Il y a quelques semaines, je suis tombé sur Passe ton bivouac d’abord de Thomas Vennin. À première vue, un simple récit de randonnée entre trois pères et leurs enfants dans les Pyrénées. En réalité, ce livre pose une question beaucoup plus profonde : faut-il parfois apprendre à nos enfants à sortir du cadre… pour mieux y vivre ? Vous avez 4 heures !
NB : un mot d’excuse pour la maîtresse s’est glissé en fin d’article. Comme ça, plus d’excuse.
Le déclic
Il y a des livres qui se lisent, d’autres qui se dévorent comme un ravito au 146ème kilomètre et puis il y a ceux qui réveillent quelque chose, qui déclenchent une petite étincelle qui nous transforme, avec des histoires à dormir dehors (littéralement).
Au fil des pages, le récit de ces trois parents et de leurs enfants ne raconte pas seulement un bivouac autour du lac de Gaube, dans les Pyrénées. Il rappelle quelque chose de beaucoup plus simple et de beaucoup plus fondamental : l’apprentissage ne se fait pas seulement sur les bancs de l’école. Il se fait aussi avec les sens, l’incertitude et parfois les chaussettes mouillées, au risque (parfois) de s’attirer les foudres de l’éducation nationale.
Étant papa de jumeaux, je me demande souvent s’il faut prioriser le confort d’une enfance sécurisée, optimisée et organisée comme les placards de Marie Kondō ou prendre le risque d’une enfance qui sent la terre mouillée, l’aventure et l’inconnu ?
Pour l’auteur, ayant lui-même beaucoup souffert à l’école étant plus jeune (il se définit comme un cancre), il ne s’agit pas d’opposer deux mondes. Il s’agit de se demander ce qu’on a peut-être laissé de côté. Car pour la plupart d’entre nous, nous ne voulons pas moins d’école pour nos enfants. Mais simplement plus d’espace pour qu’ils apprennent des choses qui ne rentrent dans aucun programme scolaire : gérer leur peur, (se) faire confiance, observer et même renoncer parfois.

L’école buissonnière a-t-elle vraiment disparu ?
Dans le langage courant, « faire l’école buissonnière » signifie sécher les cours pour aller traîner dehors. Mais derrière cette expression sortie de derrière les fagots, il y a une idée beaucoup plus sérieuse. C’est l’extension du terrain d’apprentissage par la Nature.
Ce qui est fou, c’est qu’en France, l’idée n’a absolument rien de nouveau. Dès la fin du XIXe siècle, le Club Alpin Français met en place un programme d’excursions éducatives : les « caravanes scolaires » avec l’ambition assumée de faire de la marche, de la montagne et du dehors un outil de formation globale (hygiène, effort, morale, observation, cohésion).
Plus d’un siècle plus tard, l’intuition reste incroyablement moderne. Bien sûr, tout n’a pas disparu. Les classes vertes existent encore pendant que certaines crèches et écoles expérimentent la « classe dehors ». Des enseignants engagés se battent pour faire respirer les programmes et rouvrir la porte du vivant, au sens propre comme au figuré.
Mais ces initiatives restent souvent dépendantes de volontés individuelles, de budgets serrés et d’autorisations administratives. Face à la pression académique, à la logistique, aux responsabilités juridiques, au manque de moyens, cela reste encore une parenthèse plus qu’une norme.
Pendant ce temps, certains de nos voisins ont largement normalisé l’école hors les murs.
- Au Danemark, le concept d’Udeskole — littéralement « école dehors » — est intégré dans le fonctionnement de nombreuses écoles publiques : une partie régulière des apprentissages se déroule en extérieur, en lien direct avec les programmes.
- En Allemagne, les Waldkindergarten — « écoles de la forêt » — se sont multipliées au point de devenir un modèle éducatif reconnu : des milliers de structures accueillent chaque jour des enfants dont le terrain d’apprentissage est… la forêt.
Là-bas, ces classes vertes ne sont pas une sortie exceptionnelle. C’est un cadre pédagogique. Alors la question se pose, doucement : faut-il attendre que l’institution évolue ? Ou faut-il accepter que l’école buissonnière ne repose pas uniquement sur l’école ? Allez, on remet 4 heures de plus !
Peut-être que cela viendra aussi de nous, parents. Pas pour remplacer l’école mais plutôt pour compléter ce qu’elle ne peut pas toujours offrir.

Ce que la nature apprend que rien d’autre n’enseigne
Si l’école traditionnelle nous apprend les saisons, le cycle de l’eau et puis bien plus tard les logarithmes népériens (force à tous les littéraires, on est ensemble), il existe des qualités que la Nature enseigne autrement, parce qu’elle complète ce qu’aucun manuel ne peut totalement transmettre.
En voici 3 grandes que nous avons pu observer de notre (petite) expérience :
- La gestion du risque : en Nature, on ne supprime pas toute prise de risque. On apprend à l’estimer pour mieux le traverser. Est-ce que je peux passer par là ? Est-ce que je grimpe ou je contourne ? Est-ce que je continue ou je fais demi-tour ? Ces petites décisions répétées apprennent aux enfants à observer, à évaluer, à écouter leurs sensations. Bref, à développer un instinct qui ne s’enseigne pas sur un tableau noir.
- La confiance en soi : Porter un sac. Monter une tente. Trouver un chemin. Si à l’école on apprend qu’on sait (souvent à travers un système de notation), dehors on découvre que l’on peut. Et cette nuance change tout : la confiance ne vient plus d’une validation extérieure, mais de ce que l’on a réussi à faire par soi-même.
- La résilience : si comme L’agence tous risques, on aime les plans qui se déroulent sans accro, dehors, tout ne se passe pas comme prévu. On se trompe. On fatigue. On doute mais on finit par s’adapter. Et c’est peut-être là l’une des plus belles leçons : apprendre que l’inconfort n’est pas un échec. C’est simplement une étape du chemin.

Idées d’aventures pour faire l’école buissonnière
On le dit et on le répète : ce que la nature transmet ne remplace pas l’école, et école buissonnière ne rime pas avec sécher les cours. Rouvrons seulement une porte que nous avons trop longtemps laissée fermée : celle de la Nature.
Et pour cela, comme toujours, nos enfants n’ont pas besoin de parents parfaits. Ils ont simplement besoin de parents qui essayent. Alors si vous aussi ne savez pas toujours par où commencer, voici quelques idées simples, accessibles et réalistes :
- 🌲 Une micro-aventure après l’école : prendre le goûter dehors, passer une heure en forêt ou dans un parc avant de rentrer, construire une cabane improvisée.
- 🏔 Une première nuit en refuge en pleine semaine : pour être seuls au monde, avec vos minis.
- 🏕️ Un simple bivouac dans le jardin : pas besoin de partir loin pour vivre une première aventure.
- 🚴♂️ Une aventure de 3 jours en dehors des vacances ou des ponts de mai : des idées testées et validées par des parents ici ou encore ici.
- 🚶♂️ Un nouveau trajet école-maison : parce que l’école buissonnière, c’est avant tout une philosophie du quotidien, en rallongeant le chemin, passant par un parc, comptant les oiseaux, observant les saisons qui changent, marchant sans être pressés.
Et pour celles et ceux qui trouveraient l’inspiration un peu trop contagieuse après la lecture de Thomas Vennin… on vous a même préparé un mot d’excuse pour le maître ou la maîtresse. Parce que parfois, apprendre dehors mérite bien une absence dedans.

Le mot d’excuse pour le maître ou la maîtresse
Objet : Absence exceptionnelle pour école buissonnière (hautement pédagogique)
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Cher maître, Chère maîtresse,
Nous souhaitions vous informer que notre enfant sera exceptionnellement absent le [date].
Après une concertation familiale approfondie (et un rapide regard par la fenêtre), nous avons pris la décision d’organiser une sortie pédagogique non conventionnelle, également connue sous le nom d’« école buissonnière encadrée ».
Au programme de cette journée d’apprentissage grandeur nature :
– observation du cycle de l’eau en temps réel
– étude appliquée de la gravité en descente de sentier
– travaux pratiques d’orientation approximative
– et initiation avancée à la sieste en pleine nature.
Rassurez-vous : il ne s’agit pas de fuir l’école. Bien au contraire !
Simplement d’aller vérifier, le temps d’une journée, que certaines choses s’apprennent aussi très bien en pleine nature : l’autonomie, la coopération, la curiosité et la confiance.
Notre enfant s’est d’ailleurs engagé à préparer un exposé pour la classe à son retour, afin de partager ses découvertes. En revanche, nous savons l’école buissonnière hautement plus contagieuse que la varicelle. Les symptômes observés chez les enfants et les parents incluent généralement une forte envie d’aller dehors.
Nous veillerons bien sûr à ce que les leçons manquées soient rattrapées dès notre retour.
Merci pour votre compréhension, et pour tout ce que vous transmettez chaque jour à nos enfants.
Bien cordialement,
Les parents de [Prénom],
aventurier en devenir
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P.S. : Si jamais une caravane scolaire devait renaître, nous sommes volontaires et chauds du réchaud pour l’encadrer.












