles modèles, des personnes dont le parcours et la vie m’inspirent. Aucune des personnes qui travaillaient en ONG aux 4 coins du monde et que je rencontrais à l’époque ne semblaient avoir trouvé l’équilibre d’une vie familiale à laquelle j’aspirais pourtant énormément… Elles savaient pour quoi elles bossaient, mais je ne n’étais pas prêt à faire les mêmes sacrifices qu’elles. 

Écouter ses envies

Après le Cambodge, j’enchaîne deux expériences qui vont changer beaucoup de choses, même si à l’époque elles n’ont pas beaucoup de sens pour un type qui cherche à construire son CV pour rebondir après 2 échecs. Je commence par rentrer en France à bord d’un triporteur avec deux amis, Marine et Raphaël : 20 000 bornes à travers 17 pays que nous parcourons en 4 mois. Arrivé à Paris, je m’achète un vieux vélo Peugeot et je livre du courrier en pédalant à fond les ballons toute la journée. 

Jiayuguan, en Chine. C’est ce qui s’appelle rentrer par le chemin des écoliers !

La première expérience va me permettre de réaliser que j’adore écrire et partager des histoires, la seconde va me faire rencontrer Joséphine Bouchez et Matthieu Dardaillon (Ticket for Change) grâce à qui je vais découvrir l’économie sociale et solidaire dans laquelle je vais m’engager plusieurs années. C’est la grande leçon de cette période : il n’y a souvent pas de meilleure boussole que les envies et les émotions qui nous traversent en permanence. Même si les choix qu’elles nous dictent ne paraissent pas logiques à court terme, on découvre souvent leur pertinence plus tard en regardant dans le rétroviseur, comme le dit Steve Jobs

Trouver les bons compagnons de route

On dit souvent qu’on est la somme des personnes avec lesquelles on passe le plus de temps. Pendant toutes les années à la fac, j’ai été le miroir de mes copains qui bûchaient comme des tarés pour tenter de décrocher une place dans ce qu’on appelait « les cabinets les plus stylés de la place ». Il a fallu que je réussisse à en intégrer un pour réaliser par moi-même combien ça me rendait malheureux. Je les aimais beaucoup ces copains, mais j’ai réalisé sur le tard qu’on n’avait pas la même définition du sens à trouver dans son travail ! 

Ticket for Change Pierre Rabhi Emmanuel Faber
La promo Ticket for Change 2014, avec Pierre Rabhi et Emmanuel Faber

C’est dans l’aventure Ticket for Change que j’ai découvert le bonheur d’être entouré de personnes qui partagent les mêmes aspirations. Autour de la devise « changer sa vie pour changer celle des autres », j’ai passé deux ans au contact de passionnés qui cherchaient à résoudre des problèmes sociaux et environnementaux tout en faisant du business. On avait tous en commun une conviction : notre travail peut participer à rendre le monde meilleur. J’envie presque les 8 jeunes Agros de l’avoir réalisé aussi tôt ! 

Profiter du chemin 

Trouver un sens à son taff, c’est long mais qu’est-ce que c’est bon ! Je repense à cette courte carrière de coursier à vélo : j’ai 28 ans, un diplôme que je ne veux plus utiliser et aucun plan pour la suite à part rouler 100 bornes par jour. Pourtant, dopé aux endorphines et à la liberté, je vois la vie en rose. L’euphorie atteint son paroxysme à chaque fois que je livre un pli dans un cabinet d’avocats : j’ai beau gagner un mini SMIC et ne pas savoir ce que je ferai dans quelques mois, j’ai vraiment choisi d’être là où je suis. 

Dans ma tête à ce moment là, on est entre le Pony Express et l’Aéropostale

En plus, toutes les semaines, je rencontre 2 à 3 personnes que j’ai contactées sur Linkedin pour qu’elles me parlent de leur job. Il y a des jours où je doute plus que d’autres, mais tout ça me donne à l’époque une confiance incroyable dans l’avenir. J’ai retenu de cet épisode que la quête du sens est un chemin long et exigeant sur lequel les choix qui paraissent les plus naturels et radicaux sont souvent ceux qui permettent d’avancer dans le bon… sens. Apiculteur, engagement contre le nucléaire, dessin : je suis certain que les jobs choisis par les 8 Agros en sortie d’école leur permettront d’avancer dans leur quête plus rapidement. 

Conclusion

Il y a urgence à remettre du sens dans ce que nous faisons au quotidien ; celui-ci ne se trouve pas du jour au lendemain et c’est souvent loin d’être un parcours de santé. Mais cette recherche est une aventure incroyable : c’est souvent sur les petites départementales cabossées qu’on vit nos expériences les plus riches, rarement sur l’autoroute… 

J’ai fait le tour du web, je n’ai pas trouvé d’image que j’aime autant que celle-ci

Cette quête n’a pas vraiment de fin : nos envies et nos besoins évoluent au fil des années et il nous appartient de régulièrement corriger le tir. Le plus important, c’est de se mettre en chemin, de s’entourer de personnes qui nous soutiennent et surtout de ne pas se poser la question de la pertinence immédiate de nos choix. Un jour, on se retourne sur les expériences qu’on a vécues et on se rend compte de la cohérence de tout ce qui a été construit. Vive la vie, bordel. 

Pour aller plus loin : 
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