Au lieu d’attendre sagement l’arrivée de la Grande Boucle à Bordeaux en juillet, pourquoi ne pas monter sur le devant de la selle et s’immiscer dans la peau d’un cycliste chevronné le temps d’une aventure ? La Nouvelle-Aquitaine et ses 12 départements, nous offre une France en miniature. Entre les méandres du Marais Poitevin, les plages à perte de vues d’Hendaye, en passant par les grands espaces creusois, jusqu’aux cols foudroyants des montagnes du Béarn-Pays-Basque, la plus grande région de France a plus d’un tour dans son sac pour s’évader sans s’envoler. Ces cinq boucles, toutes accessibles en transport en commun, vont vous mettre le pied à l’étrier pour découvrir les territoires néo-aquitains emblématiques.
Au fil de l’eau en Lot-et-Garonne
Quel est le point commun entre Marguerite Duras, Louis XIV, Lawrence d’Arabie ou encore André Breton ? Ils sont tous tombés sous le charme de cette région féérique qu’est le Lot-et-Garonne. Et on est sûr d’une chose : ils n’auraient jamais pu résister à l’aventure de 250 km qui va suivre !
Pour le départ, on se rend dans la cité millénaire de La Réole et on embarque à travers les paysages bucoliques de l’Entre-deux-Mers. Des délices transalpins nous attendent au Dolce, et si on est sage, on aura peut-être le droit à une petite musique sur scène (oui, des concerts sont bel et bien organisés). La peau du ventre bien tendue, on suit les traces d’une certaine Marguerite Donnadieu. Inconnue au bataillon ? Pas si sûr. Elle a tiré son nom d’autrice de son village d’enfance… Duras. Ça y est, vous l’avez ?! Et on s’endort paisiblement à Allemans-du-Dropt (en imaginant le ballon passer entre les perches).
La suite de l’aventure se teint d’un doux parfum périgourdin aux essences de lac de Lescourou, de vergers et de villages perchés. Le village médiéval de Villeréal (à ne pas confondre avec sa consoeur Villaréal outre-Pyrénées) en est le point d’orgue avec ses maisons à colombages aux nuances en camaïeu et sa bastide qui se rapproche de son 800 ème anniversaire. On quitte (la larme à l’œil) ce cocon, classé parmi les Plus Beaux Villages de France, avec 145 kilomètres à faire en trois jours. Avec les châteaux de Bonaguil, de Duras et de Gavaudun encore au menu, on est sûr de rassasier les plus voraces des cyclistes médiévistes.
On grimpe ensuite pour atteindre Pujol aussi classé, puis on suit le Lot, en faisant une petite halte gourmande au musée du pruneau. Ce parcours se termine le long du canal des Deux Mers, où on prend le temps d’admirer « Le Christ sur la Croix » de Rembrandt au Mas d’Agenais. La halte nautique à deux pas de La Réole est l’occasion rêvée pour piquer une tête et se refaire une beauté avant de revenir à la civilisation.
Infos pratiques :
- Maillot (à pois) de bain obligatoire pour nager à son aise.
- Terres de vélo traversées : Périgord, Garonne, Lot-et-Garonne, Sud Gironde, Dordogne.
- Distance et dénivelé : 250 km pour 1500 m D+.
- Voies Vertes : 20% du parcours.
- Astuces : arrêtez-vous au Cyclocamp de Fontet pour réparer, recharger ou pimper votre monture.
- Voies empruntées : Canal des Deux Mers, Vallée du Lot à vélo, Tour de Gironde.


Au coeur des savoir-faire
Cette excursion débute à Angoulême, capitale de la BD, qui nous accueille avec nos personnages d’enfance préférés. Notre objectif (si toutefois on l’accepte) consiste à traverser quatre départements dans une boucle de 347 kilomètres au cœur des savoir-faire de la plus grande région de l’Héxagone. On suit la Flow Vélo® sur soixante kilomètres pour rejoindre une autre capitale, berceau de la coutellerie française : j’ai nommé Nontron. On la quitte en suivant une ancienne voie ferrée, puis une forêt jusqu’à St Jean de Côle, nouveau village classé sans suite.
Après en avoir pris plein la vue, on s’enfonce jusqu’à la ville de Périgueux (bien plus sympa que son nom ne le laisse paraître), on laissera le restaurant l’Oxalis parler pour nous. On poursuit avec l’abbaye de Chancelade et des villages plus jolis les uns que les autres, jusqu’à atteindre Montpon-Ménestérol, point d’orgue de cette journée, et c’est le cas de le dire… (si on m’avait dit qu’il y avait une capitale de l’orgue…). La ville de Libourne nous attire ensuite dans sa bastide royale qu’on admire en se promenant le long de la Dordogne. On peut ensuite se délecter (à nos risques et périls) du château des Annereaux, présent sur la carte de l’Élysée, avant de s’endormir frais comme des carpes à Clérac. Le retour vers Angoulême promet de mettre à l’honneur la Charente avec le port de Saint-Simiueux et le commerce d’un autre spiritueux : le Cognac. Une aventure pleine de sobriété, on avait prévenu.
Infos pratiques :
- Terres de vélo traversées : Charentes, Dordogne, Gironde
- Distance et dénivelé : 347 km pour 2408 m D+
- Voies vertes : 91% du parcours
- Voies empruntées : La Flow Vélo®, voie verte de la vallée de l’Isle, voie verte de la Haute Saintonge, la «Galope Chopine», coulée verte de la Charente.




La Grande Boucle du Sud-Ouest
Avis aux plus téméraires, ce périple est taillé pour vous. Avec la modique somme de 695 kilomètres pour 5162 mètres de d+ en 12 étapes, elle s’adresse à ceux qui ont un peu de temps devant eux (ou des mollets en titane).
On enfourche nos vélos les pieds dans l’eau de Bayonne pour remonter la côte Atlantique sur la Vélodyssée® direction Arcachon. Les plus bigorexiques d’entre nous pourront gravir les 183 marches du phare du Contis, construit en 1862, pour admirer une vue à couper le souffle (qui se mérite).
On quitte ce cher océan à Biganos pour un retour dans les terres et dans un terroir qui sent bon la Gironde avec la ville de Salles. Puis la Scandibérique® (reliant Saint-Jacques-de-Compostelle à Trondheim en Norvège) nous emmène, grand bien nous fasse, aux 5 magnifiques lacs du village d’Hostens et à ses 600 hectares d’espaces naturels. Jusqu’en 1964, cet espace était un site d’extraction de lignite (dérivé du charbon) et, à partir des années 1970, le domaine des lacs d’Hostens est progressivement devenu un espace de loisir et une Zone Natura 2000.
En se rapprochant tout doucement des villes de Mont-de-Marsan et de Dax, on sent se tramer un air de féria. Ne serait-ce pas une Peña que j’aperçois au loin ? Pour arriver frais comme des gardons, on se réserve une balade en canoë à la base nautique La Marquèze qui nous promet les dernières surprises de ce séjour.
Avant de rejoindre Bayonne, on franchit l’Adour avec l’aide de ce bon Gustave Eiffel qui nous a fabriqué un pont rien que pour nous en préparant ce topo en l’an de grâce 1880. On pourra remercier ce grand homme né (lui aussi) un magnifique 15 décembre.
Infos pratiques :
- On n’oublie pas le masque ou les lunettes pour plonger le long des côtes atlantiques.
- Terres de vélo traversées : Landes, Bassin d’Arcachon, vallée du Ciron, Garonne, Graves et Sauternes, Pays Basque
- Distance et dénivelé : 695 km pour 5162 m D+
- Voies vertes : 67% du parcours
- Voies empruntées : la Scandibérique®, la Vélodyssée®, Tour de Gironde et Vélosud.




Entre estuaire de la Gironde et Atlantique
Ce tour débute dans une nouvelle capitale régionale : Bordeaux, qui rayonne à travers le monde par la qualité de ses vignobles. Une fois arrivée dans la « Commune Franklin » (son surnom pendant la Révolution française), on prend le temps de flâner dans le centre historique et le long du miroir d’eau, classés au patrimoine mondial de l’UNESCO. Au programme, 526 km à réaliser en dix étapes, dans un environnement exceptionnellement propice à nos camarades roulants, avec plus de 90 % du parcours sur des voies vertes.
Par ces douces brises printanières, nos corps ne résistent pas à l’appel de l’écume de l’océan. Une piste cyclable au milieu des pins nous mène directement à Lacanau, bien connue des adeptes de Wax et de tubes. Pour continuer, on fait cap vers le Grand Nord de la côte girondine en suivant la Vélodyssée® jusqu’à Le Verdon-sur-Mer. À marée basse pour les admirateurs de crabes ou en bateau pour les autres, on peut s’offrir une vue sensationnelle du phare de Cordouan, encore et toujours classé à l’UNESCO. Comme on est des petits malins préventifs, on fait attention aux horaires pour la traversée de l’estuaire, de Verdon-sur-Mer à Royan, point de départ du Canal des Deux Mers à vélo.
La suite du parcours nous offre le rêve de tout ornithophile qui se respecte, l’observation de stars à plumes qui défilent au gré des saisons sur le magnifique podium qu’offre le parc Terres d’Oiseaux, au port des Callonges. Sur le chemin du retour, on tombe sous le charme des cabanes de pêcheurs et des maisons troglodytes qui contrastent avec les épais murs de la citadelle de Blaye. Mais on ne pouvait pas finir cette escapade sans une plongée dans la tradition viticole girondine avec la Maison du Vin des Côtes de Bourg, située… à Bourg. Si les spiritueux ne sont pas vraiment votre tasse de thé, on ose l’escalier du Roy et ses 90 marches, pour prendre de la hauteur sur notre virée girondine. Au loin, on pourrait presque apercevoir la ville de Bordeaux qui nous tend les bras, attendant comme un tableau de Rembrandt, le retour des fil(le)s prodigues.
Infos pratiques :
- Terres de vélo traversées : Médoc, Entre deux Mers, Gironde, Charente Maritime
- Distance et dénivelé : 526 km pour 981 m D+
- Voies vertes : 92 % du parcours
- Voies empruntées : La Vélodyssée®, Canal des Deux Mers


Le Grand Tour de la Gironde et Charentes
De nouveau au départ de Bordeaux, l’appel de l’embrun est trop fort, et on rejoint l’océan via la piste cyclable qui nous emmène directement à Lacanau. Pour les plus grands fans de Dune, une cinquantaine de kilomètres nous séparent de la dune du Pilat… et d’une potentielle rencontre avec le Muad’Dib. Pour les autres, on longe ce cher océan jusqu’à l’estuaire de la Gironde où on embarque dans notre taxi à moteur vers Royan, ville presque entièrement reconstruite dans les années 1950 suite à la guerre. Seules quelques irréductibles villas de la Belle Époque ont su résister à l’envahisseur et nous offrent un retour au temps d’Emile Zola.
Pour les grands nostalgiques de la maison Targaryen, l’église de Notre-Dame-de-Royan, source d’inspiration pour la série Game of Thrones, nous (re)plonge dans la pénombre d’audience de Dragonstone. Une fois n’est pas coutume, on prend nos machines, vélos à remonter le temps pour embarquer sur « l’itinéraire des années 1950 » en direction de Marennes, célèbre pour ses huîtres vertes.
La suite du parcours nous emmène à la découverte de la Charente et de ses villages pittoresques. On flâne d’abord dans les lagunes et les jardins bucoliques de Rochefort jusqu’à rouler jusqu’à Saintes, véritable musée à ciel ouvert et symbole architectural du département charentais. Pour ceux qui ont envie de troquer leurs fidèles destriers, on se propose de louer des paddles ou des canoës pour admirer l’arc de Germanicus. Monument relativement récent, puisque le début de la construction ne date QUE de l’an 18. Malheureusement, on déplore l’absence des architectes pour fêter sa 2000 ème bougie. « Vous voulez un Whisky Cognac ? » Non, juste… une visite des distilleries de la ville de Cognac, ça fera amplement l’affaire.
Tel un Barbe Rousse charentais, on prend le compas et on met le cap vers le sud : le dolmen en Pierre Folle de Montguyon est en vue. En retrouvant la Gironde, on s’immerge dans les traditions du vignoble bordelais à Saint-Émilion, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO.
La fin de cette escapade bucolique et chargée d’histoire se conclut en empruntant la piste Roger Lapébie. Longue d’une cinquantaine de kilomètres, on aimerait pourtant la voir durer jusqu’à l’éternité.
Infos pratiques :
- Terres de vélo traversées : Gironde, Charente Maritime
- Distance et dénivelé : 526 km pour 981 m D+
- Voies vertes : 92 % du parcours
- Voies empruntées : la Vélodyssée®, la Flow vélo®, la Scandibérique®, la piste Roger Lapébie


















