Comment j’ai pédalé jusqu’à Amsterdam avec un moine bouddhiste

C’est l’été dans le nord -comme dans tout le reste de la France. Qui dit été, dit un
peu moins de pluie, dit micro-aventures faciles. Alors j’ai posé mon seul jour de
congé et réfléchi où je pourrais aller. Après mûres réflexions avec moi-même, une aventure à vélo s’imposa comme une évidence. Nul besoin de permis, de chercher midi à quatorze heures, il existe un réseau de routes pistes cyclables longue distance à travers toute l’Europe
 appelé l’EuroVelo. Les meilleures routes étant en Hollande, mon weekend était tout tracé.

Calais Amsterdam
Y’a plus qu’à !

J’allais rejoindre les rois de la pédale depuis Calais jusqu’à Amsterdam ! J’étais en train de faire mon sac et je reçois un coup de fil : « Salut c’est Matthieu, un ami m’a dit que tu partais à vélo ce week-end, je peux venir avec toi ? ». Je flippais un peu de partir tout seul et Matthieu avait une bonne voix : j’ai dit oui. Vendredi matin 7h30 au point de rdv à Calais, je rencontre Matthieu : tête rasée et habit rouge et orange. Je suis un peu déboussolé, j’avais pas du tout imaginé passer le week-end avec un moine bouddhiste.

Retirer plutôt que d’ajouter

On ingurgite un café avant de partir. Matthieu me voit crouler sous mon matos alors qu’il part tout léger et me partage son premier enseignement : commençons par retirer plutôt qu’ajouter. Une de mes angoisses était d’avoir oublié quelque chose d’important. Mais il a raison, ai-je vraiment besoin d’un oreiller gonflable, d’un casque audio, de 3 livres ? Je finis par laisser un sac entier au café, et partir le cœur et le vélo plus légers.

Pour vivre heureux vivons légers

Faire fuir les trois poisons

Alors que nous commençons à rouler, je n’avais qu’une question en tête : « Où poser ma tente le soir venu dans un pays où le camping sauvage est interdit ? ». J’étais dans l’ignorance et Matthieu voyait bien mon désarroi et il se mit à me parler des trois poisons : la cupidité, la colère et l’ignorance. À chaque fois que l’un des trois poisons commence à se montrer, il m’expliqua qu’il fallait essayer de calmer son esprit en régulant la respiration. S’asseoir, fixer un point sous le nombril et respirer par l’abdomen pour éliminer les émotions négatives. En fin de compte, poser sa tente n’a rien de compliqué à condition de chercher avant la tombée de la nuit, choisir un terrain plat, loin des regards et des fourmis.

Quand le poison arrive, s’arrêter, et manger du poisson

S’émerveiller du présent

Le lendemain, je regardais Matthieu pédaler : il souriait sur son vélo. Il pleuvait, et ça me rendait grognon. J’étais tracassé par la météo et l’orage qui s’annonçait. Pour les bouddhistes, on ne doit pas être troublé par des choses qui ne se sont pas encore produites. Se vider l’esprit est bénéfique pour se ressourcer. Pendant cette journée, Matthieu faisait l’effort d’écouter les oiseaux, de regarder les nuages ou de sentir la pluie sur son visage. Chaque seconde de la journée, il avait conscience du caractère éphémère de la vie et du vivant.

La prochaine fois je serai assez fort et puissant pour contrôler la météo

Profiter de chaque rencontre

Pour dîner, nous nous sommes arrêtés dans une brasserie pour se réchauffer et prendre des forces. La conversation s’engagea avec d’autres personnes. Après ce moment agréable, Matthieu partagea avec moi un autre enseignement : « Notre bonheur ne peut s’accomplir qu’au travers, et avec les autres ». Il n’avait pas peur de dire que nous étions interdépendants, il voyait cela comme un lien positif aux autres et au vivant. Alors que je lui disais que je m’étais fait avoir plusieurs fois à cause de ma gentillesse et mon altruisme, il répondit : « L’être humain a ceci de particulier qu’il peut tout autant faire un immense bien ou être à l’origine d’immenses destructions. » 

Dépendant des autres, dépendant du vivant, et fier de l’être !

Au final, l’important c’est le chemin

A quelques heures de l’arrivée à Amsterdam, je chute. Rien de grave rassurez-vous mais assez pour savoir que je ne pourrai pas atteindre mon objectif. J’étais déçu. Mais dans le bouddhisme, il est dit que tous les jours sont de bons jours. Quoi qu’il se passe parce que chaque jour est précieux et ne reviendra plus jamais. La richesse de chaque jour est déterminée non pas par ce qu’il se passe, ou par qui l’on rencontre, mais par notre état d’esprit. Tout événement peut être interprété de plusieurs manières. Ce qui importe est la façon dont on réagit aux événements : péter une durite, procrastiner ou rire comme un bossu. On choisit quoi ?

Le pont que je ne verrai pas mais que j’ai trouvé sur Google
Vous en voulez encore ?